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Faits divers – Justice

Pluvet : une famille d'agriculteurs condamnée pour abattage illégal de moutons

mardi 3 avril 2018 à 18:26 Par Anne Pinczon du Sel, France Bleu Bourgogne

Une mère et ses deux fils, agriculteurs à Pluvet, ont été condamnés hier par le tribunal correctionnel de Dijon pour avoir organisé l'abattage de dizaines de moutons dans un hangar de leur ferme au moment de l'Aïd el-Kebir. Mais l'audience a montré que personne n'avait vraiment à y gagner.

La cité judiciaire de Dijon
La cité judiciaire de Dijon © Radio France - Anne Pinczon du Sel

Dijon, France

Ils sont cinq prévenus à la barre. Un commercial, qui sera relaxé pour escroquerie, un ami de la famille qui a travaillé un peu à la ferme et qui les a mis en contact avec la communauté musulmane, la mère, ancienne agricultrice à la retraite et ses deux fils. Tous sont soupçonnés d'avoir participé de près ou de loin à un abattage rituel dans la cour de leur ferme en septembre 2016. 

Ce sont les voisins qui ont alerté les gendarmes en entendant des cris d'animaux et en observant un va-et-vient continu dans la cour ce jour-là. Sur place, les forces de l'ordre découvrent une cinquantaine de voitures, 46 carcasses de moutons, six bêtes encore vivantes et à leur arrivée des gens s'enfuient en emportant des morceaux de viande. 

Amitié et précarité

Devant le tribunal, les prévenus reconnaissent les faits : une manière d'arrondir la retraite de la maman qui touche 700 euros par mois et de rendre service à leurs amis musulmans. "L'Aïd, c'est comme Pâques ou Noël pour nous, on a appelé l'abattoir de Beaune, mais il n'y avait plus de place ni pour le jour même, ni pour le lendemain", raconte la mère, assise dans son fauteuil roulant. Elle reconnait avoir acheté régulièrement des moutons à une coopérative pour les revendre à la communauté musulmane en se faisant un bénéfice "entre 10 et 20 euros par tête, mais certains moutons n'étaient même pas payés." Et une fois par an, elle organise cet abattage pour l'Aïd. En 2016, ce sont ses fils qui lui mettent un hangar à disposition et qui installent le matériel. "Mais vous saviez que c'était illégal ?" demande la présidente. "Oui, répond un peu penaud l'un des fils, mais je n'allais pas m'opposer à ce que ma mère gagne 10 euros par ci, par là, c'est ma mère, c'est comme ça." 

On ne peut pas abattre un mouton dans une ferme mais on peut tuer et dépecer un sanglier dans une cabane de chasse 

La procureure décrit quand même "une scène de boucherie, avec du sang partout. Les services d'équarrissage ont ramassé deux tonnes de déchets." L'avocat de la défense rétorque que la souffrance animale est une vraie question à prendre en compte, mais que la situation dans les abattoirs n'est pas forcément mieux : "est-ce que je préfère recevoir un coup de marteau sur la tête à l'abattoir ou qu'on me tranche la carotide dans une ferme ? Franchement je préfère ne pas avoir le choix." Il pointe aussi les absurdités de la réglementation qui font qu'on ne peut pas tuer un agneau ou un cochon dans une ferme, mais qu'on peut dépecer une biche ou un sanglier dans une cabane de chasse. 

"Je regrette, on s'est trompés, on assume" déclare l'un des deux frères. La mère elle, termine l'audience en pleurant : "avec la vie que j'ai eu, j'aurais jamais imaginé me retrouver là."