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Faits divers – Justice

Pau : le procès de l'ancien instituteur de Beaulieu, entre souffrances et souvenirs lointains

mercredi 20 juin 2018 à 9:02 Par Daniel Corsand, France Bleu Béarn

Après deux jours d'audience, Pierre Morié, l'ancien instituteur de l'institut Beaulieu de Salies-de-Béarn continue de nier les viols et les agressions sexuelles qu'on lui reproche. Et les victimes témoignent de leurs souffrances, 30 ans après les faits.

La salle d'assises lors d'une suspension d'audience
La salle d'assises lors d'une suspension d'audience © Radio France - Daniel Corsand

Salies-de-Béarn, France

Le procès de Pierre Morié se poursuit ce mercredi devant la cour d'assise des Pyrénées-Atlantiques. Cet homme, âgé aujourd'hui de 83 ans, était enseignant à l'institut Beaulieu de Salies. Il est accusé de viols et d'atteintes sexuelles sur plusieurs de ses élèves. Les faits les plus anciens remontent au milieu des années 80. Depuis lundi l'accusé continue de nier les faits. La cour a aussi entendu quelques victimes et des témoignages d'anciens élèves. Tous ont raconté l’ambiguïté du comportement de Pierre Morié vis à vis des enfants. Mais ces 30 années écoulées depuis les faits rendent la tâche de la cour difficile

La souffrance intacte de Valérie

Quand on voit s'approcher Valérie de la barre, sa souffrance saute aux yeux. C'est une des deux élèves qui aurait été violée par l'instituteur. "J'ai fait ce qu'il m'a demandé. C'était lui l'adulte. C'était moi l'enfant". Valérie a été une de ses "chouchous" pendant plusieurs années. 33 ans plus tard, elle souffre encore. Elle est arrivée à Beaulieu à 7 ans et demi, déjà abîmée par la vie ; victime de parents maltraitants. Elle dit encore aujourd'hui : "J'essaie de vivre, de sortir de cette cage." Quand elle a annoncé qu'elle allait quitter l'établissement, "Monsieur Pierre" l'a reléguée au fond de la classe. C'est une autre gamine qui s'est retrouvée sur les genoux de l'instituteur. Valérie s'est sentie abandonnée. Elle est là, la pire des séquelles pour ces enfants abusés sexuellement : ce sentiment d'abandon pour ces fillettes qui se préparent à devenir des femmes. 

L'usure du temps 

Mais le procès a du mal à résister à l'usure du temps. Les souffrances de Valérie et des autres sont réelles et sincères mais les souvenirs manquent de précisions. C'est normal. Elles avaient entre 7 et 12 ans. Elles ont autour de 40 ans aujourd'hui. Sans compter que le traumatisme trouble la mémoire. Les témoignages sont nombreux et se ressemblent. Mais tous manquent des détails dont la cour a besoin. 

Le procès que nous vivons aujourd'hui, c'est un exercice d'archéologie judiciaire. — L'avocat de Pierre Morié

Me Thierry Sagardoytho, l'avocat de Pierre Morié

Une institution hors du temps ou de la réalité ?

Un témoin, une ancienne élève, a raconté une contradiction flagrante. Les éducatrices interdisaient aux jeunes filles de se rendre dans la chambre de Pierre Morié où il tenait des cours particuliers et des distributions et de bonbons. Et quand cette élève s'est plainte auprès d'une éducatrice de gestes déplacés de l'instituteur, elle a pris une gifle et cette remontrance : "On ne doit pas inventer des choses à propos des adultes". C'était un pensionnat pour enfants en souffrance psychologique. On faisait appel à leur créativité par l'écriture et le dessin. Mais à l'époque on corrigeait aussi les élèves. "Des gifles à tire-larigot", a raconté une ancienne élève. En cas de bêtise, on faisait le tour du parc en courant jusqu’à épuisement. Finalement, on ne sait pas si le temps passé déforme notre jugement sur cette institution d'une autre époque, ou si, à Beaulieu, on a surfé sur les non-dits et l'hypocrisie.

Précisons que l'institut Beaulieu existe toujours à Salies, mais que son fonctionnement n'a plus rien à voir avec cette affaire. Le verdict est attendu vendredi