Faits divers – Justice

Procès de l'accident de la VRU de Chambéry : la peine la plus lourde réclamée pour le responsable logistique

Par Bleuette Dupin, France Bleu Pays de Savoie jeudi 26 janvier 2017 à 18:43

Le tribunal correctionnel de Chambéry rendra son jugement le 10 février prochain
Le tribunal correctionnel de Chambéry rendra son jugement le 10 février prochain © Maxppp - S Dudzinski

A l'issue de trois jours d'audience, le parquet de Chambéry a requis deux ans de prison dont 18 mois avec sursis pour le chauffeur du camion qui a provoqué l'accident du 13 avril 2012, et trois ans dont 18 mois avec sursis pour le responsable logistique du transporteur. Jugement le 10 février.

Au quatrième jour d'audience, le tribunal correctionnel de Chambéry a entendu les réquisitions du parquet à l'encontre du chauffeur du "camion fou" qui a tué quatre personnes, dont une femme enceinte de 5 mois, sur la Voie Rapide Urbaine de Chambéry le 13 avril 2012, à l'encontre du responsable logistique de la société de transport qui l'employait, et à l'encontre le la société Edil Tras, en liquidation judiciaire depuis février 2016 et qui n'était pas représentée durant ce procès.

Le Ministère public a requis deux ans de prison dont dix-huit mois avec sursis à l'encontre du chauffeur de camion, trois ans dont dix-huit mois avec sursis et mille euros d'amende pour le responsable logistique de la société italienne propriétaire du camion, et 375 000 euros d'amende pour la société Edil Tras. Une amende "qui ne sera probablement jamais payée", admet la procureure, puisque la société est en faillite depuis février 2016.

Pour le parquet, la responsabilité du gérant de l'entreprise de transport est "très ténue "

Pour le parquet, le directeur de la logistique porte la plus lourde responsabilité. Il est même " le seul responsable opérationnel dans l'entreprise", car le gérant était absent la plupart du temps. Il avait bien connaissance de la vétusté des camions qui partaient. Le parquet explique aux parties civiles présentes à l'audience qu'il a bien vu, fin 2015 quand le dossier lui a été transmis, que le gérant de la société de transport n'était pas mis en examen, mais sa responsabilité est "très ténue ". A cela s'ajoute la question du temps: " On était presque trois ans après l'accident, dit la procureure. On a besoin que la justice passe pour avancer. C'est difficile à entendre mais c'est pragmatique".

Il y a eu des fautes de magistrats dans ce dossier, pour l'avocat du responsable logistique

" Mensonges ", dit l'avocat du responsable logistique. Me Olivier Connille évoque des "défaillances judiciaires, des fautes de magistrats. L'absence du gérant ici, c'est un oubli du juge d'instruction ". ll plaide la relaxe, car pour lui, " le vrai responsable, c'est celui qui prend l'argent des bénéfices et qui doit en ce moment se pavaner sur les routes de Toscane avec une ou deux maitresses à ses côtés ".

Le chauffeur avait un patron, rappelle son défenseur

Reste le chauffeur, prostré sur le banc des prévenus depuis le début du procès. Cet homme de 52 ans, qui respecte scrupuleusement son contrôle judiciaire depuis sa sortie de prison en octobre 2012, qui dit la vérité depuis le début à savoir qu'il savait que ses freins étaient défectueux, cet homme a honte, dit son avocat. Me Jean-Paul Calloud demande au tribunal de dire et d'écrire dans son jugement que son client n'est pas pas le seul à avoir commis une faute dans cet accident. Ce chauffeur avait un patron, absent au procès, qui était le "chef d'orchestre", et le responsable logistique était le "premier violon".

Me Jean-Paul Calloud craint que son client qui travaille désormais en France comme l'exige son contrôle judiciaire depuis fin 2012, qui déclare des revenus, et qui assume ses responsabilités, ne soit la proie facile pour payer les 57 000 euros de dommages intérêts. Le directeur logistique lui va repartir en Italie. Quant à la société italienne, elle est poursuivie est en liquidation.

Le jugement du tribunal correctionnel de Chambéry a été mis en délibéré au 10 février.

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