Faits divers – Justice

Prières de rue et Occupation : le procureur demande la relaxe de Marine Le Pen

Par Marina Cabiten, France Bleu mardi 20 octobre 2015 à 4:00

Marine Le Pen quitte le tribunal de Lyon le 20 octobre 2015
Marine Le Pen quitte le tribunal de Lyon le 20 octobre 2015 © Maxppp

Le procureur a réclamé mardi la relaxe pour Marine Le Pen, jugée à Lyon pour avoir comparé les prières de rue à l'Occupation nazie, estimant qu'elle parlait "d'un certain nombre de personnes" et non "pas de toute la communauté" musulmane. Jugement attendu le 15 décembre.

C'était il y a presque cinq ans, devant des militants à Lyon. Marine Le Pen, alors en campagne pour prendre la présidence du Front national, avait déclaré au sujet des prières de rue des musulmans : "Je suis désolée mais pour ceux qui aiment beaucoup parler de la Seconde Guerre mondiale, s'il s'agit de parler d'Occupation, on pourrait en parler, pour le coup, parce que ça c'est une occupation du territoire". Elle a été jugée ce mardi pour "provocation à la discrimination, à la violence ou à la haine envers un groupe de personnes à raison de leur appartenance à une religion". Le procureur a réclamé la relaxe. Le jugement sera rendu le 15 décembre.

"Persécution judiciaire"

Dès son arrivée au tribunal, Marine Le Pen s'est déclarée victime d'une "persécution judiciaire". Elle a maintenu ses propos. 

Je suis encore une fois non seulement dans mon droit comme responsable politique d'évoquer un sujet fondamental, mais c'est même un devoir pour moi de le faire - Marine Le Pen

La présidente du parti d'extrême droite a par ailleurs souligné la quasi-concomitance de ce renvoi en correctionnelle avec les élections régionales de décembre, qu'elle explique par une manoeuvre politique dirigée par le gouvernement. "Nous sommes à un mois des élections régionales alors que cette affaire a cinq ans. Ça ne pouvait pas attendre un mois ?", a dit la présidente de la formation d'extrême droite, tête de liste de son parti dans la région Nord-Pas-de-Calais-Picardie. 

Le procureur a réclamé la relaxe, estimant qu'elle parlait "d'un certain nombre de personnes" et non "pas de toute la communauté" musulmane. 

Mme Le Pen, en dénonçant ces prières dans l'espace public, imputables non à l'ensemble de la communauté musulmane, mais a une minorité, n'a fait qu'exercer sa liberté d'expression" - le procureur Bernard Reynaud.

"Elle vise évidemment les musulmans"

Marine Le Pen encourt une peine d'un an d'emprisonnement et 45.000 euros d'amende. Elle fait face à quatre parties civiles, dont le Collectif contre l'islamophobie en France (CCIF, ex-Association de défense des droits de l'Homme). Selon le président de cette association, Samy Debah, Marine Le Pen "va essayer de porter confusion entre islamisme extrémiste et simple musulman. En réalité, elle vise évidemment les musulmans".

"Lorsqu'on tient ce genre de propos face à des partisans du FN, qu'est-ce que ça peut engendrer dans leur esprit ? Du mieux vivre ensemble ou de la discrimination et de la haine ? On sait très bien qu'on ne vise pas les moines tibétains, c'est bien la communauté musulmane qui est visée", ajoute Me Khadija Aoudia, l'avocate de l'Observatoire du CFCM également partie civile.