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Faits divers – Justice

"Un jour mon fils m'a dit qu'il avait débouché les toilettes avec de l'eau bénite" - témoignage au procès NDML à Caen

Plus de quinze heures de procès ce mardi devant le tribunal correctionnel de Caen. Pour démêler l'influence du président d'une association religieuse sur des adeptes invités à se soumettre à un strict engagement chrétien (chasteté, pauvreté). La procureur a requis deux ans de prisons avec sursis.

Très long procès de "Notre dame mère de la lumière" ce 21 mai devant le tribunal de correctionnel de Caen
Très long procès de "Notre dame mère de la lumière" ce 21 mai devant le tribunal de correctionnel de Caen © Radio France - Didier Charpin

caen

Endoctrinement ou liberté de choix accordée aux membres d'une association religieuse ? Question au coeur des débats ce mardi devant le tribunal correctionnel de Caen, lors du procès du Président de "Notre dame mère de la lumière", poursuivi pour abus de faiblesse

Alberto Maalouf n’a pas le profil d’un gourou d’une secte rappelle le Président du tribunal correctionnel. « Il y a eu des investigations et on ne retrouve pas dans ce dossier les motivations qu’on a pu voir dans d’autres affaires sectaires. Pas d’enrichissement personnel, pas de captation de patrimoine, pas d’abus sexuel ». Le trentenaire est poursuivi pour ‘abus de faiblesse’, son éventuelle culpabilité doit répondre à une équation judiciaire autour des victimes présumées : état de faiblesse – manipulation – préjudice. Tous les débats vont tourner autour de ces trois notions.

Pas de vie de couple chez les membres de l’association 

L’audition des plaignants démontre rapidement leur fragilité lorsqu’ils ont rencontré des membres de l’association « Notre dame mère de la lumière ». Par exemple une jeune serveuse tout juste arrivée à Caen après une déception amoureuse ou un jeune homme rentré de longues études aux Etats-Unis. Invités à s’exprimer, tous deux confient leur bonheur de trouver un lien social et spirituel en rencontrant le prévenu et ses troupes. Puis la jeune serveuse évoque les participations aux ‘prières des frères’, rassemblements avec une personne seule au milieu du groupe. « Un vrai tribunal » confie-t-elle, « on nous faisait des reproches sur notre style de vie, notre façon de s’habiller, à partir de ce que disait Alberto ». En toile de fond ces réunions semblent destinées à rejeter les liaisons amoureuses et la vie de couple. « Les femmes sont invitées à se couvrir le corps pour ne jamais dévoiler leurs formes féminines.  Je suis partie rejoindre ma famille à l’été 2014 en Corse et je n’osais plus me mettre en maillot de bain » explique-t-elle pour démontrer à quel point elle était alors, dit-elle, sous influence. 

Paroles contre paroles

Des propos contredit dans la foulée par deux autres femmes, présentes dans la salle, venues défendre le mouvement religieux : « Nous étions libres de nous habiller comme nous le souhaitions. Le corps couvert c'est notre choix ». Dans l’après-midi, une jeune étudiante membre de la communauté viendra expliquer qu’elle se soumet à un vœu de chasteté « par conviction » dit-elle. Quelques minutes plus tard une jeune professeure d’allemand viendra à son tour s’inscrire dans cette même ligne en se disant « _fiancée avec Jésus. Sans aucune influence de la part d’Alberto (Maalouf - NDLR)_ ». Choix de vie en apparence accepté par ces jeunes membres (tous agés d'une trentaine d'année) mais parfois contesté par leurs familles. Le père d'un adepte parle "d'un mouvement d'Ayatollah" dans un procès-verbal d'audition lu par le président du tribunal. La mère d'une jeune femme sous curatelle vient aussi apporter son témoignage « Ils ont pris ma fille ! Ils l'ont recrutée à la sortie de l'église et je ne la reconnais plus. Elle traite sa soeur de diable parce qu'elle s'habille en jupe ».  Une forme d'intégrisme religieux appuyé par une autre mère, qui se dit en rupture avec son fils. « Il me demande d'éteindre ma télévision parce que les programmes sont sataniques ».  Puis elle explique pourquoi elle est effrayée par l'emprise sur le jeune homme : « Un jour il m'a dit qu'il a pu déboucher les toilettes avec des prières et de l'eau bénite ! » Propos tenu devant le fils, à quelques mètres d'elle. Il prendra la parole par défendre Alberto Maalouf. 

Le procès se résume donc à des propos contradictoires sur la liberté de comportement accordée aux membres de « Notre dame mère de la lumière ». Le président du tribunal mentionne que trois couples se sont séparés peu après leur arrivée au sein du mouvement, « parce que les hommes et les femmes doivent vivre séparés » selon un autre plaignant. Des vies rythmées par de très longues veillées de prières, jusqu’au milieu de la nuit, avec deux jours de jeûne par semaine. « Dans une logique d'affaiblissement, d'épuisement dans une recherche  de soumission et dépendance » dira dans sa plaidoirie Me Rodolphe Bosselut, avocat de plaignants et familles d'adeptes.  

« Je ne suis pas un manipulateur » - Alberto Maalouf

Bras croisés, de dos par rapport au public et aux parties civiles, le prévenu ne laisse transparaître aucune réaction pendant les différents témoignages, à charge ou à décharge. Il attend d’avoir la parole pour affirmer « qu’il n’est pas un manipulateur. J’ai une conviction religieuse et des facilités d’orateurs. » Confronté à des témoignages d’anciens membres qui affirment avoir vécu une ‘sortie’ douloureuse du mouvement, avec pour certains des intimidations et pour d’autres un rejet humiliant, il esquisse une excuse en admettant qu’il « aurait peut-être dû avoir plus de discernement avec les personnes les plus fragiles » avant de résumer son propre parcours spirituel : « Je voulais fonder une famille mais un jour j’ai reçu un appel pour consacrer ma vie au Seigneur » 

Un choix de célibat qui apparaît comme une règle dans l'association religieuse qu’il a fondé : aucune femme n’a le droit de se trouver seule avec un homme, « pour protéger nos valeurs de vies : chasteté et pudeur » appui le prévenu. Un membre du mouvement, électricien à son compte, viendra dire qu’il partage totalement cette philosophie et se s’applique en vivant seul dans une maison louée par l’association. Cet homme est considéré comme partie civile mais son témoignage est clairement favorable aux prévenu. Comme la plupart des personnes entendues à la barre. La défense affirme également que 272 anciens membres de l'association ont signé une motion de confiance envers Alberto Maalouf

Les débats ont donc beaucoup tourné autour de la notion de liberté, d’autonomie et de choix de vie accordés aux membres de « Notre dame mère de la lumière ».  Dans ses réquisitions Carole Etienne,  procureur de la République, a voulu démonter « un système de remodelage de personnalité. Pour transformer radicalement les membres autour d'un discours qui visait à leur dire 'Nous sommes dans le monde mais pas du monde'. Alberto Maalouf a convaincu un fan d'Harry Potter d'abandonner ses livres parce qu'ils étaient diaboliques ! Un exemple d'isolement culturel et de repli communautaire ».  Elle a requis deux ans de prison avec sursis mise à l'épreuve. Accompagnés d'une obligation de soin, interdiction de rentrer en contact avec les victimes. Et une interdiction d'exercer une responsabilité à la tête d'une association. Le jugement a été mis en délibéré.