Faits divers – Justice

Primes versées en liquide : Claude Guéant devant la justice ce lundi

Par Julien Baldacchino, France Bleu lundi 28 septembre 2015 à 9:01

Claude Guéant, ancien ministre de l'Intérieur
Claude Guéant, ancien ministre de l'Intérieur © Max PPP

L'ancien ministre de l'Intérieur est jugé ce lundi par le tribunal correctionnel de Paris pour "complicité de détournement de fonds publics et recel". Il est accusé d'avoir touché, quand il était directeur de cabinet de Nicolas Sarkozy, plus de 200.000 euros de primes en liquide non déclarées.

Un fonds réservé aux frais d'enquêtes policières aurait-il servi à verser des primes à Claude Guéant et ses collaborateurs ? C'est ce que va tenter de déterminer le tribunal correctionnel de Paris à partir de ce lundi. L'ancien ministre de l'Intérieur est accusé de "complicité de détournement de fonds publics et recel" pour des faits remontant entre 2002 et 2004, lorsqu'il était directeur de cabinet du ministre de l'Intérieur de l'époque, Nicolas Sarkozy. 

L'affaire porte sur des primes en espèces que se seraient versés les membres du cabinet pour un montant global de 210.000 euros (soit 10.000 euros par mois), répartis entre Claude Guéant lui-même et trois de ses collaborateurs. Or, ces primes étaient prélevées sur une enveloppe destinée aux Frais d'enquête et de surveillance (FES) de la police nationale.

34 millions d'euros distribués ?

Ces frais, créés en 1926, doivent permettre de prendre en charge des dépenses comme le recueil de renseignements ou la rémunération d'informateurs, des frais en liquide "que le fonctionnaire peut être appelé à engager pour l'exécution de la mission qui lui est confiée" selon le décret qui l'a créé. Selon la Cour des comptes, ce sont au total, entre 2002 et 2012, quelque 34 millions d'euros qui auraient été perçus par le cabinet du directeur de la Police nationale. 

Michel Gaudin, directeur de la Police nationale à l'époque des faits, est également jugé pour "détournement de fonds publics", pour avoir remis ces primes à Claude Guéant. Trois collaborateurs de celui-ci, Daniel Canepa, Michel Camux et Gérard Moisselin sont aussi jugés pour "recel". 

Les "sommes détournées" restituées ?

L'enquête a été mise au jour lors d'une perquisition chez Claude Guéant dans une autre affaire : les policiers avaient découvert des factures pour des achats payés en liquide. "Je suis un homme honnête", se défend Claude Guéant, qui assure que "des milliers" de membres des cabinets successifs en auraient profité également.

"Je n'ai perçu que ce à quoi j'avais droit, ni plus ni moins que mes prédécesseurs ou mes successeurs (...). Et je trouverais injuste d'être le seul à payer les pots cassés". 
— Claude Guéant

"Le décret de 1926 n'interdit pas que les FES servent de complément de rémunération", explique son avocat, Me Philippe Gouchez El Ghozi. Claude Guéant dénonce pour sa part une "instrumentalisation de la justice" pour le détruire. Le syndicat des cadres de la sécurité intérieure, majoritaire chez les officiers de police, a demandé qu'en cas de condamnation, "les sommes détournées" soient "restituées".