Faits divers – Justice

Procès de l’accident sur la VRU de Chambéry : le directeur logistique, un employé qui n'a fait qu'obéir à son patron

Par Bleuette Dupin, France Bleu Pays de Savoie mercredi 25 janvier 2017 à 18:54

Presque cinq ans après l'accident, seul un radar a été installé sur la VRU de Chambéry à l'endroit de l'accident, regrette l'époux d'une des victimes
Presque cinq ans après l'accident, seul un radar a été installé sur la VRU de Chambéry à l'endroit de l'accident, regrette l'époux d'une des victimes © Maxppp - T. Guillot

Au troisième jour du procès de l'accident sur la VRU de Chambéry qui a fait quatre morts le 13 avril 2012, le directeur logistique de l’entreprise propriétaire du camion a été confronté aux témoignages d'autres salariés. Le tribunal a donné ensuite la parole aux proches des victimes.

Le directeur logistique qui a travaillé dans l’entreprise jusqu’en octobre 2015 est un homme de 56 ans. Il porte des cheveux et une barbe grise et des petites lunettes. Il a le sentiment d’avoir fait son travail, rien que son travail. Quand la procureure lui demande ce qu’il aurait pu faire pour éviter le drame il répond : « Rien parce que j'exécutais des ordres qui m’étaient donnés. J’étais employé, moi aussi je pouvais être licencié à tout moment ».

Son ancien patron, "un vrai con", dit le directeur logistique d'Edil Tras

Pourtant les témoignages des chauffeurs et des mécaniciens, rémunérés six euros de l'heure, convergent pour dire que c’est bien lui qui décidait des départs des chauffeurs et affectait les remorques, même en mauvais état, avec des chargements souvent supérieurs aux charges maximums autorisées. « Parce que Monsieur Delpiano (le gérant) ne voulait pas parler au personnel, souligne Marco Malan. J'étais l'interface. Mais sur les réparations à effectuer, je ne décidais pas de ce qu’il fallait faire sur les véhicules ». Il ajoute : « Monsieur Delpiano me disait que les véhicules avaient passé la révision, qu’ils étaient légalement en état et que les protestations des chauffeurs, c’était des excuses pour ne pas faire le voyage ». Son avocat l'invite à redire publiquement le terme qu'il a employé pour qualifier son ancien employeur: "un vrai con", dit le directeur logistique en bon français.

L’incompréhension des familles des victimes

« Je n’ai pas de haine, pas de vengeance, pas de rancœur, dit le papa de la jeune mère enceinte de son deuxième enfant, morte dans l’accident aux côtés de son époux. Mais le chauffeur et le logisticien étaient informés du mauvais état du matériel. Dans cette entreprise, tout le monde était au courant », dit Martial Bathon. Il évoque son incompréhension face à l’absence du directeur de la société, Massimo Delpiano, qui n’a pas été convoqué au même titre que les deux autres prévenus. Il l’a été en tant que représentant de la société Edil Tras qui est jugée mais n’a pas répondu à la convocation, précise le président du tribunal. Les enfants de Thierry Long, mort dans l'accident alors qu’il se rendait à son travail, sont eux aussi en colère, vient témoigner leur maman, par rapport à l’absence du gérant.

Un radar, seule mesure prise sur la VRU de Chambéry cinq ans après l’accident

L’époux de Joëlle Buisson, qui a été fauchée alors qu’elle se rendait à son travail à Allevard, souligne la dangerosité de la VRU de Chambéry aujourd'hui encore, l’absence de murs en béton à la place de glissières, qui n’ont de sécurité que le nom. « Cinq ans après l’accident, aucune mesure n’a été prise à part un radar. Pourquoi la vitesse des camions n’est-elle pas limitée à 70km/h ? Pourquoi ne pas interdire le dépassement pour les camions? Des mesures qui pourraient épargner d’autres vies, " ajoute Jean-Albert Buisson.

Ce jeudi sont attendues les réquisitions du parquet et les plaidoiries de la défense. Le jugement sera mis en délibéré et devrait être rendu sous quinze jours.

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