Faits divers – Justice

Procès des supporters de l'ASSE suspectés d'avoir saccagé un mariage

Par Mathilde Montagnon, France Bleu Saint-Étienne Loire mardi 5 janvier 2016 à 17:32

Le palais de justice de Villefranche-sur-Saône lors de la première audience
Le palais de justice de Villefranche-sur-Saône lors de la première audience © Maxppp - .

USSIDix supporters de l'AS Saint-Étienne comparaissent devant le tribunal de Villefranche-sur-Saône ce mercredi. Ils sont poursuivis pour avoir saccagé le buffet d'un mariage à Denicé dans le Rhône le 5 septembre 2015.

C'est un procès particulier qui se tient au tribunal de Villefranche-sur-Saône. Dix supporters de l'AS Saint-Étienne, dont six Ligériens, sont poursuivis pour avoir saccagé le buffet d'un mariage à Denicé dans le Rhône, le 5 septembre dernier. Les prévenus, proches des Magics Fans, un groupe d'ultras de l'ASSE, auraient voulu s'en prendre aux noces d'un supporter de l'Olympique Lyonnais et se seraient trompés de cérémonie.

Le saccage de ce mariage était une opération préparée, des mesures de représailles contre un ancien supporter stéphanois aujourd'hui devenu supporter lyonnais et membre des "Lyon 1950". Mais pour Me Laurent Vérilhac, qui défend six prévenus sur dix, les raisons de cette expédition punitive sont plus compliquées.

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"Il y a une problématique de rivalité entre supporters" explique Me Laurent Vérilhac, "il y a une problématique de départ d'un supporter stéphanois qui rejoint les supporters lyonnais, mais je pense que les raisons de cette action du 5 septembre sont des raisons qui sont beaucoup plus graves que ce qu'on a pu véhiculer jusque là : le vol d'une banderole ou la trahison d'un supporter. Il y a des éléments beaucoup plus graves qu'ont subi certains supporters stéphanois, des faits de violence prémédités sur un supporter stéphanois devant son agence bancaire avec des renseignements qui ont forcément été donnés par quelqu'un qui était un ex du groupe. Et je crois que ces éléments-là ont conduits ces jeunes gens à dire, "il faut qu'il y ait une fin qui soit mise à ces éléments qui filtrent". Mais ils l'ont fait, et il faut leur reconnaître ça, avec l’obsession de ne commettre aucune violence physique directe. Il y a des dégradations matérielles, il y a un impact psychologique sur les gens qui étaient présents mais il n'y a aucun coup de porté. Ils sont restés très peu de temps sur les lieux avec l'obsession de ne blesser personne et de ne commettre aucun acte physique".

Me Laurent Verilhac

Ce n'est pas la première fois que la justice se penche sur des violences entre supporters. Mais cette fois-ci, l'affaire est très particulière. Parce que les faits ne se sont pas déroulés dans un stade de football, ni même avant ou après un match particulièrement tendu entre supporters de deux équipes adverses. Cela s'est passé à froid. Un samedi après-midi, à 15h30, dans un château du Beaujolais pendant que les époux et leurs proches étaient à l'église. Une dizaine de personnes, encagoulées, débarquent dans la salle de réception et fracassent le buffet à coups de barre de fer et de batte de base-ball (essentiellement des verres, un miroir, une sono). Une opération commando de moins de 2 minutes. L'un des suspects est même chargé de chronométrer l'expédition. Car il faut aller vite : pour ne pas croiser les invités et déclencher une bagarre générale. Seuls les employés du traiteur sur place assistent à la scène. Ils n'ont pas été blessés mais ont été très choqués par ce déferlement de violence.

Neuf prévenus comparaissent ce jeudi devant le tribunal pour "association de malfaiteurs, dégradations et destruction en réunion avec le visage dissimulé", "violences en réunion avec préméditation et avec armes ayant entrainé une ITT inférieure à 8 jours". Le dixième pour "complicité par fourniture de moyens". Deux des suspects sont actuellement en détention préventive. Les huit autres comparaissent libres, sous contrôle judiciaire. Certains prévenus, en état de récidive, risquent jusqu'à 14 ans de prison. Pour les autres, les peines maximales pourront aller de cinq à sept ans.

Des prévenus insérés socialement

Les prévenus sont âgés de 26 à 48 ans. Ils sont commerciaux, agents de maintenance, plombier, conducteur de travaux, livreur, soudeur, éducateur.... Insérés socialement, ils travaillent, ils sont parfois mariés, ils ont des enfants. Me Fabienne Chanut, qui défend six des dix prévenus, assure qu'en dehors du football, ils ne se sont jamais montrés agressifs ou violents. Elle va insister lors de ce procès sur le phénomène de groupe. Elle assure que ses clients ont compris aujourd'hui la gravité de leurs actes.

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Il y a un questionnement aujourd'hui sur pourquoi on a été capable de commettre ces actes. Cela ne correspond pas à leurs personnalités. Ce ne sont pas des gens potentiellement violents, agressifs. Donc ils se posent la question et ils ont même fait la démarche pour bénéficier d'un suivi et pour travailler sur ce pourquoi et cette capacité à se montrer violents quand ils sont en groupe. Ce sont des gens qui ont des valeurs et qui comprennent qu'ils sont venus toucher à ces valeurs. Les valeurs du mariage, de la famille. Ils ont des enfants, ils sont mariés pour certains. Donc ces valeurs ils y tiennent aussi et ils ont conscience qu'ils ont pu du côté des victimes choquer, terrifier... et ce sont des mots qu'ils ont pu mettre aujourd'hui sur les actes qu'ils ont commis au point de dire "nous regrettons et nous nous attacherons à réparer autant que cela est possible dans le cadre d'une réparation matérielle".

Me Fabienne Chanut

Les gendarmes seront mobilisés pour assurer la sécurité autour du palais de justice de Villefranche-sur-Saône et éviter d’éventuelles confrontations entre les groupes de supporters stéphanois et lyonnais. Cela avait déjà été le cas lors de la première audience le 27 novembre dernier. L'audience démarre à 9h30.

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