Faits divers – Justice

Procès de l'accident de la VRU de Chambéry: le récit du chauffeur du camion

Par Bleuette Dupin, France Bleu Pays de Savoie mardi 24 janvier 2017 à 18:14

C'est en redescendant du tunnel du Fréjus que le chauffeur s'est rendu compte que ses freins étaient défectueux
C'est en redescendant du tunnel du Fréjus que le chauffeur s'est rendu compte que ses freins étaient défectueux © Maxppp - Joël Philippon

Il ne minimise pas ses responsabilités. Le chauffeur du poids-lourd italien qui a provoqué l'accident mortel sur la Voie Rapide Urbaine le 13 avril 2012 a reconnu ce mardi avoir commis une erreur. Il ne s'est pas arrêté malgré le problème de freinage repéré dès la descente du Fréjus.

Le deuxième jour du procès de l’accident de la VRU de Chambéry devant le tribunal correctionnel s'est déroulé ce mardi en l'absence d'un prévenu : le directeur logistique, présenté comme celui qui donnait les ordres aux chauffeurs et leur affectait les camions, est rentré en Italie. Son avocat a expliqué que sa tante était mourante. Me Olivier Connille a fait état d'un mail dans lequel son client s'engage à revenir mercredi.

Le tribunal a entendu le chauffeur sur les circonstances de l'accident du 13 avril 2012 sur la VRU qui a fait quatre morts, dont une femme enceinte de cinq mois, et une personne blessée grave.

Cet axe autoroutier entre l’Italie et Chambéry, le chauffeur, titulaire du permis poids-lourd depuis sept ans au moment de l'accident, le connait bien: il l’emprunte deux fois par semaine. Il a pris son chargement de plaques en acier, la veille au soir le 12 avril 2012 à Orbassano. Il parle du petit volume du chargement. Le président du tribunal l’interroge sur le poids. Il n’a pas vérifié. « J’avais confiance dans le petit volume du chargement, c’est une erreur de ma part », admet le chauffeur. Son camion était en surcharge de cinq tonnes.

"C'est une erreur de ne pas m'être arrêté", a reconnu le chauffeur du poids-lourd

Le matin de l’accident, dans la descente du Tunnel du Fréjus, il s’est rendu compte, en appuyant sur les freins, que " quelque chose n’allait pas, dit-il. Je me suis dit : qu’est-ce que je dois faire ? Si je me gare ici, on va me licencier. J’avais roulé trois heures. Ma pause c’était toujours après Chambéry ". Le président lui fait remarquer que cela impliquait de rouler encore au moins une heure et demi avec des freins défectueux. « C’est une erreur de ne pas m’être arrêté, je demande toutes mes excuses, dit le chauffeur qui a du mal à s’exprimer en français –il est Sénégalais-.

Le président lit le témoignage d’un ancien salarié de la société italienne de transport, Edil Tras, qui avait conduit la même remorque deux jours avant. Il a signalé les freins quasi inexistants au responsable logistique. « Comme d’habitude il ne m’a pas répondu », remarque le témoin entendu lors de l'enquête.

" D'un coup, je ne peux plus maîtriser le camion "

Après le tunnel des Monts sur la VRU de Chambéry, le chauffeur se souvient que le trafic était dense. Pour autant il ne lève pas le pied et roule à 86 km/h, au lieu de 80 maximum.
Il poursuit : « D’un coup je vois rentrer cette voiture, sans me laisser de marge de sécurité. J’ai essayé de l’éviter, j’ai mis des appels de phares mais il continuait à la même vitesse que moi. J’ai freiné, ça m’a déporté, j’ai vu une autre voiture, j’allais l’écraser. J’essaie de revenir. D’un coup, je ne peux plus maîtriser le camion, Quand j’ai tapé la glissière je ne voyais plus rien. Mais j’ai vu qu’il y avait de la casse. "

Le véhicule qui a gêné le camion n'a jamais été retrouvé

Plusieurs témoignages parleront de cette voiture beige qui est rentrée sur la VRU et a gêné le poids lourd, mais elle n’a jamais été retrouvée.

Interrogé sur « l’arbre des causes » par Me Jean-Paul Calloud, l’avocat du chauffeur, l’expert automobile répondra : en premier, c’est l’action d’évitement et le coup de volant, en deuxième, le freinage.