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Faits divers – Justice

Pédophilie : deux frères, condamnés au procès d'Angers de 2005, à nouveau jugés à Nantes

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Par , France Bleu Loire Océan

Cette affaire pose la question de la récidive et de l'après-prison en matière de pédophilie. Deux frères condamnés en 2005 lors du retentissant procès d'Angers ont été jugés ce mercredi à Nantes. L'un pour atteintes sexuelles sur un enfant de quatre ans, l'autre pour n'avoir rien dénoncé.

Les deux frères jugés ce mercredi à Nantes avaient été condamnés à 17 et 19 années de réclusion criminelle lors du procès pour pédophilie d'Angers (photo d'illustration).
Les deux frères jugés ce mercredi à Nantes avaient été condamnés à 17 et 19 années de réclusion criminelle lors du procès pour pédophilie d'Angers (photo d'illustration). © Radio France - Pascale Boucherie

Nantes, France

Deux frères, condamnés lors du très médiatique procès d'Angers en 2005, étaient à nouveau jugés ce mercredi à Nantes. En 2018  ils sont entrés en contact avec un enfant de quatre ans alors que leur suivi socio-judiciaire l'interdisait. L'aîné âgé de 52 ans est soupçonné d'atteintes sexuelles sur le petit garçon. L'autre, âgé de 47 ans, condamné à Angers pour proxénétisme, est poursuivi pour ne pas avoir dénoncé les faits. Il est aussi reproché à la mère de l'enfant de ne pas avoir assuré ses obligations parentales.

Le procès d'Angers

65 accusés, 45 mineurs victimes et 62 condamnés. En 2005 le procès pour pédophile d'Angers est d'une ampleur sans précédent dans l'histoire des assises en France. A l'issue des débats qui durent cinq mois, la cour d'assises du Maine-et-Loire condamne les deux frères à 17 et 19 années de réclusion criminelle

Soirée d'anniversaire

Fin janvier 2018, cela fait plusieurs mois que les deux frères sont sortis de prison. L'aîné reçoit à son domicile, à Nantes, pour une soirée d'anniversaire. Il invite une amie qui vient avec son fils de quatre ans, l'enfant s'endort sur place et c'est là que les atteintes sexuelles se produisent assure le frère en pleurs à l'audience. Parlant de son aîné il affirme :

"Il n'a jamais voulu reconnaître le mal qu'il fait aux enfants" - le frère cadet

Le petit a aujourd'hui cinq ans.

"Aujourd'hui l'enfant ne grandit pas bien, il est prostré, avant il bougeait il criait " explique l'avocate qui représente le petit garçon

Le plus âgé des deux frères nie les faits reprochés, le ministère public hausse la voix :

"Combien d'enfants avez-vous agressé ?" - la procureure

La réponse est déconcertante :

"Je ne les compte plus. Il y a eu ma fille, mon frère ça se pourrait. Et moi alors j'ai bien été violé par un prêtre !" - l'aîné des deux frères

La mère à qui il est reproché de ne pas avoir rempli ses "obligations légales de parent" et d'avoir "compromis la santé, la sécurité, la moralité ou l'éducation de son enfant" n'est pas présente à l'audience. Elle est "hospitalisée" dit pudiquement la présidente du tribunal.

Plaidoirie de la partie civile

Dans sa plaidoirie, l'avocate qui représente l'enfant a des mots déchirants. Elle compare le petit garçon à "une poupée de chiffons contre qui on peut dormir, se serrer".  Agathe Bignan évoque une "nuit d'horreur" et dénonce l'irresponsabilité de la mère de l'enfant :

"C'est sa mère elle doit le protéger. Elle sait que les deux hommes chez qui elle se trouve sont pédophiles, ils sont alcoolisés et elle décide de laisser son petit garçon auprès de ces deux hommes." - l'avocate Agathe Bignan

Réquisitoire "exceptionnel" du ministère public

Les mots utilisés par la procureure Karine Lebrun dans son réquisitoire sont tout aussi glaçants.

"A voir cet homme arriver dans le box, une image s'imposait à moi, celle d'un enfant qui pèse 15 kilos face à un homme qui en fait 125."

Et de rappeler que le code pénal, en matière de récidive de pédophilie, prévoit 20 ans de réclusion criminelle.

"Vous jugez un homme à qui l'on reproche plusieurs faits d'agressions sexuelles sur un enfant de quatre ans. Un homme qui est interdit de contact avec les mineurs. Et qui est jugé pour l'agression d'un onzième enfant." - la procureure Karine Lebrun

Les deux frères écoutent sans grande réaction. L'aîné a l'air songeur. Le cadet baisse parfois la tête.

Quant au traitement - des hormones régulièrement injectées qui empêchent d'avoir des érections- la magistrate est dubitative :

"Je ne vois pas dans le traitement une solution miracle"

En conséquence ses réquisitions sont, elle le dit elle-même "exceptionnelles" :

"L'enjeu c'est qu'on n'ait pas de treizième ou de quatorzième victime." 

Pour "privilégier l'intérêt de la société et juger de la gravité des actes" la procureure demande neuf mois d'emprisonnement assortis d'une mise à l'épreuve de deux ans pour la mère de la victime, 36 mois d'emprisonnement dont 18 mois de mise à l'épreuve pour le frère cadet qui a fini par dénoncer son aîné, et dix ans d'emprisonnement assorti d'un maintien en détention pour le frère aîné.

Plaidoiries de la défense

Marie-Emmanuelle Beloncle qui défend la mère de la victime explique que cette femme de 33 ans reconnait "ne pas avoir su protéger son enfant". La robe noire parle de "soirée alcoolisée" et de "maltraitance involontaire". Et elle rappelle que sa cliente ne s'est pas opposée au placement de ses trois enfants. Cette trentenaire a un important problème d'alcool. Elle est hospitalisée à temps complet depuis le 1er avril dernier.

Sarra Audollent Boughandjioua qui représente les intérêts du frère cadet dit que son client est partagé entre sa "loyauté" à son aîné et "la volonté de s'en détacher". Elle insiste en disant que c'est grâce à cet homme que l'instruction a eu lieu, c'est lui qui "révèle l'affaire insiste-t-elle, même si il le fait cinq mois après les faits".

Après plus de quatre heures d'audience, Olivier Renard termine la boucle des plaidoiries. Il défend le prévenu principal, celui qui nie, celui qui est soupçonné d'avoir infligé des atteintes sexuelles au petit garçon de quatre ans et qui est montré du doigt par son frère. "Je n'ai pas tellement la preuve de l'innocence de mon client à vous apporter", mais : 

"Attention à ce qui a pu se passer dans l'histoire de ces deux hommes et attention aux raccourcis qui font que quand on a été condamné cinq fois, la sixième vous êtes forcément l'auteur de ce qu'il vous est reproché" - Olivier Renard

Les derniers mots de son client sont : 

"Je n'ai rien à perdre. J'ai peur de ce qui se passera en prison et j'ai peur que mon nom apparaisse dans le journal" - le prévenu principal

Jugement rendu au milieu de la nuit

La présidente du tribunal correctionnel Sylvie Rousteau rend son délibéré peu après 23h30. Les trois prévenus du procès sont reconnus coupables et condamnés. La mère de l'enfant écope de huit mois de prison avec sursis, le frère cadet de 36 mois de prison, le frère aîné de dix ans d'emprisonnement avec 20 ans de suivi socio-judiciaire, interdiction de contact avec les mineurs et maintien en détention.

Le tribunal a rendu son délibéré très tard dans la soirée. - Radio France
Le tribunal a rendu son délibéré très tard dans la soirée. © Radio France - Pascale Boucherie