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Faits divers – Justice DOSSIER : Affaire du crassier d'ArcelorMittal Florange

Pollution présumée chez ArcelorMittal Florange : l'entreprise poursuivie pour gestion irrégulière des déchets

vendredi 7 septembre 2018 à 18:12 Par Cécile Soulé, France Bleu Lorraine Nord et France Bleu

Le parquet de Thionville a rendu ce vendredi ses conclusions sur l'affaire du crassier d'ArcelorMittal à Florange. En juillet 2017, un intérimaire avait dénoncé dans une vidéo des déversements d'acide. Pour la justice, il n'y a pas eu de produits dangereux, mais une gestion irrégulière des déchets.

Les abords du crassier d'ArcelorMittal Florange
Les abords du crassier d'ArcelorMittal Florange © Radio France - Cécile Soulé

Florange, France

France Bleu Lorraine vous avait révélé cette vidéo en la mettant en ligne en juillet 2017 : Karim Ben Ali, chauffeur intérimaire employé par Suez, sous-traitant d'ArcelorMittal, affirmait avoir déversé des litres d'acide sur le crassier de Florange. Quatorze mois plus tard, après enquête de la police judiciaire et de l'office central de lutte contre les atteintes à l'environnement et à la santé publique, la procureure de la République de Thionville Christelle Dumont a rendu ce vendredi ses conclusions. Elle annonce qu'elle va poursuivre ArcelorMittal pour gestion irrégulière de ses déchets.

Selon les investigations de la Police Judiciaire et de l'Office central de lutte contre les atteintes à l'environnement, le liquide jaune fluo visible sur la vidéo tournée par le chauffeur intérimaire était composé d'eaux usées, avec un faible pourcentage d'acide chlorhydrique. Ce produit est issu, selon le parquet, d'une cuve de stockage d'eau usées provenant d'une ligne de décapage et de régénération d'acide de l'usine sidérurgique. 

La justice considère que ces produits n'étaient pas dangereux, au regard de la réglementation en vigueur. En revanche, ils n'avaient pas à être répandus sur le crassier. D'où les poursuites contre l'entreprise. Ces faits sont passibles de deux ans de prison et 75.000 euros d'amende.

Le communiqué de la procureure de Thionville

Les conclusions de la justice ont en tout cas mis beaucoup de temps à arriver puisque l'enquête a duré 14 mois.

Les réactions des témoins de l'affaire

Pour le délégué syndical FO d'ArcelorMittal Florange, Frédéric Weber, ce sont des poursuites à minima : "C'était important de savoir ce que la Procureure allait dire, est-ce que c'était un événement majeur ou un événement mineur. Aujourd'hui elle dit que c'est un événement mineur, qu'il y a des choses à revoir". 

ArcelorMittal souligne avant tout "qu'il n'y a pas eu de pollution à l'acide ni d'impact sur l'environnement" et rappelle que sa gestion des déchets "a toujours fait l'objet d'un suivi rigoureux" mais le président de la communauté d'agglomération du Val de Fensch Michel Liebgott reste sur sa fin et attend du groupe sidérurgique qu'il soit plus exemplaire sur sa gestion des déchets : "J'espère qu'un groupe aussi important que le groupe ArcelorMittal corrigera effectivement des pratiques qui de mon point de vue ne sont pas très citoyennes. On exige de nos populations qu'elles respectent la nature et l'environnement, je crois qu'il faut que ces grandes sociétés le fassent également". 

Les réactions d'habitants de la vallée de la Fensch.

Quant à Karim Ben Ali, qui explique avoir des problèmes de santé liés aux émanations d'acide, il se voit conforté dans son rôle de lanceur d'alerte. Même si ses premières déclarations étaient plus alarmistes. Ses avocats parisiens Me William Bourdon et Vincent Brengarth comptent déposer une plainte pour mise en danger de la vie d'autrui  et estiment que les conclusions de la Procureure sont "timides". Egalement avocat de Karim Ben Ali, Me Bertrand Mertz tient à saluer "le courage" de ce lanceur d'alerte atypique, intérimaire, qui a mal vécu la pression de l'affaire. 

La chronologie de l'affaire

3 Juillet 2017 : France Bleu Lorraine publie la vidéo de Karim Ben Ali affirmant, images à l'appui, avoir déversé de l'acide sur le crassier d'ArcelorMittal Florange  

4 juillet 2017 : le parquet de Thionville ouvre une enquête préliminaire  et le directeur d'ArcelorMittal Atlantique Lorraine Eric Niedzela dément toute pollution sur le site de Florange  

7 juillet 2017 : ArcelorMittal dépose plainte contre X  

16 juillet 2017 : des internautes se mobilisent pour lancer des cagnottes au profit de Karim Ben Ali, près de 10.000 euros récoltés  

18 juillet 2017 : suite à des prélèvements, la communauté d'agglomération du Val de Fensch, qui a également porté plainte, indique qu'il n'y a pas de traces d'acide sur le réseau d'eau (rivières et nappes phréatiques) autour de l'usine sidérurgique  

25 juillet 2017 : ArcelorMittal livre les conclusions de son enquête interne et affirme qu'aucun déversement d'acide pur n'a été effectué sur son site de Florange  

29 juillet 2017 : la direction d'ArcelorMittal annonce un investissement de 67 millions d'euros sur le site de Florange  

2 avril 2018 : dans un documentaire sur la chaîne Planète Plus, des prélèvements en chlorure et sulfate sont effectués sur le lieu du déversement et après analyse d'un laboratoire indépendant, ils sont 30 et 80 fois supérieurs à des prélèvements témoins.   

4 avril 2018 : sur France Bleu Lorraine, un ancien salarié d'entreprises spécialisées dans le retraitement des déchets de 2004 à 2010 affirme lui aussi avoir assisté à des déversements d'acide sur le crassier d'ArcelorMittal Florange  

17 avril 2018 : 25 personnalités dont des lanceurs d'alerte comme Irène Frachon dans l'affaire du Médiator ou Antoine Deltour dans Luxleaks signent une pétition pour réclamer des conclusions rapides de la justice  

Juin 2018 : La directrice d'ArcelorMittal Florange annonce aux élus du comité d'entreprise qu'il n'y a aucune trace d'acide dans les premiers résultats des échantillons prélevés sur le crassier.   

7 septembre 2018 :  La procureure de la République de Thionville rend les conclusions de son enquête préliminaire.