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Faits divers – Justice DOSSIER : L'affaire Bernard Preynat

Pédophilie dans l'Église : le cardinal Barbarin sera jugé pour non-dénonciation en avril

mardi 19 septembre 2017 à 15:39 Par Rosalie Lafarge, France Bleu Saint-Étienne Loire et France Bleu

Le cardinal Philippe Barbarin sera jugé du 4 au 6 avril pour non-dénonciation d'agressions sexuelles sur mineurs commises par un prêtre dans son diocèse de Lyon il y a plus de 25 ans, a annoncé ce mardi le tribunal.

Le cardinale Barbarin
Le cardinale Barbarin © Maxppp - Olivier Lejeune

Le tribunal a tranché ce mardi après-midi : le cardinal Philippe Barbarin sera jugé du 4 au 6 avril pour non-dénonciation d'agressions sexuelles sur mineurs commises par un prêtre dans son diocèse de Lyon il y a plus de 25 ans. La date du procès a été fixée par la sixième chambre correctionnelle devant laquelle l'archevêque de Lyon comparaîtra avec six autres personnes dans le cadre d'une procédure de citation directe dont l'audience de consignation avait lieu ce mardi.

Le recours est porté par 10 victimes du père Bernard Preynat, mis en examen en 2016 pour des abus sexuels commis jusqu'en 1991 sur de jeunes scouts de la région. Cette affaire, toujours à l'instruction, avait déclenché un scandale sur l'attitude de l'Église et conduit l'institution à adopter de nouvelles mesures de lutte contre la pédophilie.

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D'autres religieux visés

Le parquet avait parallèlement diligenté une enquête pour non-dénonciation d'agressions et omission de porter secours, visant notamment le cardinal Barbarin, classée sans suite le 1er août 2016. Mais les plaignants n'ont pas voulu en rester là et ont lancé une procédure de citation directe devant le tribunal, annoncée en mai dernier.

Outre le Primat des Gaules, elle vise l'archevêque d'Auch Maurice Gardès et l'évêque de Nevers Thierry Brac de la Perrière, anciens membres du diocèse de Lyon, ainsi que Luis Ladaria Ferrer, secrétaire de la Congrégation pour la doctrine de la foi au Vatican. Sont cités aussi l'ex-directeur de cabinet du cardinal, Pierre Durieux, aujourd'hui à Nantes, Régine Maire, chargée de la cellule d'écoute des victimes de prêtres au sein du diocèse lyonnais, et le vicaire épiscopal Xavier Grillon, qui fut le supérieur hiérarchique direct du père Preynat.

"Tout le monde a participé"

Il est reproché à Monseigneur Barbarin de ne pas avoir dénoncé les agissements du père Preynat quand il en fut informé et de l'avoir maintenu en fonction au contact d'enfants jusqu'en 2015. Mais Nadia Debbache, avocate des plaignants, estime que "ce n'est pas l'affaire d'un seul homme : tout le monde à son échelon a participé, y compris au sein du Vatican". Luis Ladaria Ferrer, visé pour complicité car consulté sur le cas Preynat, avait répondu à l'archevêque de Lyon de prendre "les mesures disciplinaires adéquates tout en évitant le scandale public", dans un courrier saisi en perquisition. C'est-à-dire "de ne pas saisir la justice", juge Maître Jean Boudot, autre conseil.

Ce n'est pas l'affaire d'un seul homme : tout le monde à son échelon a participé, y compris au sein du Vatican" - Maître Nadia Debbache

En classant son enquête, le parquet avait écarté le second délit en l'absence de "péril imminent", les derniers abus imputables au prêtre remontant à plus de 25 ans. Pour la non-dénonciation, il avait distingué deux périodes : avant et après 2014, date à laquelle le cardinal a rencontré pour la première fois une victime du père Preynat. Avant 2014, le parquet avait conclu à la prescription des faits, le délai étant de trois ans et Monseigneur Barbarin ayant eu connaissance des agissements du religieux à une date pas "exactement établie" mais suffisamment ancienne. Après 2014, il avait écarté toute volonté d'entraver la justice, soulignant par ailleurs que le quadragénaire rencontré alors par le prélat pouvait "personnellement" la saisir - ce qu'il fit finalement.

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Le cardinal Barbarin reconnaît "des erreurs"

"Comme l'ont dit et redit les magistrats, je n'ai rien couvert du tout", a souligné Monseigneur Barbarin au quotidien Le Monde en août, expliquant qu'il ne savait comment procéder face à des faits anciens, en reconnaissant des erreurs. Les plaignants martèlent, eux, que "ces personnes ont su et qu'elles n'ont pas dénoncé", délit passible de trois ans d'emprisonnement et 45.000 euros d'amende.

Je n'ai rien couvert du tout" - Cardinal Barbarin

Et leurs avocats contestent "l'instantanéité" du délit de non-dénonciation : pour eux, l'obligation de dénoncer des faits est "continue" et le délit "occulte" dès lors que la justice en est informée par un autre biais, en l'espèce la première plainte déposée contre Preynat en 2015. A leurs yeux, rien n'est prescrit. Une argumentation que balaie d'avance Maître Jean-Félix Luciani, avocat de l'archevêque, pour qui cette action n'est fondée "ni factuellement, ni juridiquement, pas plus aujourd'hui qu'hier".

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