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Faits divers – Justice

Assassinat de Mourmelon : la mère de Kevin en colère après la libération d'une des suspectes

- Mis à jour le -
Par , France Bleu Champagne-Ardenne, France Bleu

L'une des deux suspects de l'assassinat de Kevin, le 2 juin 2018 est remise en liberté, ce jeudi. Une décision prise par la cour d'appel de Reims, à cause d'un vice de procédure. La mère de Kevin, en colère, dit qu'elle n'a plus confiance en la justice.

La maman de Kevin avec son avocate, Maître Fanny Quentin
La maman de Kevin avec son avocate, Maître Fanny Quentin © Radio France - Thomas Coignac

Mourmelon-le-Grand, France

"Elle, elle va pouvoir fêter la fête des pères, dimanche. Nous, on ira au cimetière". Devant les micros, et les journalistes, Angélique, la mère de Kevin est digne, mais en colère. Elle vient d'apprendre la libération d'une des deux suspects de l'assassinat de son fils, pour un vice de procédure. 

"Impensable", pour la mère de Kevin.

Une erreur qui a une conséquence immédiate : la jeune fille de 18 ans, suspectée d'être l'instigatrice du meurtre de Kevin, tué d'une vingtaine de coups de couteau, le 2 juin 2018 à Mourmelon-le-Grand, est libre. Elle sort, ce jeudi, de l’établissement pénitentiaire de Lille, où elle est incarcérée. 

Elle était en détention depuis un peu plus d'un an, soupçonnée d’avoir organisé l'assassinat de son petit ami, Kevin, 17 ans, avec l'aide d'un complice. Une détention provisoire, qui doit, c'est la procédure pour les mineurs, être prolongée avant la première année de détention. Sauf que, lors de cette audience, organisée en visio-conférence, une erreur de procédure a eu lieu : les avocats des deux suspects n'ont pas reçu de version actualisée du dossier. 

Sous contrôle judiciaire, avec interdiction de quitter le département du Nord

L'avocat de la suspecte a donc demandé la mise en liberté de sa cliente, arguant qu'à cause de ce vice de procédure, la détention provisoire était nulle. Une demande validée, ce jeudi par la chambre de l'instruction de la cour d'appel de Reims. La jeune suspecte est donc libre, mais placée sous contrôle judiciaire. Elle a interdiction de quitter le département du Nord, des obligations de pointer au commissariat et de se soigner, mais aussi d'entrer en contact avec les autres personnes du dossier. Son complice, lui, reste en détention, puisqu'il a décidé de se rétracter, et d'annuler sa demande de mise en liberté. 

La mère de Kevin est allée à l'audience avec un album de condoléances.  - Radio France
La mère de Kevin est allée à l'audience avec un album de condoléances. © Radio France - Thomas Coignac

"J'en veux énormément à la justice, dit la mère de Kevin. C'est une erreur de la greffière, elle a oublié d'envoyer un papier. C'est grave d'en arriver là, de faire de telles erreurs à ce niveau". Relancée pour savoir si elle avait encore confiance en la justice française, elle n'hésite pas. "Au jour d'aujourd'hui, non. Mais, là, c'est la colère qui parle."

Elle l'a dit au procureur de la République de Reims, Matthieu Bourrette, qui a reçu les parents après l'audience - il n'était pas obligé. "Je ne veux pas de ses excuses, assène-t-elle. Je n'en ai rien à faire. Ce n'est pas lui qui va aller dire à des enfants ce qu'il s'est passé. Elle, et son avocat, vont écrire à la garde des Sceaux pour demander des sanctions contre les responsables. Nicole Belloubet et son administration sont les seuls à pouvoir prendre une telle décision. 

Nous avons commis une erreur procédurale

"Nous avons commis une erreur procédurale", reconnait Matthieu Bourrette, qui a lui aussi tenu une conférence de presse ce jeudi soir. Le procureur parle d'un "oubli aux conséquences dramatiques". Et promet de "ré-examiner les processus, avec des systèmes de vérifications, pour ne pas répéter cette erreur". 

Des arguments évidemment difficilement audibles pour les parents de Kevin. Ce jeudi, l'audience de la Cour d'appel, où ils se sont retrouvés face aux suspects a été difficile, notamment le fait de retrouver la suspecte. "Elle est restée neutre, elle a juste répondu aux questions. Jamais de remords, jamais de regrets, elle n'a jamais parlé de Kevin. Elle a juste dit que la prison, c'était dur. La pauvre". Et le second suspect, qui, lui, a renoncé à sa demande de mise en liberté ? "S'il l'a fait pour avoir notre pardon.... Ce n'est même pas imaginable. Les avocats des suspects n'ont pas souhaité réagir, ce jeudi. 

Deux procédures parallèles

La suite désormais, ce sont deux procédures parallèles. La procédure classique, qui devrait mener à un procès devant la cour d'assises pour les deux jeunes suspects. Matthieu Bourrette a promis que le dossier "ne prendrait strictement aucun retard". Il table sur une instruction qui se terminerait avant la fin de l'année 2019, pour un procès qui aurait lieu "quelques mois" plus tard.

"Le procès ne prendra aucun retard", a assuré Matthieu Bourrette, dans une conférence de presse. - Radio France
"Le procès ne prendra aucun retard", a assuré Matthieu Bourrette, dans une conférence de presse. © Radio France - Thomas Coignac

Et puis, le parquet va aussi se pourvoir devant la Cour de Cassation, afin que la jeune suspecte retourne en prison. Dans les trois mois, elle devra de nouveau examiner le dossier, et dire si elle casse, ou pas, la décision de remise en liberté. Si c'est le cas, le dossier retournera dans les mains du juge de la liberté et de la détention, qui dira si la jeune fille doit retourner en prison. En attendant cette nouvelle décision, la jeune suspecte est donc libre.  

Je vais me battre jusqu'au bout pour qu'ils aient la perpétuité

"C'est une situation morale, qui est pour les parents de Kevin, inimaginable, estime Fanny Quentin, leur avocate. Se dire que la simple omission d'envoi d'un dossier peut avoir de telles conséquences, c'est extrêmement compliqué de l'expliquer sereinement." 

En attendant, et après avoir versé quelques larmes, la mère de Kevin a montré un visage combatif. "Je vais me battre, assure-t-elle. Ils finiront par payer, et j'espère le plus cher possible. Je vais me battre jusqu'au bout pour qu'ils aient la perpétuité".