Faits divers – Justice

Moussa Benzahra, le dernier condamné à mort par un tribunal dijonnais

Par Arnaud Racapé, France Bleu Bourgogne vendredi 8 janvier 2016 à 19:41

Christine Marcel, 68 ans, est la petite-fille de Marguerite Gérôme
Christine Marcel, 68 ans, est la petite-fille de Marguerite Gérôme © Radio France - Arnaud Racapé

20 ans jour pour jour après la mort de François Mitterrand, François Hollande s'est recueilli vendredi sur la tombe de l'ancien président à Jarnac en Charente. L'occasion de revenir sur la mesure phare du premier septennat Mitterrand : l'abolition de la peine de mort, en 1981.

A Dijon, le dernier condamné à mort de l'Histoire remonte à 1976 : les assises de Côte-d'Or avaient alors condamné Moussa Benzahra pour le meurtre de Marguerite Gérôme, 84 ans, avant que ce dernier ne bénéficie de la grâce présidentielle. On n'en était encore qu'aux prémices du débat sur l'abolition de la peine de mort. Un débat encore très vif chez Christine Marcel, la petite fille de Marguerite Gérôme, qui a assisté au procès.

La peine de mort, un soulagement

De cette période, Christine Marcel, 68 ans aujourd'hui, 27 ans à l'époque, garde des souvenirs encore très douloureux : celui d'abord du meurtre de sa grand-mère, rue d'Alger à Dijon, celui d'une famille bouleversée, et puis celui d'un procès hors normes, face à un homme, Moussa Benzahra, sans remords : "Il a vraiment été odieux, avec ses mots, quant on lui a demande pourquoi il l'avait tuée, il a répondu 'parce que la vieille n'a pas voulu me donner ses sous et puis elle s'est défendue'. Et quand ils ont annoncé la peine de mort, c'était quand même un soulagement. Alors que lui nous a regardés, il nous a dit "la mort je m'en fous, la mort c'est rien".

La mort, Moussa Benzahra y échappera quelque temps plus tard lorsque Valéry Giscard d'Estaing lui accorde la grâce présidentielle, décision que la famille a du mal à digérer. Et même aujourd'hui, 35 ans après l'abolition de la peine de mort, Christine Marcel a le sentiment que justice n'a pas été rendue dans cette affaire : "lui, si on réfléchit bien, il était pour la peine de mort, il a donné la mort. Jamais je ne lui pardonnerai. Pare que ma grand-mère on ne la reverra plus. Lui, si je me souviens bien il avait 40 ans. Il a d'abord été condamné à mort, et puis il a été gracié, il a dû rester 15 ans en prison,  à 55 ans il était dehors ! Ma grand-mère, je vais la voir au cimetière."

Un pardon impossible donc, "ceux qui n'ont pas vécu ce que nous avons vécu ne peuvent pas comprendre", justifie Christine, consciente toutefois d'être à contre-courant d'une grande partie de la société à ce sujet.

Pour Me David Fouchard, bâtonnier de Dijon très au fait de l'affaire Benzahra, il n'y a pas vraiment de débat sur la peine de mort, quarante ans plus tard, et ce même si on venait à poser la question aux Français : "à l'époque poser la question à la population et leur demander s'il fallait abolir la peine de mort, ce n'est pas comme aujourd'hui demander à une population qui a changé s'il faut rétablir la peine de mort. Il faut quand même avoir conscience que d'une manière générale les gens sont assez conservateurs et tentés de garder les situations acquises. Donc il y aurait certainement plus de gens en faveur du maintien de l'abolition que pour l'abolition dans un pays où il y aurait la peine de mort. J'ai l'impression que la peine de mort n'est pas un débat de fond au quotidien, mais il peut arriver qu'il y ait des réactions épidermiques à l'occasion de crimes abominables, et ces réactions s'apaisent lorsque le temps fait son œuvre et que l'émotion passe."

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