Faits divers – Justice

Procès de l'accident de la VRU à Chambéry: qui contrôlait l'état des camions?

Par Bleuette Dupin, France Bleu Pays de Savoie lundi 23 janvier 2017 à 19:41

Le procès de l’accident de la VRU de Chambéry est prévu jusqu'à jeudi
Le procès de l’accident de la VRU de Chambéry est prévu jusqu'à jeudi © Maxppp - Stephan Dudzinski

Qui contrôlait l'état des camions au sein de la société italienne Edil Tras? Qui ordonnait les réparations? La première journée du procès de l'accident de la VRU (Voie Rapide Urbaine) de Chambéry qui a fait quatre morts en avril 2012 a tourné ce lundi autour de ces questions.

Le procès de l'accident de la VRU de Chambéry qui a fait quatre morts dont une femme enceinte de cinq mois en avril 2012 s'est ouvert ce lundi matin en présence de deux prévenus: le chauffeur du camion italien de la société Edil Tras, qui a traversé la VRU est heurté violemment quatre voitures qui arrivaient en sens inverse, et le responsable logistique de l'entreprise. Ils doivent répondre d'homicides et blessures involontaires.
L'entreprise, basée à Pinerolo près de Turin, est elle aussi convoquée en tant que personne morale mais elle a fait faillite début 2016. Son gérant, actionnaire de la société avec sa mère, n'a pas été poursuivi lors de l'instruction. "Une erreur de la juge", pour Me Olivier Connille, l'avocat du responsable logistique.
Massimo DelPiano, 46 ans, le fils du fondateur d'Edil Tras, fleuron du transport entre l'Italie et la France dans les années 70-80, est qualifié de "patron négrier" par un employé de la plateforme de ferroutage d'Aiton. Le président du tribunal correctionnel de Chambéry lit son témoignage recueilli lors de l'instruction. Il y est question de chauffeurs roumains, albanais, africains, corvéables à merci, facilement licenciés.

Des témoignages édifiants sur l'état des camions d'Edil Tras en circulation

Sur l'état des camions à l'époque de l'accident, les témoignages sont tout aussi édifiants: pneumatiques lisses sur les remorques, problèmes de freins sur les tracteurs, semi-remorques en surcharge. Le président cite 24 procès verbaux dressés sur les camions de la société lors de contrôles routiers sur l'autoroute A43. Un contrôleur de la DREAL assure que depuis 2008, les camions d'Edil Tras passaient entre le Tunnel du Fréjus et Chambéry en-dehors des horaires de contrôle, soit avant 8h ou après 18h, pour éviter ces mêmes contrôles. " Quand on voit arriver un camion Edil Tras, on dit vulgairement : voilà un camion Edil chiasse ", dit un patrouilleur de l'autoroute de Maurienne, entendu lui aussi lors de l'instruction.

Qui décidait des réparations sur les camions?

Pour le responsable de la logistique - qui parle français mais s'exprime en italien à ce procès-, c'est "un peu méchant". Les questions de la cour et de plusieurs avocats de parties civiles et du chauffeur reviennent tout au long de cette première journée d'audience sur cette question: qui décidait des réparation sur les camions? Sa réponse est floue: il dit qu'il n'était que l'interface entre les chauffeurs qui signalaient les problèmes et les mécaniciens de l'atelier qui ne parlaient pas forcément la même langue.

Le chauffeur du poids lourds accidenté assure pourtant que c'est bien lui qui donnait les instructions pour les réparations. " Vérifier que les réparations étaient faites, c'était le rôle de l'atelier, insiste l'ancien responsable qui a quitté la société fin 2015. Moi je me limitais à transmettre les demandes de réparation." Il précise qu'il n'a aucune compétence en mécanique. Une position que l'avocat du chauffeur Me Jean-Paul Calloud résume en une phrase: " Dans la société monsieur Malan faisait tout, mais ne faisait rien".

Evidemment une confrontation avec le gérant de la société aurait été instructive.