Faits divers – Justice

Nanterre : un juge tient des propos sexistes lors d'un procès pour violences conjugales

Par Jules Brelaz, France Bleu Paris et France Bleu vendredi 2 juin 2017 à 15:42

Palais de justice.
Palais de justice. © Maxppp -

Un magistrat du tribunal correctionnel de Nanterre (Hauts-de-Seine) a reproché mercredi à une victime de violence conjugale de s'être soustraite à son devoir conjugal en faisant chambre à part.

Mercredi 31 mai, un homme de 48 ans est jugé en comparution immédiate au tribunal de grande instance de Nanterre pour "menace de mort réitérée par conjoint". Sa compagne a eu le courage d'enregistrer les violences dont elle était victime "jour et nuit". "L'audition des enregistrements lors de l'audience était glaçante" raconte Maître Migueline Rosset, l'avocate de la partie civile :

"Tu vas finir entre quatre planches, je vais t'asperger d'essence et tu vas mourir brûlée vive"... c'est d'une violence répétée

Face à ces preuves accablantes, "le compagnon violent n'a pu que reconnaître les faits. Mais lorsque le juge lui a demandé des explications sur son comportement, le mari a répondu, vous savez ma femme, elle faisait chambre à part. Le magistrat s'est alors tourné vers ma cliente en lui disant "oh si vous refusez le devoir conjugal... Trois fois il a répété ce terme de devoir conjugal".

L'épouse n'avait pas "à refuser le devoir conjugal"

Avocate de la victime, Maitre Migueline Rosset se dit choquée, estomaquée par les propos du magistrat. "Je lui ai dit monsieur le juge ça n'existe pas le devoir conjugal, c'est quoi cette notion ? Que la femme devrait se plier aux désirs de son mari ? Oui c'est un dérapage."

"Dans les cas de violences conjugales, le violent, l'agresseur dit toujours, "c'est de ta faute", et là on redit à ma cliente c'est de votre faute madame, et c'est un juge, un président d'audience qui le lui dit" s'insurge l'avocate.

Le juge pris en flagrant délit de sexisme a été convoqué par le président du tribunal de grande instance de Nanterre. Le magistrat encourt une sanction disciplinaire. Il pourrait se voir retirer les audiences de comparution immédiate qu'il présidait chaque mercredi. Quant au compagnon violent, il a été condamné à six mois de prison avec sursis et il a interdiction d'approcher sa femme.