Faits divers – Justice

Pédophilie dans l'Église : trois cas révélés dans la Loire

Par Julie Szmul, France Bleu Saint-Étienne Loire et France Bleu mardi 4 juillet 2017 à 19:55

(photo d'illustration)
(photo d'illustration) © Maxppp -

Le diocèse de Saint-Étienne est au cœur d'une affaire de pédophilie : au moins trois personnes ont été abusées par le même prêtre dans les années 80-90 dans la Loire. Il reconnaît les faits.

Ce prêtre du diocèse de Saint-Étienne a avoué avoir agressé sexuellement des petits garçons, dans les années 80-90 dans la Loire. Des faits qui sont aujourd'hui prescrits. A l'époque, ce prêtre est passé par les paroisses de la Talaudière, de Saint-Just-Saint-Rambert et de Sainte-Thérèse du Rond-Point avant d’être éloigné des enfants. Il est aujourd'hui aumônier dans une maison de retraite.

L'une des victimes témoigne

Parmi ces trois victimes, Paul a accepté de confier son histoire à France Bleu Saint-Étienne Loire. Paul a 12 ans quand il dit avoir été abusé par ce prêtre. Dans sa jolie maison en pleine campagne, sur les hauteurs de Saint-Étienne, il prend le temps de revenir sur ce jour-là. Il est en balade avec un copain de classe. "On est allé voir ce prêtre en vélo. Il venait de changer de paroisse. Il nous a offert des rafraîchissements. Il s’est assis à côté de nous. Comme à son habitude, il nous a saisi par les épaules. Il nous étreignait. C’était quelqu’un de très tactile. Puis il a eu des gestes déplacés. Il a descendu ses mains à des endroits où il n’avait rien à faire. Donc on s’est débattu, un peu gênés mais c’était clairement une agression sexuelle".

"Il a descendu ses mains à des endroits où il n’avait rien à faire. On s’est débattu, un peu gênés mais c’était clairement une agression sexuelle". Paul, une des trois victimes.

A la maison, on lui dit que ce n'est rien, qu'il n'a pas bien compris mais Paul et son copain se serrent les coudes. Surtout, il a la chance de ne plus jamais revoir le prêtre. Toutefois aujourd'hui, il veut des réponses de l'Église. "Force est de constater qu’il y a plein de gens autour de nous qui ont été agressés par cette personne et qui sont toujours murés dans le silence. Donc ça veut dire que le diocèse n’a pas eu d’action suffisamment ouverte et suffisamment visible." Et de nombreuses raisons ont fait que 30 ans plus tard il parle. "Il y a l’âge, le fait d’avoir des enfants et apprécier mieux les risques auxquels ils sont exposés. Nos parcours personnels, nos blessures personnelles peuvent être une bouée pour d’autres personnes. Il est peut-être un peu tard. Mais il n'est jamais trop tard."

Le prêtre reconnait les faits

Du côté du diocèse, Monseigneur Sylvain Bataille l’évêque de Saint-Étienne a immédiatement communiqué sur ce dossier qu’il connaissait. "On a une vérité qui est là et qui nous désole. Combien de personnes ont été touchées ?" se demande-t-il. Il confirme que ce prêtre a aujourd’hui 84 ans, qu’il reconnait les faits mais qu’il ne sait pas combien il a pu faire de victimes. L’évêque de Saint-Étienne poursuit : "Depuis l’an 2000, à trois reprises des victimes se sont manifestées et à chaque fois les faits ont été signalés à la justice. Dès les premiers signalements, des mesures internes à l’église ont également été prises : l'envoyer dans maison de retraite et exercer dans un ministère restreint. Une procédure canonique est également engagée." Monseigneur Bataille se dit être au courant d’agressions sexuelles mais pas de viols.

Le communiqué publié par le diocèse de Saint-Étienne - Radio France
Le communiqué publié par le diocèse de Saint-Étienne © Radio France

Le parquet de Saint-Étienne confirme en effet avoir vu l’évêque, dans ce dossier, mais aucune procédure n’a été lancée puisque les faits sont prescrits.

Coabuse.fr, un site pour retrouver son agresseur

Si ces trois victimes ont pu entrer en contact, c'est grâce au site internet créé par Franck Favre : coabuse.fr. Son fonctionnement est simple : "Il suffit de se rendre sur le site, et de remplir le formulaire très librement. Aucun champ n'est obligatoire, chacun donne les informations qu'il veut bien donner, précise Franck Favre. Tous les renseignements sont ensuite rentrés par moi-même dans une base de données, personne d'autre que moi n'en prend connaissance. La confidentialité est primordiale". Des tests sont ensuite faits sur la base de données, pour faire des corrélations entre les différents formulaires. "Quand on a une suspicion de corrélation, d'un même agresseur, ajoute le fondateur de coabuse.fr, je mets simplement en contact les deux personnes. Et ensuite, ils font ce qu'ils veulent, je ne m'occupe plus de rien".

"Il pourrait y avoir beaucoup plus de victimes", Franck Favre, fondateur de coabuse.fr

Grâce à coabuse.fr, huit affaires de pédophilie ont déjà pu être révélées. Deux ont été particulièrement médiatisées : une à Nice, dernièrement, et celle dont on parle aujourd'hui dans la Loire, révélée par 20minutes. Pour l'instant, trois personnes victimes de ce prêtre se sont manifestées, mais d'après Franck Favre, elles pourraient être bien plus nombreuses : "Nos certitudes, avec l’expérience que l'on a, c'est qu'il y en a beaucoup plus". Le fondateur du site internet lance donc un appel : "On espère que d'autres victimes rempliront un formulaire sur le site, et seront mises en contact avec les victimes connues aujourd’hui. Elles décideront d'agir, ou bien elles discuteront ensemble, puisque la discussion est déjà très salvatrice pour elles".