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Mort de Daniel Cordier, avant-dernier compagnon de la Libération et ancien secrétaire de Jean Moulin

- Mis à jour le -
Par , France Bleu, France Bleu Azur

Daniel Cordier, avant-dernier Compagnon de la Libération et ancien secrétaire de Jean Moulin est mort ce vendredi à Cannes à l'âge de 100 ans. Il était l'un des tout premiers Français à avoir rallié les Forces françaises libres en juin 1940. Un hommage national lui sera rendu.

Daniel Cordier, avant-dernier Compagnon de la Libération et ancien secrétaire de Jean Moulin est mort à l'âge de 100 ans
Daniel Cordier, avant-dernier Compagnon de la Libération et ancien secrétaire de Jean Moulin est mort à l'âge de 100 ans © AFP - AFP PHOTO /BYLINE

Daniel Cordier, l'avant-dernier Compagnon de la Libération et ancien secrétaire de Jean Moulin, est décédé à l'âge de 100 ans, à Cannes, a-t-on appris vendredi de sources concordantes. Ancien secrétaire de Jean Moulin devenu marchand d'art réputé après la guerre, le compagnon de la Libération Daniel Cordier, est l'un des tout premiers Français à avoir rallié les Forces françaises libres en juin 1940.

"C'est la mémoire vivante de la Résistance qui s'éteint"

Après l'annonce de sa disparition, Emmanuel Macron a annoncé sur Twitter qu'un hommage national lui sera rendu. Dans un communiqué, il a également souligné que "avec lui, c’est la mémoire vivante de la Résistance qui s’éteint". Pour le chef de l'Etat, Daniel Cordier "avait traversé ce que notre histoire a de plus brûlant, de plus douloureux, mais aussi de plus héroïque, et il en avait livré les témoignages les plus exacts et les plus poignants".

"Aujourd’hui les ombres glorieuses de la France Libre, 'l’humble garde solennelle' qu’évoquait Malraux lors de son hommage à Jean Moulin en 1964, semblent lui faire escorte", ajoute le communiqué. Le président de la République s’incline "avec respect, émotion et affection, devant la mémoire de cet homme dont la vie entière aura conjugué l’amour de la France et la passion de la liberté, le goût du beau et le souci du vrai".

Geneviève Darrieussecq, ministre déléguée auprès de la ministre des Armées, chargée de la Mémoire et des Anciens combattants, lui a rendu hommage sur Twitter. Elle salut un "héros de la résistance dès ses premières heures".

Un seul compagnon de la Libération est encore vivant, Hubert Germain, lui aussi centenaire, sur les 1.038 distingués par le général de Gaulle pour leur engagement au sein de la France libre pendant l'Occupation allemande.

Un des premiers Français à rejoindre la France libre

Daniel Cordier est né le 10 août 1920 à Bordeaux. Jeune militant maurrassien et monarchiste, il est sur le point d'être incorporé dans l'armée lorsque le maréchal Pétain annonce l'armistice. Révolté par ce discours, il décide de rallier sur le champ les Forces françaises libres (FFL). Il embarque le 21 juin 1940 à Bayonne, direction Londres.

"Je suis le fils de la guerre de 1914. Mon enfance, ce sont les monuments aux morts, les mutilés, etc. Alors, en 1940, quand la France a perdu la guerre qu'elle avait gagnée vingt ans plus tôt, ça a été pour moi insupportable", expliquait Daniel Cordier.

A l'été 1941, il est nommé au service "Action" du Bureau central de Renseignements et d'Action (BCRA), les services secrets des FFL, et suit pendant un an un entraînement spécial sur le sabotage, la radio, les atterrissages et parachutages. Parachuté en France occupée, en juillet 1942, près de Montluçon, il devient le secrétaire de Georges Bidault, responsable de l'agence de presse clandestine de la Résistance.

Secrétaire de Rex, alias Jean Moulin

Très vite, il rencontre à Lyon Rex, alias Jean Moulin, représentant du général de Gaulle et délégué du Comité national français, qui l'engage pour organiser son secrétariat à Lyon. Daniel Cordier est alors le témoin privilégié des immenses difficultés rencontrées par Rex pour unifier la Résistance. Il restera son bras droit jusqu'à l'arrestation de Jean Moulin en juin 1943. Il ne connaîtra son véritable nom qu'en octobre 1944.

Après l'arrestation de Rex, il poursuit sa mission en zone nord auprès de Claude Bouchinet-Serreulles, successeur par intérim de Jean Moulin, avant de rejoindre Londres en mai 1944 et continue de travailler pour le BCRA. Daniel Cordier, qui a abandonné ses idées d'extrême-droite pour devenir socialiste humaniste, restera longtemps silencieux sur cette période.

Initié à la peinture par Jean Moulin, dessinateur confirmé, il commence une carrière d'artiste et de collectionneur (Braque, Soutine, Rouault, de Staël et beaucoup d'autres). De 1956 à 1964, il tient une galerie à Paris qui lancera de nombreux artistes. Il a fait don de centaines d'oeuvres au Musée Georges-Pompidou. A la fin des années 70, furieux des accusations selon lesquelles Jean Moulin aurait été un agent crypto-communiste, ce compagnon de la Libération entreprend des recherches pour défendre son oeuvre et sa mémoire.

En 1983, il publie "Jean Moulin, l'inconnu du Panthéon", une colossale biographie en trois tomes de l'illustre résistant. "Se trouver face à vous, c'est se trouver immédiatement, irrésistiblement, face à l'Histoire", lui déclarait le président Emmanuel Macron le 18 juin 2017, en le décorant de la Grand-Croix, le grade le plus élevé de la Légion d'honneur.

Seul un compagnon de la Libération, Hubert Germain, lui survit sur les 1.038 distingués par Charles de Gaulle pour leur engagement au sein de la France libre pendant l'Occupation allemande. A sa mort, Hubert Germain sera ainsi inhumé dans la crypte du Mont Valérien dans le dernier caveau vide, entre George Brière, matelot au 1er régiment de fusiliers-marins, tué dans les Vosges en novembre 1944, et Alfred Touny ("Colonel Guérin") fusillé en avril 1944, également Compagnon de la Libération.

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