Faits divers – Justice

Affaire Thomé-Génot : cinq ans ferme requis contre les "patrons-voyous" de l'usine des Ardennes

Par Sophie Constanzer, France Bleu Champagne-Ardenne et France Bleu vendredi 6 octobre 2017 à 16:19

Le site des ateliers Thomé-Génot de Nouzonville à l'abandon.
Le site des ateliers Thomé-Génot de Nouzonville à l'abandon. © Radio France - Alexandre Blanc

Le procureur de la République a requis cinq ans de prison ferme à l'encontre des anciens dirigeants américains des ateliers Thomé-Génot dans les Ardennes. Ils étaient accusés d'avoir organisé la faillite du site en 2006, provoquant une catastrophe sociale et industrielle sans précédent.

"Ils sont venus, ils ont promis, ils se sont gavés, et ils sont repartis..." : voilà comment l'avocat du conseil départemental des Ardennes Maître Blocquaux a résumé l'affaire ce vendredi 6 octobre au procès des ex-dirigeants américains de l'équipementier automobile Thomé-Génot dans les Ardennes. Greg Willis et Catherine Felch étaient jugés ce vendredi devant le tribunal correctionnel de Reims pour banqueroute par détournement et abus de bien sociaux, autrement dit d'avoir organisé la faillite des ateliers Thomé-Génot en 2006, deux ans seulement après avoir repris le site. Deux dirigeants absents ce vendredi à l'audience, à l'encontre desquels le procureur de la République a requis cinq ans de prison ferme - peine maximale encourue -.

C'est près de 300 salariés qui sont licenciés d'un coup, qui sont laissés dans la nature et c'est la solidarité nationale qui a dû éponger la note - Maître Médeau, avocat des anciens salariés de Thomé-Génot

A l'audience, les "promesses" des dirigeants américains lors de la reprise des ateliers Thomé-Génot en 2004. Les cadres du groupe américain Catalina avaient promis d'investir 3 millions d'euros pour la modernisation de l'outil de production sur le site de Nouzonville. Or à l'arrivée "100% de bénéfices, zéro investissement", souligne le procureur de la République. Le procureur de la République qui souligne les ventes à pertes des pôles alternateurs "à des prix exclusivement décidés par Mr WIllis", sans compter les "contrats de prestations de services excessives facturés à Thomé-Génot pour le compte de la société américaine". Quand la déclaration de cessation de paiement de Thomé-Génot est signée en octobre 2006, les dirigeants ne sont déjà plus là, déjà dans l'avion pour les Etats-Unis.

"Un préjudice épouvantable pour le département et un drame humain hors norme..." , rappelle Maître Médeau, l'avocat des 14 anciens salariés de Thomé-Génot encore parties civiles dans cette affaire. Car onze après la fermeture du site de Nouzonville, la salle d'audience est vide, pas un salarié n'est venu au procès. "Il y a eu pas mal de vies brisées... ils ne se sentaient plus, 11 ans après, de venir à nouveau supporter ce cauchemar", souligne Maître Médeau. Mais les grands absents donc, ce sont les deux anciens dirigeants américains de Thomé-Génot, Catherine Felch et Greg Willis sont visiblement restés en Californie malgré un mandat d'arrêt international émis contre eux.

C'est pas mes clients, c'est la mondialisation ! - Maître Bonifassi, avocat des ex-dirigeants

Les anciens dirigeants avaient déjà été condamnés en 2009, en leur absence, à 5 ans de prison ferme - peine non transférable dans le droit américain -. "Une condamnation par défaut comme ça avec une telle sévérité ça n'existe pas", s'insurge Maître Bonifassi, l'avocat des deux ex-cadres. Il estime que ses clients sont des "boucs émissaires" : "Le résultat de ce qui s'est passé en 2006 c'est pas mes clients, c'est la mondialisation !". Pour Maître Bonifassi c'est sûr, Catherine Felch et Greg Willis ont permis à la société de survivre pendant deux ans. De quoi faire bondir les avocats des parties civiles - liquidateur judiciaire, conseil départemental des Ardennes et anciens salariés -.

Le jugement sera rendu par le tribunal correctionnel de Reims le 10 novembre prochain.