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Faits divers – Justice

Procès d'un prêtre pédophile du Loiret : un an de prison requis contre André Fort l'ancien évêque d'Orléans

mercredi 31 octobre 2018 à 0:41 - Mis à jour le mercredi 31 octobre 2018 à 11:10 Par Anne Oger, France Bleu Orléans, France Bleu Béarn et France Bleu

Renvoyé devant le tribunal correctionnel d'Orléans pour non dénonciation d'agressions sexuelles, André Fort était absent à son procès. Le procureur de la République a requis contre lui un an de prison ferme et 30 mois de prison contre Pierre De Castelet, l'auteur présumé des agressions sexuelles

Olivier Savignac, l'une des victimes qui a dénoncé les agressions sexuelles du père De Castelet
Olivier Savignac, l'une des victimes qui a dénoncé les agressions sexuelles du père De Castelet © Radio France - Anne Oger

Orléans, France

Sept ans après l'ouverture d'une enquête sur des soupçons d'agression sexuelles en juillet 1993 dans un camp de jeunes à Arthez d'Asson dans les Pyrénées-Atlantiques, le procès de Pierre de Castelet, l'ancien curé de Lorris, dans le Loiret, avait lieu ce mardi devant le tribunal correctionnel d'Orléans. Présent à l'audience il s'est expliqué sur des attouchements imposés à des garçons de 11 à 13 ans lors de ce qu'il présentait comme des "visites médicales pour mettre les fiches à jour", alors qu'il était l'aumônier et le directeur de ce camp organisé par le Mouvement Eucharistique des Jeunes. Des "visites médicales" qui, quel que soit l'état de santé des victimes, se terminaient toujours pas une palpation des parties génitales. Des faits reconnus par l'abbé de Castelet.

André Fort l'ancien évêque d'Orléans absent à son procès

Mais dès le début du procès, ce mardi, devant le tribunal correctionnel d'Orléans, c'est l'absence de l'autre prévenu, André Fort, l'ancien évêque d'Orléans, qui fait l'objet des plus vifs débats. L'ancien supérieur hiérarchique de Pierre De Castelet, évêque d'Orléans de 2002 à 2011, est poursuivi, lui, pour non dénonciation de ces agressions sexuelles. Contacté en 2010 par une des victimes, Olivier Savignac, il ne transmet pas la plainte au procureur de la République, comme la loi l'impose à toute personne ayant connaissance de ce genre de faits. "Il dit qu'il n'a pas voulu commettre cette infraction, quand il a reçu Olivier Savignac, il n'a pas eu conscience qu'il devait dénoncer" explique son avocat, Maitre Benoit De Gaullier. 

C'est de la lâcheté, j'ai hésité à lui envoyer un médecin légiste comme on le fait avec les malfrats corses

Des explications qu'il est seul à délivrer, André Fort n'est pas là pour s'expliquer. "Son état de fatigue s'est dégradé après une opération, il avait prévu de venir, il avait tout organisé, mais on a dû s'incliner devant l'aggravation de son état, ça n'est pas une manoeuvre pour échapper à la justice" assure l'avocat. C'est pourtant bien ainsi que les autres parties interprètent cette absence : "il a une incapacité à assumer les faits" regrette l'un des avocats des victimes, Maitre Edmond Fréty. Le procureur de la République d'Orléans Nicolas Bessone va même plus loin, lui parle de lâcheté : "j'ai hésité à lui envoyer un médecin légiste, comme je le faisais avec les malfrats corses, pour vérifier qu'il était bien souffrant, je ne pensais pas devoir le faire pour un évêque"

Aucune dénonciation des évêques qui se sont succédés jusqu'en 2011

En l'absence d'André Fort, il n'y a personne, aucun responsable de la hiérarchie de l'Eglise, pour expliquer le silence qui entoure ces agressions sexuelles depuis qu'elles ont été commises, en juillet 1993 et avant qu'elles ne soient dénoncées par l'actuel évêque d'Orléans Jacques Blaquart, qui lui transmet au procureur dès qu'il reçoit la lettre de la victime Olivier Savignac, en décembre 2011. Avant cela, rien, aucune dénonciation de la part de Monseigneur Picandet, évêque d'Orléans en 1993, aujourd'hui décédé. Informé dès l'été 1993 il parle avec Pierre De Castelet, lui intime de quitter le Mouvement Eucharistique des Jeunes mais l'autorise à encadrer d'autres jeunes, des scouts d'Europe, dans le Loiret. 

Je n'ai pas saisi la justice, je ne pensais pas que c'était à moi de le faire

Aucune saisine non plus de la part de Gérard Daucourt, l'évêque suivant, informé lui aussi du "cas" De Castelet, qui interdit simplement à son ministre de participer à des camps de jeunes. Pas de dénonciation non plus de Monseigneur Aubertin, l'archevêque de Tours, à qui Philippe Cottin, une autre victime, et son père, écrivent tous les deux, en 2007. Lui est cité à la barre des témoins, et s'explique : "je leur ai demandé de saisir la justice, je pensais que ça n'était pas à moi de le faire". Il s'inquiète, malgré tout, quand en 2010 il voit Pierre De Castelet au milieu d'un groupe de scouts d'Europe à un rassemblement. Il interpelle André Fort, alors évêque d'Orléans, "qui m'envoie balader en me disant oh ça va les ragots, toi aussi !"

Je lui ai demandé de partir pour éviter des conséquences judiciaires écrit François-Xavier Bocca à l'évêque de l'époque

Cité lui aussi par les avocats des victimes, François-Xavier Bocca, le père jésuite en charge du Mouvement Eucharistique des Jeunes. Lui débarque en urgence, en juillet 1993, au camp d'Arthez d'Asson dans le Béarn, prévenu qu'il y avait un problème avec Pierre De Castelet, alerté par les jeunes animateurs du camp qui ne veulent pas se taire. Il prend les enfants un par un, ils sont une dizaine à avoir subi les "visites médicales", tous disent la même chose, il entend les animateurs. Et prend la décision d'envoyer le père De Castelet dans un autre camp. "Je lui ai demandé de partir pour éviter des conséquences judiciaires" écrit-il dans un rapport qu'il envoie à Monseigneur Picandet, le supérieur de Pierre De Castelet.

Quel est le pouvoir qui vous autorise à ne rien faire ?

25 ans après, François-Xavier Bocca ne se souvient pas vraiment avoir écrit ces mots-là, "à l'époque quand il arrivait des choses comme ça on renvoyait simplement les gens, la société a changé". "Comment pouvez-vous réunir autant d'éléments et ne rien faire ?" l'interroge Maitre Edmond Fréty l'avocat des victimes, "quel est le pouvoir qui vous y autorise" ? "Si vous me dites que je n'ai pas respecté ces enfants, vous avez raison" répond François-Xavier Bocca. Lui, comme Monseigneur Aubertin, part juste après avoir témoigné devant le tribunal, sans attendre la suite, sans entendre les victimes. "Ils sont partis comme des voleurs" s'emporte le procureur de la République. 

Un électrochoc pour obliger l'église à regarder la vérité en face

Pour créer "un électrochoc", pour "forcer l'église à regarder la vérité en face", Nicolas Bessone dans ses réquisitions, demande au tribunal de prononcer une peine d'un an de prison ferme à l'encontre d'André Fort. Avec même à la clef un mandat d'arrêt, "pour le forcer à venir répondre de ses actes". Une peine que l'avocat de l'ancien évêque juge exagérée, "l'électrochoc a eu lieu à l'audience, ça n'est pas la peine qui peut avoir ce rôle" réagit Maitre Benoit de Gaullier, qui demande au tribunal de relaxer son client. Contre l'abbé De Castelet, le prêtre agresseur, qui depuis a suivi un traitement psychiatrique, il requiert trois ans de prison dont six mois avec sursis. Le jugement sera rendu le 22 novembre.