Faits divers – Justice

Pau - Le patron du groupe Daniel jugé pour harcèlement moral

Par Daniel Corsand, France Bleu Béarn vendredi 22 janvier 2016 à 9:00

Le palais de justice de Pau
Le palais de justice de Pau © Radio France - Daniel Corsand

Jacques Daniel et ses deux plus proches collaborateurs ont comparu ce jeudi pour harcèlement moral. Le PDG du groupe Daniel a dû défendre son management à l'ancienne après la tentative de suicide d'une chef d'agence.

Une affaire de harcèlement moral devant le tribunal correctionnel de Pau ce jeudi. On a jugé Jacques Daniel, PDG de la société de béton du même nom basée à Lescar, ainsi que ses deux plus hauts cadres. Dans cette affaire, il y a trois plaignants, trois salariés, directeur d'agence ou de site, qui disent avoir été harcelés entre janvier 2012 et juin 2014. Catherine Renard, responsable de l'agence de Bayonne a même tenté de se suicider. L'audience a duré cinq heures afin de faire le tri entre ce qui relève du harcèlement moral et du management viril. 

Un patron à l'ancienne

Jacques Daniel a monopolisé la parole pendant le procès. Il a transformé la petite carrière de ses parents en un groupe de 22 sites sur trois départements, avec 250 salariés. C'est "LE" patron à l'ancienne. A 68 ans, il a du mal à rester debout pendant les cinq heures du procès, mais il s'applique à ne pas le montrer. C'est lui, le patron, qui répond aux questions du président. Le directeur général, qui n'est autre que son gendre, n'a pas ouvert la bouche, tout comme le directeur commercial. Durant le procès, on sent bien qu'il n'a pas l'habitude qu'on lui coupe la parole. Jacques Daniel est le quasi homonyme d'une célèbre marque de bourbon, mais dans la boîte, si on fait la blague, c'est dans le dos du PDG.

Réunions musclées et filatures de détectives privés

Chez Daniel, les salaires sont bons mais les compliments sont rares. La société fournit le béton pour l'autoroute Pau/Bordeaux et les résultats sont bons. Mais à partir de 2012, le chantier A65 touche à sa fin et le groupe Daniel s'inquiète pour son carnet de commande. La pression est mise sur tous les cadres. Dans les réunions, les mots sont durs.

Jusqu'à cette tentative de suicide de Catherine Renard, la responsable du site de Bayonne, fin juin 2014. Elle laisse des lettres à Dieu, à son mari et ses deux enfants, et aussi à l'inspection du travail, pour bien expliquer que son geste désespéré n'est motivé que par son mal-être au travail. Pendant dix ans, elle a été une employée modèle et dévouée qui ne comptait pas ses heures. Elle a grimpé les échelons jusqu'à devenir responsable de site. A elle, comme à d'autres, on reproche de mauvais chiffres. Elle répond que c'est la crise, on lui dit que la crise est dans sa tête. Certains cadres sont pris en filature par des détectives privés, pour s'assurer que les commerciaux démarchent les clients. Catherine Renard est déléguée du personnel. On sent bien que ce n'est pas dans la culture de l'entreprise tout ça. La notion de trouble psychosociaux, de stress au travail, ce n'est pas le genre de la maison.

Le parquet cible Jacques Daniel

Le parquet a demandé la relaxe pour les deux bras droits de Jacques Daniel. Il a considéré aussi que seule Catherine Renard a été victime de harcèlement moral. Pour la procureure, qui parle de méthodes nauséabondes dans ses réquisitions, seul Jacques Daniel est coupable. Elle demande pour le PDG, six mois de prison avec sursis et 10 000 euros d'amende. Le tribunal rendra son jugement le 10 mars.

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