Retour
Provence-Alpes-Côte d'Azur Corse Auvergne-Rhône-Alpes Grand Est Bourgogne-Franche-Comté Occitanie Nouvelle-Aquitaine Centre-Val de Loire Île-de-France Hauts-de-France Normandie Pays de la Loire Bretagne
  • Toute la France
  • Auvergne-Rhône-Alpes
  • Bourgogne Franche-Comté
  • Bretagne
  • Centre-Val de Loire
  • Corse
  • Grand Est
  • Hauts-de-France
  • Île-de-France
  • Normandie
  • Nouvelle-Aquitaine
  • Occitanie
  • Pays de la Loire
  • Provence-Alpes-Côte d'Azur
Changer de région
Centre-Val de Loire
Changer de région
Corse
Changer de région
Hauts-de-France
Changer de région
Normandie
Retour

Procès de la noyade à Saint-Cyr Coëtquidan : "Mon frère est mort trahi par ses camarades"

Rachid Hami, le frère de Jallal Hami, mort en 2012 lors d’une "soirée de transmission des traditions" à l’école militaire de Saint-Cyr Coëtquidan (Morbihan), s’exprime à quelques jours de l’ouverture du procès, qui doit débuter le 23 novembre à Rennes (Ille-et-Vilaine).

Jallal Hami avait intégré l'école de Saint-Cyr Coëtquidan (Morbihan) en 2012.
Jallal Hami avait intégré l'école de Saint-Cyr Coëtquidan (Morbihan) en 2012. - Archives familiales - Rachid Hami

Ce lundi 23 novembre doit s’ouvrir devant le tribunal correctionnel de Rennes (Ille-et-Vilaine) le procès de sept militaires pour "homicide involontaire". Ils seront jugés huit ans après la mort de Jallal Hami. Cet élève de l’école militaire de Saint-Cyr Coëtquidan (Morbihan) est mort noyé en 2012, lors d’une "soirée de transmission des traditions". Son frère, Rachid Hami, regrette que Jallal ait été "trahi par ses camarades".

Mon frère, est un réfugié, un émigré, un musulman mais aussi un Français et un patriote

"Mon frère avait la volonté de défendre ce pays, la France, qui nous a accueillis, donné les moyens de vivre, de grandir et de trouver un espoir." C’est ainsi que Rachid explique l’engagement de son frère Jallal au sein de l’armée. La famille a d’abord vécu à Alger, où est né Jallal en 1988. Quatre ans plus tard, Rachid, Jallal et leur mère quittent l’Algérie en proie à la guerre civile et aux attentats. La famille se retrouve à Pierrefitte-sur-Seine (Seine-Saint-Denis). "Jallal est un réfugié, un émigré, un musulman mais c’est aussi un Français et un patriote", affirme son frère. 

Le jeune homme entre à Sciences Po pour y faire une licence et un master en sécurité internationale, avec – déjà – l’objectif d’entrer à Saint-Cyr. En parallèle, il est réserviste pendant quatre ans. "Il y a un vrai choix de parcours", explique son frère. "Entrer à Saint Cyr, c’était son rêve. Il voulait porter cet uniforme. C’était un vrai choix." Jallal intègre la prestigieuse école en 2012.

Des gamins envoyés dans une eau glaciale, en treillis alors qu’ils n’avaient pas pied, c’était irresponsable

Rachid Hami échange régulièrement par téléphone et par Skype avec son jeune frère. "Ses premiers mois à l’école étaient à la fois le début d’un rêve (…) et à la fois très difficiles car le bahutage était compliqué, notamment les privations de sommeil, difficiles à endurer." Ces ateliers de bahutage sont organisés pendant plusieurs jours au sein de l’école. "Mon frère venait d’une grande école mais pas d’un lycée militaire, il n’arrivait pas à comprendre certaines choses dans ce bahutage, car elles lui paraissaient irrationnelles." Un jour, Jallal confie : "Ça va plus loin que la transmission de traditions."

Jallal Hami avait d'abord effectué une licence et un master à Siences Po, avant d'intégrer directement la troisième année de l'école militaire de Saint-Cyr Coëtquidan (Morbihan)
Jallal Hami avait d'abord effectué une licence et un master à Siences Po, avant d'intégrer directement la troisième année de l'école militaire de Saint-Cyr Coëtquidan (Morbihan) - Archives familiales - Rachid Hami

La soirée de bahutage du 29 au 30 octobre 2012 va tourner au drame. Le corps de Jallal est retrouvé au milieu de la nuit. Ce soir-là, pour un atelier sur le thème du débarquement de Provence, les élèves sont soumis à une épreuve physique extrêmement difficile : traverser un étang de 43 mètres à la nage, de nuit, dans une eau à 9 degrés dans laquelle ils n’ont pas pied, en portant leur treillis, leur casque et leurs rangers. La corde, installée d’un bout à l’autre du plan d’eau est mal ancrée. Les élèves s’y agglutinent, mais cette corde ne supporte pas leur poids. A minuit, l’un des élèves, Jallal Hami, manque à l’appel. Il est retrouvé noyé, par les pompiers, deux heures après que l’alerte a été donnée. 

Ma famille ne se dresse pas contre l’armée française

Pour le frère de Jallal Hami, les prévenus, qui ont organisé l’activité, ont fauté. "C’était irresponsable, ils savaient très bien ce qu’ils faisaient." Il affirme d’ailleurs que l’activité a été arrêtée peu après avoir démarrée car les premiers à se jeter à l’eau ont éprouvé de grosses difficultés. Il pointe du doigt les élèves de deuxième année, organisateurs du bahutage, qui ont, malgré ce constat, pris la décision de poursuivre l’exercice qui a conduit au décès de Jallal.  

Pour autant, hors de question pour Rachid Hami de faire un amalgame entre les organisateurs du bahutage et l’institution qu’est l’armée française. "Ma famille ne se dresse pas contre l’armée française, nous n’avons aucun problème avec l’institution", assure-t-il. Il évoque un dysfonctionnement, "un problème de contrôle des deuxièmes années", qui ont d’après lui, menti à leur hiérarchie : "L’activité validée par la hiérarchie n’est pas celle qui a été effectuée." Et de conclure : "Jallal est mort parce qu’il a été trahi par des camarades."

Cinq élèves officiers et deux membres de la hiérarchie de l’école sont jugés devant la chambre militaire du tribunal correctionnel de Rennes à partir du lundi 23 novembre. Les avocats de plusieurs d’entre eux ont indiqué qu’ils plaideraient la relaxe de leur client. Maitre Pineau, qui défend le directeur de formation de l’école, précise qu’il montrera à l’audience que son client "n’a pas commis de faute, et que sa responsabilité ne peut donc être engagée". Le procès doit durer cinq jours. 

Choix de la station

À venir dansDanssecondess