Faits divers – Justice

Plus de 800 cheminots marocains accusent la SNCF de discrimination

Par Marina Cabiten, France Bleu lundi 23 mars 2015 à 10:47

Le Conseil de prud'hommes de Paris
Le Conseil de prud'hommes de Paris © MaxPPP

Le Conseil des Prud'hommes de Paris a commencé lundi l'examen des recours pour discrimination déposés contre la SNCF par 832 cheminots de nationalité ou d'origine marocaine, qui affirment avoir été bloqués dans leurs carrières et pénalisés à la retraite.

L'audience s'est ouverte lundi en présence de 150 cheminots et de quelques veuves, serrés dans la plus grande salle du Conseil des Prud'hommes. Environ 200 dossiers devaient être examinés lundi sur les 832 recours pour discrimination déposés par des cheminots de nationalité ou d'origine marocaine, qui demandent réparation.   

"Indigènes du rail"

Embauchés au début des années 70 comme contractuels, donc avec un contrat de droit privé, ces agents à la retraite, ou proches de la retraite, ne relèvent pour la plupart pas du statut particulier des cheminots, plus avantageux mais réservé aux ressortissants européens.   

La SNCF récuse toute discrimination à l'égard de ces "Chibanis", qui affirment avoir été cantonnés aux plus bas niveaux de qualification et pénalisés à l'heure de la retraite. "A la retraite, on a eu des miettes, on s'est rendu compte qu'on avait été arnaqués" , explique un plaignant de 68 ans. "On a dit que nous étions les 'indigènes du rail', comme il y a eu les combattants marocains, c'est vrai. On a contribué à l'essor de la France" , estime Ksioua Ghaouti, 66 ans, qui a fait sa carrière à la gare de triage de Strasbourg. "Il fallait voir le travail, la nuit, à composer les trains, je connais trois collègues qui ont eu le bras coupé" , se souvient-il.    

Dix ans d'attente pour les plaignants

En "réparation", les plaignants réclament en moyenne 400.000 euros de dommages et intérêts , dont la moitié au titre du préjudice de retraite, le reste pour les carrières. Si les Prud'hommes leur donnaient raison, la facture serait lourde pour la compagnie ferroviaire.   

Les recours ont été déposés à partir de 2005 et sont examinés pour la première fois par un juge professionnel. Ils feront l'objet d'une douzaine d'audiences regroupées sur quatre jours, jusqu'à vendredi. La moitié des 832 plaignants ont acquis un jour la nationalité française. Mais seuls 113 ont obtenu le fameux "statut", dénommé en interne "cadre permanent". Ils  poursuivent la SNCF car leur ancienneté n'a pas été reconnue. Les contractuels ayant cotisé 40 ans au régime général "se verront verser en moyenne une pension inférieure de 50% à celle d'un cheminot au cadre permanent parti à 55 ans après 30 ans de service" , assurent leurs conseils. Des calculs contestés par la SNCF. Le jugement devrait être mis en délibéré.