Faits divers – Justice

Démantèlement d'un vaste réseau de blanchiment d'argent, de Mornas dans le Vaucluse jusqu'au Maroc

Par Aurélie Lagain, Jérémy Marillier et Isabelle Lassalle, France Bleu Provence, France Bleu Vaucluse et France Bleu mercredi 30 novembre 2016 à 7:53 Mis à jour le mercredi 30 novembre 2016 à 11:33

Douanes (illustration)
Douanes (illustration) © Maxppp - Vincent Isore

Un vaste réseau international de blanchiment d'argent a été démantelé la semaine dernière, grâce à une opération des douanes à Mornas : avec notamment 26 interpellations en France les 21 et 22 novembre 2016.

C'est une affaire hors-norme qui a été découverte en Vaucluse : un réseau international de blanchiment d'argent a été démantelé la semaine dernière dans plusieurs pays d'Europe. Les enquêteurs européens décrivent un véritable système bancaire parallèle : un réseau tentaculaire de blanchiment d'argent de la drogue entre le Maroc, la France, la Belgique et les Pays-Bas.

36 personnes ont été interpellées et d'incroyables saisies : cinq millions d'euros, sept kilos d'or, dix kilos de cocaïne et 785 kilos de cannabis ! Au total, plus de 400 millions d'euros auraient été blanchis par ce réseau.

C'est par hasard, finalement que l'enquête a débuté, avec une interpellation en juin 2015 à Mornas en Haut-Vaucluse. Les douaniers ont intercepté une voiture avec à bord, près de 300.000 euros en petites coupures.

Un véritable réseau bancaire parallèle

Grâce à ça, les enquêteurs ont ensuite découvert tout le réseau. Le système découvert était établi comme un véritable réseau bancaire parallèle, dont la tête était au Maroc. Des collecteurs étaient chargés de récupérer l'argent des trafics et de le remettre à un niveau supérieur. L'argent collecté dans un pays était ensuite disponible ailleurs sur le territoire, ou dans un autre État.

Les services d'enquête européens se sont réunis au sein d'une "équipe commune d'enquête" constituée pour l'occasion. : 425 enquêteurs et membres des unités d'intervention de la gendarmerie nationale. Elle agissait sous la direction de la Juridiction interrégionale spécialisée de Marseille.

La coopération des services d'enquête européens

Pendant un an après l'interception fortuite d'un véhicule à Mornas, les enquêteurs ont mené des surveillances et analysé le système mis en place. Ils ont ensuite déclenché une vaste opération coordonnée entre la France, les Pays-Bas et la Belgique, lors d'une collecte d'argent à Besançon.

Le collecteur interpellé "avait réalisé une dizaine de transports de fonds pour 61 millions d'euros", a expliqué le procureur de la République de Marseille Xavier Tarabeux. À Paris, une épicerie servait de succursale où s'effectuaient dépôts et retraits.

En France, l'opération a permis 20 mises en examen, 18 mandats de dépôt, un contrôle judiciaire, ainsi que trois mandats d'arrêt : un au Pays-Bas et deux au Maroc, dont la tête présumée du réseau. Au total, 50 personnes ont été arrêtées en Europe, dont la moitié sont aujourd'hui détenues.

"La confiscation des avoirs"

"Cette affaire touche à ce qu'il y a de plus sacré pour les trafiquants" s'est réjoui le général David Galtier, qui dirige la gendarmerie de Provence-Alpes-Côte-D'Azur. "Nous avons réussi à remonter l'ensemble de la chaîne".

"Comme l'avait compris il y a trente ans le juge Falcone (juge anti-mafia), la seule manière de lutter contre les groupes criminels, c'est la confiscation de leurs avoirs, pas les mettre en prison", a précisé Pedro Felicio, spécialiste portugais de la délinquance financière pour Europol, ajoutant que pour les trafiquants, "Cash is still king" ("l'argent liquide est toujours roi").

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