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Mort d’un élève de Saint-Cyr Coëtquidan : huit ans après les faits, sept militaires sont jugés

- Mis à jour le -
Par , , France Bleu Armorique, France Bleu Breizh Izel, France Bleu

Sept militaires comparaissent à partir de ce lundi 23 novembre devant le tribunal correctionnel de Rennes (Ille-et-Vilaine). Huit ans après la mort d’un élève de l’école militaire de Saint-Cyr Coëtquidan (Morbihan), ils sont jugés pour "homicide involontaire".

Cérémonie d’hommage au sous-lieutenant Jallal Hami, au fort de Vincennes, le 7 novembre 2012.
Cérémonie d’hommage au sous-lieutenant Jallal Hami, au fort de Vincennes, le 7 novembre 2012. - Archives familiales - Rachid Hami

Il aura fallu huit ans pour que le procès s’ouvre enfin, ce lundi 23 novembre, devant la chambre militaire du tribunal correctionnel de Rennes (Ille-et-Vilaine). Cinq anciens élèves de deuxième année ainsi que deux membres de la hiérarchie de la prestigieuse école militaire doivent comparaître pour "homicide involontaire". En octobre 2012, Jallal Hami, 24 ans, nouvellement intégré à Saint-Cyr, est mort noyé lors d’un exercice de "transmission des traditions", organisé dans l’enceinte de l’école à Guer, dans le Morbihan.

Une transmission des traditions qui tourne au drame

Les faits se sont produits dans la nuit du 29 au 30 octobre 2012. Les nouvelles recrues de l’école militaire participent à une soirée de transmission des traditions, organisée par des élèves-officiers de deuxième année. Ces séances d’exercice, appelées aussi "bahutage" au sein de l’école, ont lieu chaque année pendant plusieurs jours. Le thème retenu ce soir-là : le débarquement allié en Provence. Sur le terrain militaire, ils sont plus d’une centaine de jeunes recrues à qui les organisateurs demandent de traverser un étang. Ce plan d’eau, interdit à la baignade, long de 43 mètres, est profond de 2,70 mètres. La nuit est froide et la température de l’eau est d’à peine 9 degrés. Les élèves portent leur treillis, leurs casques et leurs rangers, un équipement qui pèse plus de cinq kilos. La scène est éclairée par de grands projecteurs et des haut-parleurs diffusent des musiques de films et la "Walkyrie" de Wagner. 

Rapidement, les premiers à s’élancer dans cette traversée à la nage se retrouvent en grande difficulté. Plusieurs d’entre eux s’agrippent les uns aux autres pour ne pas couler. Une corde a été installée entre les deux rives, mais elle est mal ancrée et elle plie rapidement sous le poids des élèves qui s’agglutinent les uns aux autres. Les organisateurs doivent intervenir pour porter secours à certains d’entre eux. Le seul équipement de sécurité qui a été prévu, ce sont deux bouées. Un deuxième groupe doit s’élancer, et malgré les difficultés rencontrées par le premier, les organisateurs décident de poursuivre l’exercice. Vers minuit, tous ont regagné la berge, mais Jallal Hami manque à l’appel : le jeune homme de 24 ans s’est noyé. Son corps est retrouvé vers deux heures du matin par les pompiers

Jallal Hami, un jeune élève brillant et sportif

Jallal Hami rêvait d’entrer à l’école militaire de Saint-Cyr. "C’était un vrai choix, il voulait servir la France, ce pays qui l’avait accueilli", souligne son frère ainé, Rachid Hami. Né en 1988 à Alger, Jallal n’a que 4 ans quand avec sa mère et son frère, ils fuient ce pays où la guerre fait rage. Ils s’installent d’abord à Pierrefite-sur-Seine (Seine-Saint-Denis). 

A l’école, Jallal obtient de très bons résultats et il a vite en tête le souhait d’intégrer la prestigieuse école militaire par la grande porte. Réserviste pendant quatre ans, brillant élève à Sciences Po, où il bénéficie de la convention d'éducation prioritaire, il obtient une licence puis un master et intègre directement la dernière année d’études de Saint-Cyr en 2012.

Sept militaires jugés pour "homicide involontaire"

Cinq anciens élèves de deuxième année ainsi que deux officiers, le responsable des deuxièmes années et le directeur de la formation de Saint-Cyr de l’époque, sont jugés pour « homicide involontaire ». Le procès devra permettre de répondre à de nombreuses questions sur l’organisation et le déroulement de cette nuit de "transmission des traditions" qui a conduit au décès de Jallal Hami. Ces exercices de "bahutage" ont lieu chaque année et sont conduits par des élèves de deuxième année qui ont la charge de les préparer et d’en assurer le déroulement. 

Cette nuit-là, ont-ils eu conscience du danger ? Etaient-ils suffisamment matures pour en assurer la responsabilité ? Avaient-ils prévu un équipement de sécurité suffisant ? Alors que les premiers élèves étaient déjà en difficulté dans l’étang, auraient-ils dû interrompre cet exercice ? Les officiers, membre de la hiérarchie de l'école, devront de leur côté expliquer dans quelles conditions ils ont supervisé et avalisé cette soirée de "bahutage" et le lieu choisi pour la réaliser. Par la voix de leurs avocats, certains ont déjà indiqué qu’ils plaideraient la relaxe, estimant qu’aucune faute n’a été commise ce soir-là. L’un des élèves de deuxième année a reconnu sa responsabilité et son avocat précise "qu’il dira au tribunal qu’il regrette de ne pas avoir interrompu l’exercice quand il était encore temps". Depuis le drame, les ateliers "bahutage" et notamment les exercices nocturnes, sont réalisés obligatoirement en présence de cadres de l'école militaire. 

Un procès déjà reporté trois fois

La procédure a duré huit ans, avant que le procès puisse se tenir. Le dossier a fait les frais de plusieurs reports. En effet, une première date de comparution a été fixée en septembre 2019. Mais à l’époque, l’avocat de la famille de Jallal Hami est placé en liquidation judiciaire à une semaine du procès. L’audience est donc reportée au mois de décembre 2019. C’est alors un problème de calendrier – tous les avocats ne pouvaient être présents – qui amène à un nouveau report. 

Rendez-vous est alors fixé en juin 2020, date à laquelle tous les prévenus – qui sont toujours militaires – seront revenus de leurs différentes opérations extérieures. Mais l’épidémie de coronavirus et le confinement du printemps compliquent la donne. L’audience est repoussée pour que des dossiers urgents puissent être traités. L’ouverture du procès est alors fixée au lundi 23 novembre 2020, pour cinq jours d’audience.

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