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Mort d'un élève de Saint-Cyr : "Il y avait un danger évident"

A Rennes, au premier jour du procès de sept militaires jugés après la mort d'un jeune élève de Saint-Cyr Coëtquidan (Morbihan), le tribunal a évoqué les mesures de sécurité insuffisantes et le danger évident lors de cette soirée de "transmission des traditions" le 29 octobre 2012.

Huit ans après la mort du jeune Jallal Hami à Saint-Cyr Coëtquidan, l'ouverture du procès ce lundi 23 novembre à Rennes
Huit ans après la mort du jeune Jallal Hami à Saint-Cyr Coëtquidan, l'ouverture du procès ce lundi 23 novembre à Rennes © Radio France - Benjamin Fontaine

Pour cette première journée de procès, ce lundi 23 novembre à Rennes, le tribunal a entendu trois des cinq anciens élèves officiers jugés pour 'homicide involontaire" après la mort par noyade de Jallal Hami, lors d'une soirée de transmission des traditions sur le camp militaire de Saint-Cyr. Les trois militaires ont évoqué leur responsabilité ce soir-là, mais ils réfutent toute faute dans l'organisation et le déroulement de la soirée. 

"J'ai fait ce qu'on m'a demandé" 

Le premier prévenu interrogé est aujourd'hui capitaine dans l'armée française. Le jour des faits dit-il, "j’ai mis en œuvre ce que l’on m’a demandé". A l’époque, il est élève officier de deuxième année. Connu pour être un bon nageur, c’est lui qui a en charge de mettre en place l’exercice dans le plan d’eau : "Nous cherchions à reproduire le débarquement de Provence. L’année précédente, j’avais effectué le même exercice, j’ai donc reproduit ce que j’avais vécu"

Le président l’interroge sur une possible course à l’échalote d’une année sur l’autre : "Il n’y a pas eu de surenchère",  rétorque le prévenu. 

Des mesures de sécurité insuffisantes 

Le prévenu, comme ses camarades, est longuement questionné sur les mesures de sécurité. Aucun gilet de sauvetage n‘est prévu, mais seulement deux bouées. "C’était une nage, cela ne nécessitait pas de gilets", répond l'ancien élève. Son camarade à l’époque, en charge de la préparation de cette soirée précise qu’il avait fait "un copié-collé de ce qui avait été fait l’année précédente". Il reconnait toutefois qu’il avait eu écho des difficultés rencontrées par certains élèves, l’année précédente 

"Vous aviez donc conscience du danger ?" demande le président. "Nous avions conscience d’un risque d’hypothermie et de malaise, mais nous n’avions pas conscience d’un risque mortel. C’était une erreur de notre part. A postériori, les moyens de sécurité n’étaient pas suffisants", reconnait toutefois l'ancien élève.

Le danger était évident 

" Faire nager de nuit des jeunes recrues, par ce froid, en rangers et treillis, objectivement, c’est très risqué", souligne le président. Quelques heures avant la soirée, l’un des prévenus précise qu’il avait effectué une reconnaissance des lieux : "On perdait pied vers 5 à 6 mètres de la berge et l’eau était froide mais je n’en ai pas pris la température". 

Le soir de l’exercice, raconte l’un des anciens élèves qui était sur le site militaire, "j’ai effectué la traversé en premier, et je n’ai pas vu que certains étaient en difficulté derrière". Le président lui rappelle que les témoins évoquent des scènes de panique dans l’eau, des jeunes gens qui racontent qu’ils ont cru se noyer, qu’ils se sont accrochés les uns aux autres pour s’en sortir. "Je ne l’ai pas vu", répond le jeune homme qui ajoute : "J’ai vu qu’il y avait une discussion sur la poursuite de l’exercice. J’ai posé la question aux responsables pour savoir s'il fallait envoyer un nouveau groupe, on m’a répondu, on refait. Je n’ai pas donné mon avis". 

Celui qui a donné l’ordre de poursuivre affirme qu’il a effectivement constaté que "l’entrée dans l’eau était trop rapide au début, qu’il y avait beaucoup trop de monde en même temps" mais il indique qu’il a demandé que le cadencement soit plus lent. "J’ai pris cette décision de maintenir, c’est une décision tragique, je le reconnais". Cet ancien élève, qui a aujourd'hui quitté l'armée affirme aussi que s'il avait conscience qu'il y avait des risques à cet exercice, il avait pris soin d'en écarter ceux qui auraient pu être en difficultés, à savoir "les femmes et les Africains, parce qu'on sait qu'ils ne savent pas nager".

Des élèves en autonomie sans contrôle

Pour cette soirée de bahutage du 29 octobre, il n’y aucun encadrant de l’école sur place. L’organisation est déléguée en autonomie aux élèves de deuxième année. Le président explique que c’est le principe de ces exercices afin de "mettre en responsabilité ces futurs encadrants de l’armée". Mais le président interroge tout de même chacun des prévenus sur le maintien de l’exercice prévu, un exercice difficile, avec " un danger évident". 

Il y avait un document, appelé "livre de marche" pour préciser ce que contiendrait cette soirée. "J’ai manqué de vigilance dans sa rédaction", explique l’un des prévenus. "L’activité proposée le 29 octobre n’était pas celle indiqué dans ce livre ? Qui devait le vérifier ?" : le prévenu reconnait qu’il en était responsable. Le procureur s'adresse ensuite à celui qui avait en charge la mise en oeuvre sur le terrain : "Vous vous présentez comme un simple exécutant qui n’avait aucune responsabilité? Mais l’armée vous a pourtant sanctionné pour ce qui s’est passé. L’armée s’est trompée ?", demande Philippe Astruc. Le militaire répond du tac au tac : "J’ai seulement été sanctionné parce que je n’avais pas pris de gilets de sauvetage". Et votre hiérarchie, demande le président. "Excusez-moi l’expression, mais avez-vous voulu l’enfumer, sans indiquer précisément ce qui allait se dérouler ce soir-là ?", non, répond le jeune homme, aujourd’hui capitaine, "je n’ai eu aucune consigne pour cela".  Son camarade indique lui "qu’il n’imagine pas que les encadrants ne soient pas au courant de ce qui se faisait". Un troisième ancien élève, qui a aujourd'hui quitté l'armée ajoute "nous avions un laisser-faire assez exorbitant".

Lors de leurs auditions, les trois militaires ont exprimé leur peine d’avoir perdu un St Cyrien ce soir-là. "Aujourd’hui, en tant qu’encadrant, j’y pense à chacune de mes missions", dit l’un d’eux. Un autre affirme qu’il a quitté l’armée l’été dernier "une démission en lien avec ce qui s’est passé ce soir-là". Le procès se poursuit jusqu’à vendredi, avec notamment l’audition cette semaine de celui qui dirigeait l’école à l’époque. Il est aujourd’hui général dans l’armée française. 

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