Infos

Mort d'Adama Traoré : sa famille porte plainte pour violences volontaires

Par Laurine Benjebria, France Bleu Paris Région et France Bleu mardi 2 août 2016 à 18:36

Une marche blanche avait été organisée le 30 juillet
Une marche blanche avait été organisée le 30 juillet © AFP - Dominique Faget

La famille d'Adama Traoré a décidé ce mardi de porter plainte pour "violences volontaires ayant entraîné la mort sans intention de la donner. Les avocats de la famille ont annoncé qu'une demande de dépaysement serait effectuée. Ils remettent en question la version du procureur.

Après deux autopsies et le refus de la justice de donner une troisième autopsie, les avocats de la mère et de la sœur jumelle d'Adama Traoré ont annoncé ce mardi que sa famille avait décidé de porter plainte pour violences volontaires ayant entraîné la mort sans intention de la donner.

La famille du jeune homme réclame toujours que lumière soit faite sur les conditions de sa mort. Adama Traoré, 24 ans, est décédé lors de son interpellation, le 19 juillet dernier à Beaumont-sur-Oise. Après deux autopsies, dont une demandée par la famille de la victime, les causes directes de la mort d'Adama Traoré ne sont pas encore connues avec certitude. Après son décès, de nombreuses communes avaient connu des affrontements et le 29 juillet, le New York Times a dénoncé "l'impunité" de la police dans son éditorial Black Lives matter in France, too (Les vies des Noirs comptent aussi en France).

Les causes directes du décès toujours incertaines

Si les circonstances de l'interpellation du jeune homme de 24 ans se précisent, des zones d'ombre entourent toujours les causes de sa mort. Au micro de France Inter, l'avocat de la mère d'Adama Traoré a affirmé que "la cause de la mort est déjà connue : c'est l'asphyxie". Une asphyxie jamais évoquée par le procureur Yves Jannier et pourtant constatée par les différents rapports des deux autopsies effectuées les 21 et 26 juillet.

Certes les rapports ne précisent pas l"origine de l'asphyxie : s'agit-il d'une conséquence de sa pathologie cardiaque ou d'une technique d'immobilisation dangereuse effectuée par les trois gendarmes qui l'ont plaqué au sol ? Qu'étaient les abrasions découvertes lors de la deuxième autopsie au niveau du front, du coude, de la poitrine et de la main gauche de la victime ?

Les gendarmes auditionnés ont reconnu avoir immobilisé au sol Adama Traoré, avec le poids de leur trois corps, comme le mentionnent les extraits des auditions obtenus par Le Monde et Libération. "Il a commencé à nous dire qu'il avait du mal à respirer" a concédé un des gendarmes. Craignant un mensonge, les gendarmes auraient ainsi laissé les menottes aux poignets du jeune homme lors de l'embarquement vers la gendarmerie. A 19h, les secours déclarent Adama Traoré mort.

Une demande de dépaysement pour trouver des réponses

La famille d'Adama Traoré craint une éventuelle partialité du procureur Yves Jannier ou du système juridictionnel de Pontoise dans lequel travaillent les gendarmes ayant interpellé le jeune homme. Pour réclamer la vérité, elle a choisi de faire une demande de dépaysement.

"Je pense que l'enquête sera beaucoup plus impartiale dans un autre tribunal dans la mesure où le procureur a jusqu'à maintenant communiqué d'une manière partielle et partiale", Yassine Bouzrou, avocat de la mère d'Adama Traoré

A plusieurs reprises, celui-ci a rappelé qu'Adama Traoré souffrait d'une "infection très grave touchant plusieurs organes". L'avocat de la famille récuse cette affirmation, soulignant ainsi que "l'expertise rendue par l'institut médico-légal de Paris écarte toute infection sévère sur le corps de monsieur Traoré". De son côté le procureur de la République de Pontoise assure qu'aucun élément n'a été dissimulé.

"Il n'est pas question de cacher des choses, mais de donner des informations sur des éléments avérés. En l'état, aucun des deux rapports ne donne la cause et les circonstances exactes du décès", Yves Jannier

Les résultats des analyses plus poussées sur le cœur d'Adama Traoré sont attendues à la fin du mois d'août.

LIRE AUSSI :

Partager sur :