Faits divers – Justice

A Nancy, la justice pour mineurs ouvre ses portes

Par Lucas Valdenaire, France Bleu Sud Lorraine lundi 10 octobre 2016 à 17:45

Dans cette unité éducative, près de 24 places sont disponibles.
Dans cette unité éducative, près de 24 places sont disponibles. © Radio France - Lucas Valdenaire

L'occasion est rare. Ce lundi à Nancy, le public a pu découvrir un secteur spécialisé de la justice : la PJJ, la Protection judiciaire de la jeunesse. Des portes ouvertes pour rencontrer des mineurs délinquants et leurs équipes éducatives. Tous ont un objectif commun : la réinsertion sociale.

C'est un endroit qui reste peu accessible au grand public : la Protection judiciaire de la Jeunesse, ouvrait ses portes ce lundi en Lorraine. C'était le cas à Metz, Sarreguemines-Thionville, Épinal, Bar-le-Duc et Nancy. La PJJ encadre les mineurs qui font l'objet d'une décision de justice. Ces adolescents sont déjà condamnés ou bien en attente d'un jugement et sont pris en charge par des éducateurs.

Sur place, les jeunes apprennent la menuiserie, la plomberie, le dessin ou encore la musique. - Radio France
Sur place, les jeunes apprennent la menuiserie, la plomberie, le dessin ou encore la musique. © Radio France - Lucas Valdenaire

"J'essaie de m'en sortir"

A Nancy, l'UEAJ, l'Unité Éducative d'Activité de Jour située juste à côté du tribunal de grande instance a participé à l’événement. En tout, 24 places sont disponibles dans cette structure de réinsertion. Des jeunes délinquants originaires du département sont encadrés par toute une équipe éducative. Avec au programme : du soutien scolaire, du sport et des ateliers menuiserie, plomberie, dessin, informatique, ou encore musique.

L'atelier menuiserie rénove des meubles récupérés chez Emmaüs avant de les revendre pour des associations - Radio France
L'atelier menuiserie rénove des meubles récupérés chez Emmaüs avant de les revendre pour des associations © Radio France - Lucas Valdenaire

Avec sa blouse bleue, Marcel* participe à la rénovation de plusieurs meubles récupérés chez Emmaüs, et revendus par la suite à des associations. Le jeune homme a 17 ans et travaille ici depuis trois mois. Il est en attente de jugement pour cambriolage : "ici, au moins, je ne suis pas au foyer ou chez moi à rien faire. Si j'étais encore chez mois, je serais déjà en prison..."

Ça fait 5 mois que je n'ai pas fait de conneries. Parce que j'essaie de m'en sortir.

"Cela fait 5 mois que je n'ai pas fait de conneries" - Un jeune de 17 ans en attente de jugement

Pour lui, désormais, l'objectif est de trouver un apprentissage. C'est une envie personnelle mais surtout une demande de justice. Pour cela, il peut compter sur Gabriel son professeur de menuiserie : "ce sont des gamins qui ont pris l'habitude de dire je ne suis pas bon, je suis bon à rien. Alors, on essaie de les valoriser par des petits travaux de menuiserie."

L'idée est de leur redonner goût au travail et de les orienter, pourquoi pas, vers un apprentissage.

"Il faut valoriser leur travail" - Gabriel, professeur de menuiserie.

Il faut trouver une motivation pour leur construire un parcours professionnel.

"Valoriser leur travail"

Des ateliers de menuiserie pour retrouver goût au travail. - Radio France
Des ateliers de menuiserie pour retrouver goût au travail. © Radio France - Lucas Valdenaire

Au quotidien, ce n'est pas toujours facile pour les équipes éducatives :"déjà, ce n'est pas facile de se lever le matin, travailler c'est compliqué aussi, parce qu'ils ont toujours appris à ne rien faire." Mais pour Gabriel, la cause en vaut la peine :

Mobiliser des jeunes dans l'inactivité ce n'est pas facile. Il faut être pédagogue, à leur écoute, il faut valoriser leur travail.

"Ce qui me motive : quand le gamin arrive à retrouver confiance en lui" - Gabriel

Moi, ce qui me motive, c'est quand le gamin retrouve le sourire, retrouve confiance en lui, là c'est jackpot. Cela veut dire qu'on n'a pas travaillé pour rien. On ne va pas sauver toute la planète, mais s'il y en a un sur cinq qui s'en sort, on est content !

Selon la direction, près de deux jeunes sur trois ne retombent pas dans la délinquance. - Radio France
Selon la direction, près de deux jeunes sur trois ne retombent pas dans la délinquance. © Radio France - Lucas Valdenaire

"Des petits moments de bonheur"

Martin Roussel, le responsable de cette Unité éducative d'activités de jour, le confirme : "il y a forcément des moments compliqués."

On oscille entre travail intensif et moments de bonheur...

"Il y a aussi des petits moments de bonheur" - Martin Roussel, responsable de l'UEAJ

... des moments quand ils viennent nous voir un ou deux ans après pour nous raconter ce qu'ils sont devenus et surtout nous remercier de ce qu'on a fait pour eux.

Les parents, eux aussi, sont largement mis à contribution : "ce sont eux, les principaux vecteurs de réussite" - Radio France
Les parents, eux aussi, sont largement mis à contribution : "ce sont eux, les principaux vecteurs de réussite" © Radio France - Lucas Valdenaire

Sur place, les jeunes encadrés ont entre 15 et 18 ans. Ce sont majoritairement des garçons. Et ils habitent tous dans le département. D'après Nadine Cavignaux, la directrice du Service Territorial Éducatif Milieu Ouvert Insertion de Nancy : "on a des primo-délinquants, l'idée est de leur faire prendre conscience de leur acte, de dire qu'il y a une victime et de les aider à réparer."

Près de 60% des jeunes ne réitèrent pas leur acte.

Près de 60% des jeunes ne réitèrent pas leur acte" - Nadine Cravignaux, la directrice du STEMOI de Nancy

Dans le même temps, on travaille beaucoup avec les parents qui sont les responsables légaux, ce sont eux les principaux vecteurs de réussite.

L'année dernière en France, la PJJ a pris en charge près de 140.000 mineurs. Dans la région Grand-Est (Alsace-Lorraine-Franche-Comté) : ils étaient près de 14.000 soit 10% du total national. Parmi eux, 10.000 garçons et 4.000 filles.

Il existe d'autres structures de la PJJ en Lorraine : à Metz, Sarreguemines-Thionville, Bar-le-Duc et Épinal. - Radio France
Il existe d'autres structures de la PJJ en Lorraine : à Metz, Sarreguemines-Thionville, Bar-le-Duc et Épinal. © Radio France - Lucas Valdenaire

Près de 10% des jeunes encadrés par la PJJ le sont dans la région Grand-Est - Radio France
Près de 10% des jeunes encadrés par la PJJ le sont dans la région Grand-Est © Radio France - Lucas Valdenaire

*Son prénom a été modifié pour respecter son anonymat.

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