Faits divers – Justice

Jérôme Cahuzac affirme que le premier compte ouvert en Suisse servait à financer Michel Rocard

Par Thibaut Lehut, France Bleu lundi 5 septembre 2016 à 17:33 Mis à jour le lundi 5 septembre 2016 à 18:01

Jérôme Cahuzac au palais de justice, à Paris, le 5 septembre 2016.
Jérôme Cahuzac au palais de justice, à Paris, le 5 septembre 2016. © AFP - Philippe Lopez

Jugé à Paris depuis ce lundi pour fraude fiscale et blanchiment, l'ex-ministre Jérôme Cahuzac a expliqué que le compte ouvert en Suisse avait servi à "financer des activités politiques". En particulier le mouvement des Rocardiens, au début des années 1990.

Jérôme Cahuzac a lâché une petite bombe, ce lundi, alors que s'ouvre son procès pour fraude fiscale et blanchiment. L'ancien ministre du Budget de Manuel Valls a expliqué que le premier compte ouvert en Suisse par un intermédiaire était voué à "financer des activités politiques".

"L'industrie pharmaceutique a financé tous les partis"

"J'ai demandé à Philippe Péninque (NDLR : un avocat fiscaliste) d'ouvrir un compte en Suisse en 1992", a déclaré Jérôme Cahuzac devant le tribunal. "Ce compte, c'est du financement d'activités politiques pour un homme dont j'espérais qu'il aurait un destin politique national", a-t-il ajouté, faisant nommément référence à Michel Rocard, mort le 2 juillet dernier. "La vie politique coûte cher", a ajouté l'ex-élu, précisant que le financement occulte était "la règle" à cette époque.

"L'industrie pharmaceutique a financé tous les partis politiques, tous", a affirmé Jérôme Cahuzac, qui a évoqué à la barre "deux versements des laboratoires Pfizer", effectuées en 1993 sur ce compte en Suisse à des fins de dissimulation. "L'argent ne pouvait pas venir des comptes officiels du laboratoire", a-t-il précisé.

"Je suis persuadé que Michel Rocard ignorait tout de cela"

Invité à citer les noms des interlocuteurs de l'époque avec lesquels il discute, à l'époque, dans l'entourage de l'ancien Premier ministre, Jérôme Cahuzac a refusé. À la question "Certains ont-ils encore des fonctions politiques aujourd'hui ?", l'ex-membre du gouvernement a ri sans donner de renseignements supplémentaires. Il a également précisé "être persuadé" que Michel Rocard "ignorait tout".

En mai 1991, Jérôme Cahuzac venait de quitter le cabinet du ministre de la Santé Claude Evin. Il débute alors ses activités de chirurgien esthétique tout en menant des activités de conseil et en s'engageant politiquement "auprès de l'équipe Rocard". Jusqu'à maintenant, les sommes virées entre novembre 1992 et mai 1993 sur ce compte en Suisse étaient considérées comme des revenus de son activité professionnelle, notamment en matière de conseil auprès de l'industrie pharmaceutique. D'où ce procès contre l'ancien ministre pour fraude fiscale.