Faits divers – Justice

Moselle : le patron qui "n’aime pas les Arabes" relaxé

Par Rachel Noel, France Bleu Lorraine Nord et France Bleu mardi 29 novembre 2016 à 21:56

Tribunal correctionnel de Metz
Tribunal correctionnel de Metz © Radio France - Rachel Noel

Le patron d'entreprise de Hauconcourt en Moselle, qui avait proféré des injures à caractère racial contre l'un de ses employés en juillet 2015, a été relaxé. Le délai pour examiner la plainte était prescrit. Le défenseur de l’employé va porter plainte pour harcèlement.

Le patron d'entreprise de Hauconcourt en Moselle, qui avait proféré des injures à caractère racial contre l'un de ses employés en juillet 2015, a été relaxé mardi par tribunal correctionnel de Metz. Le parquet de Metz avait qualifié les faits d’injure publique à caractère raciste. Il aurait donc fallu juger la plainte 3 mois maximum après les faits. L'avocat du plaignant va donc déposer une nouvelle plainte, cette fois pour harcèlement. Le délai pour porter plainte est de trois ans.

La vidéo qui accable

En juillet 2015. Mustapha, qui travaille comme chauffeur enregistre sur son téléphone portable, le vif échange qu'il a avec son employeur sur le parking du dépôt de l'entreprise à Hauconcourt. Depuis des semaines et des semaines, Mustapha vit un calvaire supportant les insultes de son patron. Pour avoir une preuve de ce qu’il vit au quotidien, il enregistre sur son téléphone la vive discussion qu'il a avec son employeur.

Je n’aime pas les arabes - Le patron de l'entreprise

L’enregistrement dure 11 minutes, mais des phrases comme celles-ci, cinq anciens employés en ont aussi témoigné.

Il y a celles qui sont simplement violentes :

Tu rentres dans le rang ou tu dégages. Ferme ta grande gueule !

Extrait du document sonore enregistré par Mustapha (2)

Mais aussi celle qui sont sans équivoques et pleines de menaces à peine contenues.

Moi, depuis que le patron s’est fait trancher la gorge j’en ai jusque là. Et j’ai envie moi de prendre un Arabe, et de… tac… et de le mettre en haut de mon bâtiment.

Un climat où la parole se libère

Le patron lui n'a qu'une explication, il était alcoolisé et regrette. A l'audience, le procureur de la République a estimé que les propos tenus par l'employeur étaient lamentables, et que l'alcool ne peut pas tout justifier. Pour l'avocat du salarié, Mehdi Zouaoui, ces propos sont révélateurs d'un climat ambiant : "Il y a une libération de la parole dans la politique, le monde du travail, et cette affaire est révélatrice. Un grand nombre de gens peuvent se permettre d’aller de plus en plus loin dans l’excès et dire tout et n’importe quoi ".

Mehdi Zouaoui, avocat au bareau de Metz évoque un climat où la parole raciste se libère

Le document avait été diffusé dans l'émission Complément d'enquête sur France 2.

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