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Faits divers - Justice

VIDÉO - Mosquée de Bayonne : les familles des victimes demandent la qualification de terrorisme

Trois jours après l'attaque de la mosquée de Bayonne, lundi 28 octobre, les familles des deux fidèles blessés par balle prennent la parole. Avec leurs avocats, elles s'indignent des qualifications retenues dans la mise en examen du suspect. Elles demandent que l'acte terroriste soit reconnu.

La famille Baggar et leur avocat, Maître Nouhou Diallo (à gauche), demandent la qualification d'acte terroriste
La famille Baggar et leur avocat, Maître Nouhou Diallo (à gauche), demandent la qualification d'acte terroriste © Radio France - Anthony Michel

Bayonne, France

"C'est un acte terroriste !" Les familles des victimes de l'attaque de la mosquée de Bayonne, lundi 28 octobre, et leurs avocats sont unanimes. Les qualifications de la mise en examen de Claude Sinké, mercredi, sont "erronées", selon Maître Méhana Mouhou. Ils réclament que l'acte terroriste soit retenu et que le parquet national anti-terroriste se saisisse de l'enquête. 

1. Pour appliquer la loi

Qualifier l'attaque de la mosquée de Bayonne de "tentative d'assassinat", principal chef retenu pour la mise en examen du principal suspect, "est une aberration juridique, c'est une fausse qualification", s'énerve Maître Mouhou, avocat de la famille Kariouh.

"Tous les critères pour qualifier cet acte d'attentat" réunis

"Monsieur Baggar et sa famille ne comprennent pas pourquoi ce dossier n'est pas considéré comme un dossier terroriste, renchérit Maître Nouhou Diallo, avocat de la seconde victime. Je ne comprends pas non plus. Les textes sont très clairs. Celui qui sème la terreur pour des raisons idéologiques, politiques ou religieuses est un terroriste."

Les avocats se réfèrent à l'article 421-1 du Code Pénal : "Constitue un attentat le fait de commettre un ou plusieurs actes de violence de nature à mettre en péril les institutions de la République ou à porter atteinte à l'intégrité du territoire national." 

Pour moi, ce monsieur c'est un croisé ! - Abdélali Kariouh

Pour Maître Mouhou, ces critères sont réunis car il y a une volonté de mettre en péril l'ordre public par une méthode de terreur et, comme le prévoit la jurisprudence, avec une matrice idéologique. Pour le représentant de la famille Kariouh et ses clients, il ne fait aucun doute que le suspect soit un "extrémiste, xénophobe, raciste et anti-musulman" qui a tenté d'assassiner en tirant sur des parties vitales.

Pour Abdélali Kariouh, fils de l'une des victimes blessés dans l'attaque en voulant s'interposer, le suspect voulait brûler la mosquée et tuer des fidèles. "C'est le genre de personne qui ne veulent que des églises sur la planète entière (...) Ce monsieur a commis un acte terroriste et cela doit être reconnu comme tel."

"Quand on a des bonbonnes de gaz, quand on a un 9mm, quand on a plein d'armes dans sa maison, quand ont tient les policiers en joue... C'est prémédité, c'est préparé, il a tâté le terrain, il a fait son chemin, c'est un ancien militaire, il sait exactement ce qu'il fait".

Expertise psychologique "trop rapide" ?

Si Maître Diallo tient avant toute chose à déclarer que "la famille [Baggar] est reconnaissante envers la police. Le calme de la police au moment de l'interpellation. C'est grâce à ce calme et ce professionnalisme qu'il y aura un procès", il se montre ensuite plus offensif. Pour lui, il y a des incompréhensions face à la procédure.

"Suite à l'expertise (psychologique), sa conscience (de Claudé Sinké, le suspect mis en examen, ndlr) serait altérée, pas totalement, mais partiellement. Le parquet antiterroriste ne s'est donc pas saisi." Une expertise en 24h, "beaucoup trop rapide" s'insurge Abdélali Kariouh.

Explorer la piste politique - Maître Nouhou Diallo

Maître Diallo avance également une autre voie sur laquelle le parquet de Bayonne ne s'est pas aventuré. "On est étonnés qu'on ait pas exploré la piste politique." Et l'avocat de raconter que le suspect, Claude Sinké "était au tribunal quelques jours auparavant pour porter plainte contre Macron... et il cherchait à se faire défendre."

"C'est un homme politique qui se revendiquait politique (...) qui a  écrit des livres politiques, qui a une analyse politique de la société, qui a une haine envers les musulmans. Ce critère politique permettait de considérer que ce qui s'est passé ici doit être qualifié de terrorisme."

2. Pour altérer un sentiment d'injustice et d'insécurité

"Nous espérons que cet acte soit qualifié d'attentat" déclare Hanane Baggar, fille de l'une des victimes. La reconnaissance juridique de l'acte de terrorisme dans l'attaque de la mosquée de Bayonne est loin d'être anodine expliquent les avocats des familles. "Les moyens sont différents, déclare Maître Diallo, les moyens de l'enquête, les moyens de protection de la famille. Pour le moment, la famille est seule."

C'est un terroriste, il doit être jugé comme tel, et pas comme un malade mental - Abdélali Kariouh

Même son de cloche de la part du fils d'Amar Kariouh. Selon Abdélali la qualification de terrorisme est moralement cruciale : "Pour ne pas avoir l'impression d'être oubliés, tout simplement, juste cela (...) C'est juste pour le principe, pour ne pas avoir l'impression d'être bafoués."

"Deux poids, deux mesures"

Son avocat, maître Mouhou, qui se réfère à l'affaire de Saint-Etienne-du-Rouvray en 2016 dans laquelle il représentait un paroissien pris en otage, remarque que "lorsqu'on attaque une église c'est un acte terroriste, et lorsqu'on attaque une mosquée ce n'est plus une attaque terroriste." 

Pour lui, il y aurait donc "deux poids, deux mesures" pour le même type de faits. Ses clients, dit-il, ont le droit d'être reconnus et "respectés" comme des victimes de terrorisme, l'acte le plus grave incriminé par la justice.

Les musulmans se sentent en insécurité.

Au-delà du vécu de ses clients, Maître Mouhou pense à l'effet que pourrait avoir les suites de l'affaire sur l'ensemble de la communauté : "Les musulmans se sentent en insécurité juridique parce qu'on se dit que se sont des actes graves et on ne leur donne pas la véritable qualification." Et de là découlerait, toujours selon l'avocat, "une insécurité qui s'installe partout dans les lieux de prière."

3. Réparer les victimes

La douleur des victimes et de leurs familles reste vive. La douleur physique des deux blessés d'abord. Amar Kariouh, 78 ans, et Maati Baggar, 74 ans, sont encore en soins intensifs à l’hôpital de Bayonne. Le premier a pris une balle dans le cou. Elle s'est logé près du rachis cervical. "Mon père n'est pas tiré d'affaire, prévient Abdélali Kariouh. Il est encore faible. Il parle, il est conscient, mais s'il était tiré d'affaire il serait là, avec nous. Il va surement perdre l'usage de sa jambe droite."

Maati Baggar a lui été atteint de trois balles, dont une dans le thorax. "Il n'a pu commencer à s'exprimer qu'hier après midi", annonce son avocat. Il reprend de la vigueur, mais "il reste encore des tubes à enlever pour qu'il parle correctement. Il dit avoir beaucoup de chance d'être là."

Suivi psychologique insuffisant

Maître Diallo affirme que son client aura besoin de suivi psychologique. "J'espère que des choses seront mises en place, surtout pour mon père, acquiesce Hanane Baggar. Ce sera un homme blessé à vie." 

La famille aussi souffre, affirme Maître Diallo. Mais pour l'heure, selon l'avocat, malgré la mise en place d'une cellule psychologique à l'hôpital de Bayonne, "ils sont seuls ! Personne n'a appelé l'épouse."

L'entourage d'Amar Kariouh vit la même souffrance. "C'est l'incompréhension. Quand cela vous arrive à vous, c'est dur", affirme Abdélali, la voix étranglée par l'émotion.

Si une synagogue avait brûlé, Monsieur Macron serait déjà là.

Son père reste fort, affirme le quadragénaire, il ne veut rien montrer de son éventuelle souffrance. Mais le son récit de l'attaque est glaçant. "Il nous a dit qu'il était persuadé de mourir deux fois. Une fois quand la voiture était en feu [le suspect a poursuivi Amar Kariouh et Maati Baggar jusqu'à la voiture et l'a incendiée, alors qu'ils étaient à l'intérieur], il a démarré mais un écran de flamme devant le pare-brise fait qu'il a pris le mur. Il a cru mourir une deuxième fois quand il a pris les balles."

Monsieur Macron, il va falloir arrêter de dire "nous sommes derrière la famille, les enfants des victimes" C'est facile de dire cela. Il faut venir.

Abdélali Kariouh a l'impression que les plus hautes instances de l'État ne prennent pas l'attaque de la mosquée suffisamment au sérieux. Un sentiment d'inéquité. 

4. Pour enquêter sur les ramifications éventuelles

Au-delà de la qualification juridique des faits, les avocats des familles tiennent à ce que l'intention terroriste soit retenue afin que les juridictions spécialisées, le parquet et les juges anti-terroristes de Paris, soient saisis. "Il n'y a pas de loups solitaires", explique Maitre Mouhou, qui a été avocat de victimes de Mohamed Merah et partie civile au procès des complices du terroriste toulousain.

Les magistrats spécialisés vont "pouvoir investiguer sur cette matrice idéologique qui est le corpus qui a permis de tirer sur des musulmans. Il y a bien un arrière-fond nauséabond extrêmiste. Si c'est du droit commun, on n'enquête pas sur cette matrice là."

Si le parquet de Bayonne peut effectivement se dessaisir à tout moment au profit des juges anti-terroristes parisiens, les avocats des familles Baggar et Mouhou sont loin d'avoir gagner la partie. Réussir à faire requalifier les faits et se déjuger les magistrats n'est pas une mince affaire.

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