Faits divers – Justice

Premier jour du procès de Moirans : les images des émeutes visionnées par le tribunal

Par Xavier Demagny, France Bleu Isère mardi 20 septembre 2016 à 12:07

Le procès des émeutes de Moirans s'est ouvert par une après-midi de visionnage des images.
Le procès des émeutes de Moirans s'est ouvert par une après-midi de visionnage des images. © Maxppp -

Ce lundi, la première journée du procès des douze personnes poursuivies pour les émeutes de Moirans (Isère) en octobre 2015 a été marquée par le visionnage des images des faits et le mutisme de l'une des prévenus qui avait appelé au rassemblement.

Les spectaculaires images des émeutes de Moirans (Isère) en octobre 2015 ont été projetées lundi au tribunal correctionnel de Grenoble, où sont jugés douze suspects. Ces débordements ont provoqué un lourd bilan : 35 voitures incendiées, la circulation des trains interrompus pendant 12 heures, les routes coupées par des barricades de palettes et de pneus enflammés, le tout estimé à un montant de 230.000 euros. Une vingtaine de parties civiles demandent réparation : la SNCF, la commune, le département, les entreprises et commerces du secteur, et les propriétaires de voitures.

Deux immenses panaches de fumée noire s'élèvent dans le ciel de Moirans : sur la vidéo tournée par un hélicoptère de la gendarmerie le 20 octobre 2015, et projetée dans la salle d'audience au premier jour du procès, des groupes d'hommes cagoulés et gantés courent de la route départementale à la voie ferrée qui la longe.

La raison de la colère

Entre les deux barricades fumantes, un camp de gens du voyage sédentarisés. C'est de là que sont partis, vers 15 heures, plusieurs dizaines d'émeutiers, bientôt rejoints par des jeunes de quartiers alentour ou d'autres communes. La raison de leur colère : le refus d'un juge d'autoriser la sortie de prison du jeune Mike Vinterstein, 24 ans, pour assister aux obsèques de son frère de 17 ans, mort quelques jours plus tôt à bord d'une voiture volée au cours d'un cambriolage.

Les voitures brûlent déjà depuis plusieurs heures sur la route départementale 1085 quand les émeutiers se mettent à jeter du matériel de chantier et des poubelles sur la voie ferrée. Quelques hommes en survêtement poussent une voiture sur la voie SNCF Lyon-Grenoble et y mettent le feu en lançant doigts et bras d'honneur au gendarme qui les filme depuis le ciel.

L'emballement 

Sur les images, on voit même un chariot élévateur conduit par un émeutier prélever une voiture sur le parking de la gare pour la jeter sur la voie ferrée. Deux autres voitures sont brûlées près du restaurant de la gare, qui manque lui aussi de prendre feu. Les pompiers, en retrait, ne peuvent intervenir. Les émeutiers ont menacé de mettre le feu à leur camion.

Quant aux forces de l'ordre, elles sont quasiment absentes, à l'exception d'une camionnette de gendarmerie stationnée à plusieurs centaines de mètres de la barricade sur la RD 1085. À la gare, deux gendarmes font une brève apparition, mais doivent battre en retraite quand ils se retrouvent entourés d'une dizaine d'hommes menaçants.

Le calme ne sera rétabli qu'après de longues heures, grâce aux renforts de quelque 200 gendarmes et policiers. Aucune interpellation n'aura lieu le jour des faits, ce qui vaudra au gouvernement d'être taxé de "laxisme" par l'opposition.

L'intervention des forces de l'ordre

Dès 14 heures 30, le préfet de l'Isère avait pourtant été prévenu que des membres de la communauté des gens du voyage menaçaient de bloquer la voie ferrée, a rappelé la présidente du tribunal.

"Je vais cramer la mairie, le personnel et toi avec!", lance ainsi Adèle Vinterstein, mère de Mike, à une standardiste de la mairie dans l'après-midi. Selon un autre témoin, elle menace aussi de mettre le feu à la gare. Dans la foulée, elle appelle la préfecture et des journalistes.

"Je n'ai absolument rien fait ce jour-là. Je ne me souviens plus de rien, je n'ai rien d'autre à ajouter", a déclaré Mme Vinterstein, vêtue de noir et les yeux fermés, lundi à la barre. La plupart des prévenus ont regardé les images sans dire un mot. Trois femmes et neuf hommes de 18 à 58 ans, dont un seul détenu, nient toute participation aux faits, hormis un simple rôle de spectateur. Ils encourent dix ans de prison.

"Les images peuvent penser que tout est plié d'avance. Mais elles ne sont pas nettes : on voit effectivement des violences, des personnes cagoulées pour la plupart, qui d'ailleurs n'ont pas été identifiées dans le cadre de cette enquête, et je pense que ce sont ces personnes qui s'en tirent à bon compte puisque ce sont elles qui ont provoqué le gros des dégâts" estime maître Leonardo Castro Gonzales, l'un des avocats de la défense de la communauté des gens du voyage. C'est cette ligne de défense qui commence à apparaître : les gens du voyage révoltés par une décision de justice qui se rassemblent, et des jeunes de quartiers qui en profitent pour casser et brûler.

Le mutisme d'une mère  

Lors de l'audience, Adéle Vinterstein, la mère de Mike Vinterstein, dont elle demandait la sortie de prison, n'a pas voulu répondre à la présidente du tribunal. Elle se présente comme une mère qui n'a pas fait le deuil de son fils, refuse qu'on prononce son nom.

Ce lundi, premier jour de procès, lorsque la présidente commence à remonter le fil des événements, la mère sort de la salle d'audience en hurlant qu'elle "n'en peut plus". Une autre femme fait un malaise et l'audience est suspendue. "Entre l'émotion du procès et la blessure qu'elle porte, c'est normal qu'elle craque" souligne son avocat.

Pour les parties civiles, c'est une façon de fuir ses responsabilités : c'est elle qui est à l'origine du rassemblement, elle qui a posé une banderole sur des barrières sur la départementale, elle qui a appelé la mairie, la préfecture, la presse, pour crier sa colère. "Pour une personne qui a été en capacité de menacer la mairie, on ne soit pas dans le moindre chemin d'une reconnaissance d'une responsabilité morale (...) l'absence de souvenirs n'est pas crédible" souligne maître Dreyfus qui représente la commune de Moirans.

L'audience reprend avec, faute de réponse de la mère à la barre, la lecture de ses déclarations aux gendarmes et au juge d'instruction. "Je ne voulais pas que ça dégénère, je voulais juste être écoutée" avait-elle dit. La présidente ajoute qu'elle a même appelé à l'apaisement quand des jeunes des quartiers de Moirans ont mis cagoules et capuches pour alimenter les feux de barricades avec des voitures incendiées.

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