Faits divers – Justice DOSSIER : Le procès AZF

Procès AZF : une première journée pénible pour les victimes

Par Vanessa Marguet, France Bleu Toulouse mardi 24 janvier 2017 à 18:27

Les victimes d'AZF ont voulu marquer les esprits à Toulouse et à Paris au même moment
Les victimes d'AZF ont voulu marquer les esprits à Toulouse et à Paris au même moment © Radio France - Vanessa Marguet

La première journée d'audience a été plutôt rapide au procès AZF et le fond du dossier n'a pas encore été évoqué, mais les victimes qui sont montées à Paris sont sorties à la fois avec un sentiment de lassitude et de colère.

Le troisième procès de la catastrophe AZF s’est ouvert mardi devant la Cour d’Appel de Paris, dans la première chambre, la plus grande salle du Palais de Justice de Paris et la plus solennelle avec ses immenses lustres, ses dorures, ses tentures et ses boiseries. La première journée d'audience a été rapide. Elle a duré moins de deux heures.

C'est dans cette salle que le maréchal Pétain a été jugé en 1945 - Radio France
C'est dans cette salle que le maréchal Pétain a été jugé en 1945 © Radio France - Vanessa Marguet

Mauvaise acoustique

La présidente Claudine Forkel a commencé par appeler les prévenus, l'ex-directeur de l'usine Serge Biechlin et la société Grande Paroisse, filiale de Total. Elle a ensuite fait l'appel des avocats, une quarantaine au total, et des parties civiles. Dans la salle, une trentaine d’entre-elles avaient fait le déplacement, les proches de victimes tuées dans l’explosion le 21 septembre 2001, comme Gérard Ratier et sa femme qui ont perdu leur fils Alain ce jour-là. Avec d’autres membres de l’association des familles endeuillées, ils ont fait l’aller-retour sur la journée pour "montrer que les victimes existent et sont toujours là".

Il y avait aussi dans la salle des membres de l’association des sinistrés du 21 septembre, très en colère contre l’acoustique de cette salle. La plupart ont perdu une grande partie de leur capacités auditives à cause d’AZF et ne comprennent pas qu’on leur impose aujourd’hui d’aller à Paris dans une salle où ils n’entendent rien. "C’est inadmissible" tempête la présidente Pauline Miranda. Elle a obtenu la garantie qu'il y aurait plus de micros dès le deuxième jour et explique que les membres de son association vont se relayer tout au long de ce procès de quatre mois pour assurer une présence en permanence à Paris.

Comment les victimes ont vécu cette première journée à Paris ? Reportage.

La citation directe de Total étudiée mercredi

Avant l’ouverture du procès, à 12h, ces victimes se sont rassemblées devant les grilles du Palais de Justice de Paris avec des militants du collectif "Plus jamais ça" pour déplier une banderole sur laquelle on pouvait lire : "AZF - 21.9.2001 - 31 morts, Total responsable". Le même type de banderole était déployé au même moment à Toulouse, devant le centre des Congrès Pierre Baudis où l'audience est retransmise en intégralité.

Le groupe Total n’est pas sur le banc des prévenus dans ce dossier, seuls l’ancien directeur de l’usine Serge Biechlin et la société Grande Paroisse, filiale de Total, le sont. Mais le groupe Total et l’ancien PDG Thierry Desmarest font l’objet d’une "citation directe" par certaines parties civiles qui sera débattue par les avocats au deuxième jour d’audience. Les échanges sur le fond commenceront vraiment mercredi.

Nombreux témoins

La première journée a surtout été nécessaire pour faire l’appel des experts et des 187 témoins, pour leur attribuer une date de passage devant la Cour. Georges Abellan, par exemple, a fait le déplacement pour apprendre qu'il serait convoqué le 5 avril prochain. C’est cet ancien salarié d’AZF qui dénonce depuis le début les conditions de sécurité dans l’usine et les problèmes dans la gestion des déchets. Il accrédite la thèse de l’accident dû à un mélange de produits chimiques incompatibles suite à une série de négligences, celle qui a été retenue lors du précédent procès.

Les avocats de la défense, eux, ont cité des témoins pour réétudier la piste terroriste. Ils veulent aussi développer lors de ce procès l’hypothèse d’une explosion due à de la nitrocellulose, une substance explosive utilisée pour la fabrication d’armes pendant la seconde Guerre mondiale et qui est aujourd’hui encore enfouie dans les ballastières situées à proximité du site AZF.

Les parties civiles se préparent déjà à des débats longs et parfois très techniques, comme lors des autres procès.

Les prochaines journées d'audience sont prévues mercredi à 13H30 et jeudi à 9h - Radio France
Les prochaines journées d'audience sont prévues mercredi à 13H30 et jeudi à 9h © Radio France - Vanessa Marguet