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Faits divers – Justice

Procès Balkany : le maire de Levallois, adulé par certains, rattrapé par la justice

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Par , France Bleu Paris, France Bleu

Le procès Balkany s'ouvre ce lundi devant le tribunal correctionnel de Paris. Le maire de Levallois-Perret, son épouse, leur fils et trois autres prévenus sont poursuivis pour fraude fiscale, blanchiment de fraude fiscale aggravée.

Patrick Balkany devant le tribunal correctionnel de Paris, jusqu'au 20 juin
Patrick Balkany devant le tribunal correctionnel de Paris, jusqu'au 20 juin © Maxppp - Julien Mattia

Levallois-Perret, France

Ce lundi, s'ouvre, devant le tribunal correctionnel de Paris, le procès Balkany. Le maire de Levallois-Perret (Hauts-de-Seine), son épouse, leur fils et trois autres personnes, comparaissent pour fraude fiscale et blanchiment de fraude fiscale aggravée. Les époux Balkany sont soupçonnés d'avoir dissimulé au fisc, un patrimoine de plus de 13 millions d'euros. Le procès doit durer six semaines, soient 22 audiences, à raison de quatre après-midis par semaine. Un procès, après plus de cinq ans d'instruction, 22 commissions rogatoires internationales, passant par le Panama, Singapour, la Suisse, le Liechtenstein et, à l'arrivée, un dossier d'une centaine de pages et le renvoi en correctionnelle, réclamé par les juges Van Ruymbeke et Simon. 

Le tribunal va devoir décrypter plus de trente ans d'impunité, les soupçons d'arrangements obscurs, de prêtes-noms, de structures offshore qui auraient permis au couple de se constituer un patrimoine impressionnant, notamment des villas, à Saint-Martin, à Marrakech ou dans l'Eure, alors que les Balkany affirmaient vivre dans un simple deux pièces de Levallois. 

Un maire très apprécié dans sa ville

Depuis plus de 18 ans qu'il est maire, Patrick Balkany a su se faire apprécier de ses administrés. Quand on interroge les Levalloisiens, tous tiennent le même discours : c'est un bon maire, qui a su transformer la ville. "Ici, on est tranquille, on peut sortir le soir, sans avoir peur, on a la sécurité et toutes les infrastructures" me dit une dame, sa baguette de pain à la main. "Il peut bien partir avec la caisse, on s'en fiche, tant qu'il nous apporte ce dont on a besoin !" ajoute un monsieur, d'une soixantaine d'années, originaire de Levallois. Il raconte, comme tous les plus anciens, la transformation de la ville, devenue l'une des plus chics de la petite couronne, bien desservie, calme et propre. 

Et quand on interroge les mêmes habitants sur les fraudes présumées ou avouées : "Peu importe, ça ne nous concerne pas !". _"Moi, il a organisé les obsèques de mon père, moi, il m'a aidée à trouvé un logement"_, témoignent deux dames. Un bon maire paternaliste, pour certains, un pro du clientélisme pour d'autres, comme son opposante socialiste, Anne Faure, qui affirme : "Il assume totalement son clientélisme et quand je le lui reproche, il me répond : quand les clients sont contents, ils votent pour moi !"

Les époux Balkany en décembre 2015 - Maxppp
Les époux Balkany en décembre 2015 © Maxppp - Vincent Isore

Balkany, l'un des "bébés Pasqua"

Parmi les parties civiles, l'association Anticor, qui lutte contre la corruption. Pour Jean-Christophe Picard, le président d'Anticor, "loin d'être une exception, les Balkany sont plutôt le modèle du clientélisme municipal des années 80". Dans ces années là, avec la décentralisation, les élus se sont retrouvés avec beaucoup de pouvoirs aux maires, aux collectivités territoriales, sans les contrôles, qui existent aujourd'hui, de la Haute autorité pour la transparence de la vie publique ou des réglementations des années 90 sur le secret bancaire. 

D'après Jean-Charles Deniau, qui vient de signer un ouvrage intitulé "Balkany, l'impuni", "avant les lois Rocard, les partis s'arrangeaient pour récupérer de l'argent politique. Le RPR, dont Patrick Balkany est le cofondateur, s'est abattu sur les Hauts-de-Seine, ses promoteurs, ses marchés publics, pour en faire une pompe à fric, sauf que les Balkany ont confondu l'argent public et leurs poches". S'en sont suivis, par la suite, les procès des HLM, le procès Schuler etc. jusqu'au procès Balkany qui s'ouvre à présent. 

Balkany déjà condamné

Ce n'est pas la première fois que Patrick Balkany se retrouve devant les tribunaux. En mai 96, il avait été condamné à 15 mois de prison avec sursis, 200.000 francs d'amende et deux ans d'inéligibilité, pour prise illégale d'intérêt. Le couple Balkany avait employé et rémunéré aux frais de la ville, plusieurs agents municipaux, qui comme jardinier, qui comme cuisinière, qui encore, comme gouvernante, dans la résidence de Giverny. En  juillet 1999, la Chambre régionale des comptes (CRC) d'Île-de-France, avait condamné Patrick Balkany à rembourser à la ville de Levallois-Perret le montant des salaires des employés municipaux liés à sa condamnation, soit 523 897,96 €. 

Le procès Balkany s'ouvre ce lundi devant le tribunal correctionnel de Paris - Maxppp
Le procès Balkany s'ouvre ce lundi devant le tribunal correctionnel de Paris © Maxppp - Julien Mattia

Le feuilleton n'est pas terminé

D'après l'association des contribuables de Levallois, "difficile d'estimer le préjudice des malversations des Balkany pour la ville de Levallois". D'après le président de l'association, Dominique Tiger, "rien que l'affaire des tours du bord de Seine, ça a dû coûter 100 millions d'euros à la ville"! Le projet concernait deux tours jumelles de 164 mètres de hauteur qui devaient être construites sur les quais de la Seine à Levallois et qui n'ont jamais vu le jour. Le promoteur choisi, le cheikh saoudien Al Jaber, n'ayant jamais versé le moindre centime à la ville. Le cheikh qui avait été condamné est toujours soupçonné d'avoir financé tout ou partie de la villa Pamplemousse, la résidence de Saint-Martin du couple Balkany. 

Plusieurs enquêtes sont toujours en cours, l'une concernant la gestion de la police municipale de Levallois : la justice soupçonne le couple d'avoir utilisé des policiers municipaux comme chauffeurs privés. Une autre enquête préliminaire a été ouverte, en juin 2014, sur un contrat passé entre la municipalité et Bygmalion. Une autre encore, pour des soupçons de favoritisme dans un marché de reconstruction d'un collège de Courbevoie. Deux autres enquêtes s'intéressent à la gestion de la Semarelp, une société d'économie mixte, dont Isabelle Balkany est la présidente. Pour l'instant, aucune mise en examen n'a encore été prononcée.