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Faits divers – Justice

"Nous n'avions aucune chance d'aider Tomek", raconte l'un des sauveteurs de l'alpiniste Elisabeth Revol

jeudi 8 mars 2018 à 18:03 Par Nelly Assénat, France Bleu Drôme Ardèche, France Bleu Pays de Savoie et France Bleu

L'alpiniste russo-polonais qui fait partie des sauveteurs d'Elisabeth Revol raconte à l'AFP le sauvetage périlleux de la Française, de nuit, à 6.000 mètres d'altitude, en janvier dernier sur le Nanga Parbat. Denis Urubko affirme qu'il était impossible de sauver le Polonais Tomek Mackiewicz.

Denis Urubko le 6 mars dernier à Islamabad au Pakistan
Denis Urubko le 6 mars dernier à Islamabad au Pakistan © AFP - Aamir Qureshi

L’alpiniste russo-polonais Denis Urubko raconte depuis le Pakistan une nuit de cauchemar, en janvier dernier, quand il est parti sauver la Française Elisabeth Revol en danger de mort sur le Nanga Parbat. 

Urubko et son compagnon de cordée Bielecki tentaient une ascension hivernale inédite du K2, le deuxième plus haut sommet au monde. Ils avaient été héliportés l'après-midi même par l'armée pakistanaise sur le Nanga Parbat (8.126 m), surnommée "la montagne tueuse", à la recherche de la cordée franco-polonaise composée d'Elisabeth Revol et du Polonais Tomek Mackiewicz.

Denis Urubko détaille que tout est parti d'un cri, le sien, dans le noir. Ils ont ensuite entendu une "très faible voix de femme" en retour.

C'était un incroyable miracle. On ne voyait rien. Il y avait une tempête de neige. J'étais tellement heureux— se rappelle Denis Urubko

Quand ils aperçoivent Elisabeth Revol, celle-ci vient de passer deux nuits, sans tente, à plus de 6.000 mètres d'altitude. La veille, elle s'est séparée de Mackiewicz, qui souffrait de cécité des neiges et qui crachait du sang, un signe d’œdème, symptôme de mal aigu des montagnes.

Denis Urubko, alors qu'il avance vers elle, remarque qu'elle ne porte plus que des gants fins et que ses mains ont commencé à blanchir. Il lui enfile alors ses propres gants pour sauver ses doigts. Ils montent aussitôt le camp et forcent Elisabeth Revol à s'hydrater et à prendre des médicaments.

Nous ne savions que vaguement où Tomek se trouvait (...) Nous étions sûrs qu'Elisabeth avait 100% de chances de survivre—Denis Urubko

Puis, alors qu'ils attendent la fin de la nuit pour repartir, Urubko et Bielecki ont une terrible discussion. "_Tomek  était quelque part plus haut. Nous ne savions que vaguement où il se trouvait. Avec Adam, nous ne savions pas quoi faire", observe-t-il.  _Fallait-il laisser la Française dans la tente et repartir à la recherche du Polonais, qui vivait alors probablement ses derniers moments, ou bien aider Elisabeth Revol à redescendre? Nous avons décidé de redescendre avec elle, parce que nous n'avions aucune chance d'aider Tomek mais que nous étions sûrs qu'Elisabeth aurait 100% de chances de survivre" à leurs côtés, alors qu'elle serait incapable de franchir certaines difficultés seule, explique-t-il.

A l'aube, les trois sont donc repartis, laissant Mackiewicz à son destin. Deux jours plus tôt, la Française avait déjà fait de même, une décision "imposée", qu'elle avait décrite comme "terrible et douloureuse", lors d'un entretien en février avec l'AFP.

Elisabeth Revol est ensuite repartie en France, via Islamabad. Urubko et Bielecki, eux, sont retournés sur les pentes du K2, où Bielecki a eu le nez cassé lors d'une avalanche.  Le Russo-Polonais a peu après fait la Une des médias internationaux en se lançant seul à l'assaut du sommet du K2 après des désaccords avec le reste de son équipe. Sa tentative a été qualifiée de "suicidaire" par certains spécialistes.