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Pamela et Sylvain, deux amoureux fauchés à moto, le chauffard alcoolisé condamné à cinq ans de prison

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Par , France Bleu Gironde, France Bleu Bourgogne, France Bleu

Au tribunal correctionnel de Bordeaux, Wilfried H, 34 ans, a écopé ce 12 mai de cinq ans de prison pour l'homicide involontaire d'un couple qui roulait à moto, sur une route départementale du Porge, en Gironde, en juin 2020.

Pamela et Sylvain, ensemble depuis cinq ans au moment du drame.
Pamela et Sylvain, ensemble depuis cinq ans au moment du drame. - Corinne M (famille)

"La violence routière est quotidienne. Mais une affaire comme celle-là, dans les dix dernières années, je n'en ai pas eue, et je pense que dans les dix prochaines années, je n'en aurai pas non plus." Ce mercredi, au tribunal correctionnel de Bordeaux, même les avocats, comme maître Servan Kerdoncuff, ont été secoués. Au cœur des débats : un accident mortel, un choc voiture contre moto qui a décimé les deux motards, en juin 2020, au Porge. Un drame qui aurait pu être tristement banal, si ce n'est la cascade de circonstances aggravantes : le conducteur, Wilfried H, roulait à plus de 180 km/h, ivre, avec des traces de cocaïne dans le sang, a utilisé son téléphone au volant quelques minutes avant le choc et a pris la fuite après le drame.

Les victimes retrouvées à 300 mètres du lieu de l'impact

Ce soir-là, le chauffard emprunte la voiture de son père. Il boit de l'alcool depuis 13 heures, à l'occasion d'une fête chez des amis avec sa petite copine de l'époque. Il profite du barbecue, joue à la pétanque, et boit. "Bière, rosé, whisky", diront ses amis. Il prend de la cocaïne vers 17-18 heures. Il rentre chez lui mais le soir, il se dispute avec sa copine. C'est là qu'il décide de prendre sa voiture, qui est en fait celle de son père, une Skoda Octavia. C'est en tout cas le récit qu'ont pu reconstituer les enquêteurs, car Wilfried est dans le brouillard. "Je ne me souviens pas" est la phrase qu'il répètera le plus pendant son procès. Il dit n'avoir aucun, ou très peu de souvenirs de cette journée. Une certitude : autour de 23h30, il commet l'irréparable.

Sur cette départementale, dans la nuit sans lune, il roule à une vitesse folle, plein phares. Encore très alcoolisé (trois heures après, il a encore près de deux grammes d'alcool dans le sang), il utilise son téléphone au volant et envoie sur Snapchat une photo de son compteur de vitesse, à 190 km/h. Dans les minutes qui suivent, il percute, par derrière, la moto. Aucun témoin direct de la scène, mais le choc est d'une violence extrême : les deux victimes sont projetées à plus de 300 mètres du point d'impact.

Deux amoureux appréciés de tous, qui rêvaient de fonder une famille

Les victimes : Pamela Bassri, 25 ans, et Sylvain Lopez, 35 ans. Ensemble depuis cinq ans, pacsés en 2019, ils vivaient au Porge et projetaient de fonder une famille. Pamela, "Pam", était une jeune femme "solaire", disent ses proches, "dynamique, gentille, belle". Passionnée par le Japon et la cuisine, elle travaillait en boulangerie en parallèle de ses études d'assistante maternelle - elle avait d'ailleurs obtenu son CAP, mais ne le saura jamais, les résultats d'admission étant arrivés après son décès. Son conjoint, Sylvain, était un militaire brillant, de l'aveu de tous.

Originaire de Côte-d'Or, où plusieurs de ses proches résident entre Dijon, Genlis ou encore Quetigny, il rejoint la Gironde au camp de Souge. Ses frères d'armes saluent "son talent, sa générosité, son courage et sa compétence". Engagé à 18 ans, il devient un parachutiste spécialisé, qui participe au démantèlement de plusieurs réseaux terroristes. Il est envoyé neuf fois à l'étranger, en "opex", dans des territoires en crise. Ses proches s'étaient préparés à le voir mourir au combat, pas sur une départementale à deux pas de chez lui. Il voulait se retirer de l'armée pour se consacrer à sa future famille. 

"J'ai perdu ma petite sœur"

Ce 12 mai, la salle, bondée, est remplie de l'émotion des proches du couple. Parents, frères, sœurs, cousins, parrain, mais aussi amis et frères d'armes de Sylvain. À la barre, un témoignage serre la gorge de tout le public : celui de Mike, le frère de Pamela. La voix étranglée, il raconte être le dernier à les avoir vus. Pamela et Sylvain rentraient après une réunion de famille chez lui. 

"Je me sens tellement coupable, parce que je ne les ai pas retenus pour qu'ils dorment à la maison", raconte-t-il, la voix brisée. "J'ai perdu ma petite sœur. Je donnerais tout pour les revoir une dernière fois. Aujourd'hui, il ne reste plus que des photos et des fleurs au cimetière."

Ces paroles font craquer le détenu : stoïque jusqu'alors, il pleure à son tour et répète : "Je voudrais m'excuser... Je suis désolé." Sur les bancs, de nombreux proches sont en pleurs. Des familles soudées, mais brisées. Les avocats, maître Kerdoncuff et maître Veyrières, parlent de cette mère "complètement dans le déni, qui va sur la tombe tous les jours, qui s'est constitué un autel dans la chambre de son enfant". De ce père, "qui a sombré dans l'alcool et a dû être admis en maison de repos". De ce frère "rongé par la culpabilité", alors qu'il n'y est pour rien.

"Vous vous êtes endormi au volant... à 180 km/h ?"

L'expertise révèlera que Sylvain, au volant de la moto, n'a commis aucune erreur. Ni lui ni Pamela n'avaient bu même s'ils rentraient d'une soirée, et la Harley-Davidson était en parfait état de marche. Alors comment Wilfried H a-t-il pu les percuter, par derrière, sur cette route pourtant droite avec une bonne visibilité ? Le chauffard coopère, répond à toutes les questions de la cour, mais ne s'explique pas pour autant.

- "Je ne me souviens pas", répète le prévenu. "Je crois que je me suis endormi au volant."

- "Vous vous êtes endormi... à 180 km/h ?" questionne l'avocat de Sylvain.

- "Je crois. Ce dont je me souviens, c'est de lever la tête, voir le pare-brise éclaté, l'airbag. Je savais que j'avais eu un accident, mais je ne savais pas ce que j'avais touché. Je pense que j'ai cru que c'était un animal."

- "Alors pourquoi vous partez à pied, si vous pensez avoir touché un sanglier ?" insiste l'avocat. 

- "Je ne sais pas. Je ne me souviens pas, je ne peux rien dire."

- "Vous étiez vous-même blessé, vous étiez couvert de sang. Vous avez votre téléphone dans la main, pourquoi n'appelez-vous pas les secours ?" Toujours la même réponse : "Je ne sais pas."

Un autre élément qui pèsera dans le délibéré : le délit de fuite. Après le choc, Wilfried H sort de sa voiture, la moto littéralement encastrée dans son pare-choc. Il reste prostré dans un champ pendant une vingtaine de minutes, un jeune cycliste de 16 ans arrive sur place, alerté par le bruit, le trouve et décrit un homme "confus, qui semble alcoolisé". Puis l'adolescent gagne les lieux du drame et Wilfried H part à pied dans la forêt. Pendant plus de deux heures, il reçoit 17 appels et des SMS de ses proches. Un de ses amis dit l'avoir eu au bout du fil, "choqué, il disait qu'il avait eu un accident." On en saura pas plus.

Lors de son réquisitoire, l'avocate du prévenu dressera le portrait d'un homme envahi par les remords, tellement honteux qu'il a demandé à ses parents de ne pas venir à l'audience. La honte, qui l'empêche aussi de se souvenir clairement des faits : "il ne veut pas voir la vérité en face", assène un des proches des victimes. Avant de délibérer, le président donne le dernier mot à Wilfried H.

"Je m'en veux. Je sais que ce que j'ai fait est impardonnable. J'ai essayé d'apporter des réponses aux familles. Mais en tout cas je veux qu'elles entendent mes excuses."

Prison ferme et interdiction de repasser le permis pendant dix ans

Après plus de trois heures de procès, la décision tombe. Homicide involontaire assorti de quatre circonstances aggravantes : alcool, cocaïne, vitesse, délit de fuite. Wilfried H écope de cinq ans de prison dont 18 mois de sursis probatoire, avec une obligation de soins et l'interdiction de repasser le permis pendant dix ans. Concrètement, il doit passer trois ans et demi en prison, sachant qu'il en a déjà passé près d'un an puisqu'il est sous les verrous depuis le début de la procédure. Pendant l'énoncé, le prévenu acquiesce, debout, reste silencieux. "Le verdict rendu est satisfaisant, mes clients ont été entendus", estime l'avocat des proches de Sylvain Lopez, maître Kerdoncuff. "Face à l'irréparable évident de la perte de Sylvain, c'est une décision équilibrée, même si le maintien en détention n'était pas forcément une revendication de leur part. Ils subissent "juste" la terrible absence de leur proche.

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