Faits divers – Justice

Pourquoi un avion a-t-il délesté du carburant au-dessus de la forêt de Fontainebleau ?

Par Marina Cabiten, France Bleu lundi 26 septembre 2016 à 15:06 Mis à jour le lundi 26 septembre 2016 à 17:53

Un "dysfonctionnement moteur au décollage" a poussé un Boeing d'Air France à vidanger son kérosène au-dessus de la forêt de Fontainebleau
Un "dysfonctionnement moteur au décollage" a poussé un Boeing d'Air France à vidanger son kérosène au-dessus de la forêt de Fontainebleau © Maxppp - Arnaud Beinat

Un avion d'Air France a délesté des dizaines de tonnes de kérosène dimanche au-dessus de la forêt de Fontainebleau. Pourquoi ? Et quelles conséquences ? Voici quelques éléments de réponse même si la compagnie n'a pas révélé tous les détails de l'incident.

Qu'est-ce qui a déclenché l'incident de dimanche sur un Boeing d'Air France ? L'avion parti le matin de l'aéroport parisien d'Orly, direction la Guyane, a largué une partie de son carburant au-dessus de la forêt de Fontainebleau avant d'aller se poser à Roissy.

Qu'est-ce qui ne s'est pas déroulé comme prévu ?

L'appareil transportant 289 passagers s'est retrouvé en difficulté peu après le décollage. "Le vol AF852 Paris Orly-Cayenne a fait demi-tour suite à un dysfonctionnement moteur au décollage", a déclaré une porte-parole de la compagnie. "Le moteur a ingéré de la gomme d'un pneu de l'avion, ce qui a altéré son fonctionnement", a encore expliqué cette source.

Pourquoi avoir largué du carburant en vol ?

La décision a alors été prise par le commandant de bord de reposer l'appareil, comme prévu dans une telle situation. Mais pour un gros porteur venant de décoller vers une destination lointaine, encore chargé de plusieurs dizaines de tonnes de kérosène, il faut d'abord larguer une partie du carburant sans quoi l'appareil, trop lourd, risque un éventuel crash à l'atterrissage. Ce type de vidange est "une mesure exceptionnelle laissée à l'appréciation de l'équipage, mais qui nécessite une autorisation du contrôle aérien. Le but est d'alléger l'appareil" avant qu'il ne se pose, a précisé Air France.

Pourquoi la forêt de Fontainebleau ?

Ce sont les contrôleurs aériens qui décident où les appareils qui se trouvent dans un tel cas de figure vont vider leurs réservoirs. "Si l'avion a décollé d'un aéroport proche du littoral, le délestage est réalisé sur un plan d'eau", explique un représentant de la Direction générale de l'aviation civile (DGAC). "Si c'est en pleine terre, comme les aéroports parisiens, on va choisir dans la mesure du possible une zone peu peuplée, en campagne, ou en région parisienne, très urbanisée, des zones forestières", ajoute-t-il en précisant que la décision est prise en fonction de l'urgence de la situation.

Quel impact sur les riverains et l'environnement ?

Lors d'un délestage, "on n'ouvre pas les vannes pour faire couler du kérosène sur la tête des gens", assure le porte-parole de la DGAC. Volant en cercles, l'appareil se décharge du carburant en le rejetant par vaporisation sous forme de fines gouttelettes. "Au contact de la chaleur produite par la lumière du soleil, 90% du carburant délesté s'évapore (dans l'atmosphère) et produit de l'eau et du CO2, ce qui est ni plus ni moins ce qui sort des réacteurs en phase de vol normal", explique-t-il. "Environ 10% du carburant tombe au sol et une bonne partie s'évapore à son contact", ajoute-t-il.

Le maire de la ville de Fontainebleau, Frédéric Valletoux (LR), s'est indigné dimanche de l'opération de délestage, jugeant "scandaleux" que cette procédure "soit encore autorisée".

Mais pour la DGAC, une fois l'essentiel du carburant évaporé, il ne reste que "quelques milligrammes (de kérosène) par mètre carré" et l'impact environnemental est "minime". "Entre mettre en place une procédure de délestage et mettre en danger la vie de centaines de passagers, le choix est rapidement fait", relève le représentant de l'institution.

Plainte à venir d'écologistes

Jacky Bonnemains, porte-parole des "Robin des Bois", a annoncé ce lundi soir que l'association écologiste comptait porter plainte mardi contre Air France, pour pollution de la forêt.