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Dossier : Nordahl Lelandais

Nordahl Lelandais : la cellule Ariane pour faire ressortir d'éventuels nouveaux dossiers

Dans la foulée des affaires Maëlys et Arthur Noyer, la cellule Ariane a vu le jour début 2018. Son but : rapprocher, éventuellement, d'autres dossiers non résolus de disparitions ou de décès avec Nordahl Lelandais. Mais, depuis, la cellule Ariane a été dissoute et les familles sont sans nouvelles.

Me Bernard Boulloud (à g.), avocat de la famille Noyer et d'autres familles de disparus, avec Bernard Valézy (au centre) et Philippe Folletet (à d.) de l'association ARDP.
Me Bernard Boulloud (à g.), avocat de la famille Noyer et d'autres familles de disparus, avec Bernard Valézy (au centre) et Philippe Folletet (à d.) de l'association ARDP. © Radio France - Céline Loizeau

"Ariane", comme la métaphore empruntée à la mythologie grecque. Comme ce fil sur lequel on tire en espérant trouver une solution. C'est ainsi que la gendarmerie nationale décide de baptiser, au début de 2018, la cellule qu'elle vient de créer en vue d'un travail titanesque. Refaire le parcours de vie de Nordahl Lelandais, alors âgé de 34 ans, sur plus de dix ans et le confronter à des dossiers de disparitions ou de décès toujours pas résolus, en raison, par exemple, du secteur géographique. L'espoir pour certaines familles que leur dossier soit rouvert, pour d'autres qu'il soit étudié à nouveau mais avec ce "filtre" Lelandais. Pour retenir ou écarter cette piste.

Reportage en compagnie de Me Boulloud et l'association ARDP

Une cellule de sept gendarmes pour 900 dossiers au départ

Une cellule qui n'aurait jamais vu le jour selon Me Bernard Boulloud, avocat de la famille Noyer, sans la mise en cause, le 18 décembre 2017, de Nordahl Lelandais dans le décès de son client. "Entre le 12 avril 2017 (ndlr : date de la disparition d'Arthur Noyer") et le 18 décembre, le dossier d'Arthur Noyer n'intéressait que la famille, la justice qui était saisi et la presse locale. C'est depuis que Lelandais est entré dans le dossier d'Arthur Noyer que les autorités judiciaires se sont intéressées aux disparitions de majeurs notamment, enfin, aux dossiers classés sans suite."

Cette cellule Ariane, composée de sept gendarmes, démarre son travail avec une base de 900 dossiers. Ses enquêteurs vérifient notamment si le Savoyard, qui a servi dans l'armée, était dans la zone géographique au moment de la disparition ou de la mort suspecte. Ils ont épluché ses lignes téléphoniques, ses relevés bancaires, etc. Ils se sont aussi intéressés au profil des victimes.

De 900, on est ainsi passé à 40 dossiers, puis 14 jugés prioritaires : 13 disparitions inquiétantes - en Savoie, Drôme, Rhône et Isère - et une mort suspecte, celle de Thomas Rauschkolb, près de Chambéry. L'association Assistance et recherche de personnes disparues (ARPD), qui épaule depuis 2003 des familles de disparus, a ainsi fait remonter des éléments à la cellule Ariane. 

Bernard Valezy est le vice-président national de l'ARDP : "on a bien fait d'écrémer car il était impossible de faire des investigations de détails sur un tel nombre d'affaires, mais est-ce que ce qui restait au fond de l'épuisette à la fin était suffisant ? Non, puisque le parcours de vie qui a été reconstitué ne couvre pas toutes les périodes de vie de Lelandais. Il y a des périodes de 3-4 mois où personne ne sait où il était ou ce qu'il faisait."

Déception des familles selon l'ARDP

Les dossiers priorisés repartent en principe aux services d'enquête d'origine pour être retravaillés. Et là, la déception de plusieurs familles est grande d'après l'ARDP et Me Boulloud. "Ce sont les gendarmes qui ont recensés des dossiers, fait le lien entre Lelandais et les personnes concernées par ces dossiers, mais qui n'ont absolument pas tenu les familles informées, espérant que ce soit la justice qui fasse le travail à leur place", affirme Me Boulloud. 

Bernard Valezy, pour l'ARDP, précise lui "que, d'une manière générale, toutes les familles qui viennent nous voir comprennent très bien qu'on ne peut pas attendre une obligation de résultats. Ce qu'elles veulent, c'est qu'il y ait une obligation de moyens. Elles souhaitent que tous les moyens légaux soient engagés pour retrouver leur proche."

"C'est retombé comme une crêpe à terre puisque que nous n’avons aucun renseignement" - Me Bernard Boulloud

Me Boulloud, qui défend les intérêts de cinq familles potentiellement concernées, dit que, comme elles, il s'interroge : "ça a apporté beaucoup d'espoir aux familles. Enfin les dossiers vont ressortir ! Mais c'est retombé comme une crêpe à terre puisque que nous n’avons aucun renseignement. Dans la mesure où on n'informe pas les familles, ces familles-là se posent des questions. Elles se disent "est-ce que cette cellule a été créée pour que la gendarmerie se dégage de certaines responsabilités de dossiers qui ont été peut-être mal entrepris, mal menés, mal ficelés, etc. et puis qu'ils essaient de rattraper le coup ?" On se pose la question de l'intérêt pour les familles de la création de cette cellule. Est-ce que ce n'est pas que l'intérêt de la gendarmerie ?" Précisons que la direction générale de la gendarmerie nationale a refusé notre demande d'interview sur la cellule Ariane.

L'espoir d'une meilleure prise en charge des disparitions de majeurs

Cet "épisode" a cependant eu le mérite, selon l'ARDP et Me Boulloud, de mettre en lumière la problématique des dossiers non-élucidés, impliquant des majeurs, d'avoir plus d'écoute sur ces questions. Ainsi, l'an passé, la gendarmerie nationale a créé une division cold-case au sein de son pôle judiciaire de Cergy-Pontoise.  Le travail de cette division cold-case a permis l'arrestation l'an passé d'un suspect dans le meurtre d'une femme dont le corps avait été retrouvé à l'été 2001 dans la Drôme. Il y a aussi le groupe de travail dirigé par le procureur général de Grenoble pour améliorer la prise en charge de ce type de dossiers. Me Boulloud et l'ARDP ont d'ailleurs été reçus mi-avril par Jacques Dallest.

"Ce travail est intéressant, mais il vise plus particulièrement les cold-case. Et quand on parle de cold-case, il y a derrière des affaires criminelles non élucidées. Et la grande majorité des affaires de disparitions ne sont pas des affaires criminelles, ou, au moins, on ne sait pas que ce sont des affaires criminelles au départ. Il faut peut-être élargir les éléments de propositions", tempère cependant Bernard Valezy. L'association dit partager une grande partie de la vingtaine de propositions faite par le procureur Dallest, mais rappelle avoir fait d'autres suggestions par le passé aux ministères de l'Intérieur et de la Justice. "Elles sont plus particulièrement ciblés sur les histoires de disparitions."

Plus d'actes d'enquête au départ et conserver ces éléments

Selon l'ARDP, chaque année, en France, on compte 18.000 disparitions de majeurs. Elle estime également qu'annuellement 1000 ne sont jamais résolues. Et c'est sur ce point là "qu'il reste des efforts à faire" pour l'ARDP. "Une partie de ces disparitions sont devenues des disparitions inquiétantes, voire des affaires criminelles. Et quand on reprend ces dossiers et qu'on voit comment ils ont été traités au départ, on s'aperçoit qu'ils sont totalement lacunaires ", souligne Philippe Folletet, vice-président régional de l'ARDP en Auvergne-Rhône-Alpes. En clair, il manque alors des éléments qui peuvent s'avérer essentiels pour faire avancer le dossier, aboutir à une interpellation.

Et d'ajouter : "dès le départ, il y a un certain nombre de choses qui devraient être faites systématiquement sur toutes les disparitions. Il y a des questionnaires qui sont élaborés dans cet esprit et, qui, s'ils étaient utilisés à la base permettraient d'une part de recueillir les informations qui vont permettre de faire les premières diligences et de conserver les éléments, les données, que ce soit de téléphonie, de vidéosurveillance, éventuellement de passage de chien. Tout ça peut éviter par la suite de se retrouver dans des situations, comme on le voit trop souvent, de dossiers qui sont vides."

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