Faits divers – Justice

" A Pontanezen, porter plainte est un acte de résistance"

Par Valérie Le Nigen, France Bleu Breizh Izel vendredi 23 octobre 2015 à 17:26

Pontanezen
Pontanezen © Radio France

L'agresseur de la directrice du centre social de Pontanezen, le 18 décembre 2014 a été condamné ce vendredi 23 octobre 2015 à dix mois de prison dont cinq mois fermes par le tribunal de grande instance de Brest. Le centre avait brûlé quelques heures après son interpellation.

Le 18 décembre 2014, le centre social de Pontanezen, géré par l'association Horizons, avait fermé ses portes pour alerter la population sur les violences. Notamment l'agression au couteau d'un animateur en septembre. Cet animateur n'avait pas porté plainte et  avait quitté son emploi.  Ce 18 décembre, la directrice se  fait  agressée .  Quatre jours plus tard, la police interpellait deux jeunes du quartier. Dans la soirée, le centre brûlait. 

Ce vendredi 23 octobre 2015, les deux jeunes comparaissaient devant le tribunal correctionnel de Brest, l'un pour agression, l'autre pour outrage. 

A la barre, Vigan, 22 ans, explique qu'il sortait de la mosquée lorsqu'il a entendu dire que le centre était fermé par sa faute. " J'ai pété un cable. J'ai tapé longtemps à la porte du centre avant de pouvoir y entrer. On ne comprenait pas pourquoi c'était fermé. Et oui, j'ai insulté la directrice mais je ne l'ai pas agressée. Je ne me rappelle pas l'avoir bousculée". 

"le soir de l’interpellation des deux jeunes, le centre a brûlé"

Le deuxième jeune Nadir, emprisonné pour d'autres faits, reconnait des insultes et s'en excuse. La directrice témoigne : " Vigan me demandait ce que j'avais raconté dans le journal. Je ne comprenais pas de quoi il parlait. Il m'a saisi à la gorge. Cela n'a pas duré longtemps car les collègues sont intervenus. Il a été menaçant, en m'indiquant que si la police était prévenue, cela irait très mal pour moi. Depuis ce jour là, c'est compliqué dans le quartier. On avait le choix de se taire ou de risquer des représailles. Le soir de l'interpellation de Nadir et Vigan, le centre a brûlé. "

L'avocat des parties civiles, maître Gailler, résume le contexte : " Horizons assurait une mission de service publique à Pontanezen avec 23 salariés. Le 2 septembre 2014,  un animateur a été agressé avec un couteau. Cet animateur n'a pas osé porter plainte et a quitté le centre en négociant une rupture de contrat". Fin décembre, un groupe de jeunes, dont l'agresseur, demandait une salle au centre sans l'obtenir. Les salariés ont décidé de fermer une journée pour alerter la population. Ils ont organisé une réunion pour parler des armes, de la violence, de la drogue. Personne n'a cité Vigan. Mais quand il est venu au centre, l'animatrice chargée de l'accueil a indiqué qu'il l'a balancée contre le mur. Puis, selon les témoins, il s'est adressé à la directrice en ces termes,  " Je jure sur le coran. Sale pute. Ne reste pas seule quand tu es ici". 

" Le centre Horizons fait de la résistance"

" Le centre Horizons fait de la résistance" poursuit l'avocat. A Pontanezen, c'est une guerre de territoire. Déposer plainte, oser parler est un acte de résistance. Ceux qui témoignent ont peur. Aujourd'hui l'association est moribonde. Le président a démissionné. Les 23 salariés ont exercé leur droit de retrait fin août suite à une autre affaire de menace. Ils ont besoin de l'aide de la Justice". 

Le procureur réclame 10 mois avec prison dont 5 avec surcis à l'encontre de Vigan et l'interdiction d'approcher du centre et de la directrice pendant deux ans. Il réclame un Travail d’intérêt général de 105 heures à l'encontre de Nadir. 

Le tribunal a suivi les réquisitions concernant Vigan et condamné Nadir à une peine d'amende. Vigan a annoncé qu'il faisait appel alors que le président n'avait pas encore terminé de lui signifier son jugement. 

La directrice est actuellement en arrêt de travail. Certains salariés, qui exercent leur droit de retrait depuis fin août, avancent la date du 29 octobre, pour un possible retour au travail.