Faits divers – Justice

"Patrons-voyous" : procès des ex-dirigeants de l'usine Thomé-Génot dans les Ardennes

Par Sophie Constanzer et Alexandre Blanc, France Bleu Champagne-Ardenne et France Bleu jeudi 5 octobre 2017 à 18:35

Larry Séré, ancien délégué CFDT, devant l'ancien site de Thomé-Génot laissé à l'abandon.
Larry Séré, ancien délégué CFDT, devant l'ancien site de Thomé-Génot laissé à l'abandon. © Radio France - Alexandre Blanc

Onze ans après la fermeture de l'usine Thomé-Génot dans les Ardennes, le procès des anciens dirigeants américains doit avoir lieu ce vendredi 6 octobre à Reims. Le procès de "patrons voyous" par excellence ? Jamais, ils ne sont expliqué devant la justice française.

L'affaire Thomé-Génot avait fait la Une il y a onze ans, bien au-delà de la vallée de la Meuse dans les Ardennes. Ce vendredi 6 octobre, les anciens dirigeants américains du site de Nouzonville sont rejugés devant le tribunal correctionnel de Reims. Greg Willis et Catherine Felch accusés d'avoir organisé la faillite de l'entreprise, jugés pour "banqueroute" et "abus de biens à des fins personnelles". C'est en 2004 que les cadres du groupe Catalina avaient racheté pour un euro symbolique l'équipementier automobile, avant que le site ne soit mis en liquidation judiciaire deux ans plus tard en 2006. Laissant ainsi 294 salariés sur le carreau, écœurés par le "pillage" de leur entreprise.

VIDÉO - Une minute pour comprendre l'affaire Thomé-Génot

Dès qu’ils auraient mis le pied en France ils auraient été arrêtés - Maître Bonifassi, avocat des anciens dirigeants

Condamnés une première fois par défaut à 5 ans de prison ferme, les anciens cadres américains de Thomé-Génot seront à nouveau absents à l'audience ce vendredi. Et ce malgré un mandat d'arrêt international émis contre eux (depuis juin 2008) par la justice française. Leur avocat Maître Stephane Bonifassi met en cause la justice et justifie le comportement de ses clients : « le juge d’instruction ne les a jamais convoqué et a directement émis un mandat d’arrêt contre eux, ce qui veut dire que dès qu’ils auraient mis le pied en France ils auraient été arrêtés et probablement placés en détention provisoire… ». Maître Stéphane Bonifassi qui réfute le mot "pillage". Il invoque la conjoncture économique, la crise de l'acier et il estime que cette affaire a été montée en épingle.

Il n'y a plus rien à attendre d’un procès comme ça… - Larry Séré, ancien délégué CFDT chez Thomé-Génot

REPORTAGE : Les ex-Thomé Génot essayent d'oublier

D’un côté donc, des patrons qui ne souhaitent pas s’expliquer devant la justice française. De l’autre, des salariés désabusés. « Il n'y a plus rien à attendre d’un procès comme ça… », souligne Larry Séré, ancien délégué syndical CFDT. Avant de rajouter : « Non je n’attends rien de ce procès, si je vais quand même attendre quelque chose c’est que la condamnation reste… ». Autrement dit, que les deux anciens cadres américains soient condamnés comme en 2009, à 5 ans de prison ferme, la peine maximale encourue. Il n'y a plus d'indemnités à espérer, l'association des Anciens de Thomé-Génot a été dissoute, et seuls 14 anciens de l'usine de Nouzonville sont encore parties civiles dans cette affaire.