Faits divers – Justice DOSSIER : Le crash de la Vèze en procès

Procès du crash de la Vèze : la parole aux victimes

Par Marie Mutricy et Christophe Beck, France Bleu Besançon mercredi 27 janvier 2016 à 12:50

A droite Bruno Ramus, père de l'une des victimes et son avocat Yves Hartmann
A droite Bruno Ramus, père de l'une des victimes et son avocat Yves Hartmann © Maxppp

Mercredi, le tribunal de grande instance de Besançon a laissé la parole aux proches des quatre victimes du crash d’un avion sanitaire le 18 octobre 2006 dans la forêt de la Vèze.

Jusqu'à présent, le procès était très technique. Mercredi, le tribunal a laissé la parole aux victimes. Le jugement sera sans doute rendu en délibéré.

Trois hommes sont sur le banc des prévenus : le gérant de la société Flowair, le pilote contrôleur de la compagnie qui a validé le stage du pilote et un employé de la DGAC (direction générale de l'aviation civile) qui a prorogé la licence de vol du pilote alors qu'il ne pouvait y prétendre. Ils sont poursuivis pour homicides involontaires par violation manifeste d'une obligation de sécurité. Le 18 octobre 2006, un avion sanitaire s’était écrasé dans la forêt de la Vèze, faisant quatre morts.

L’émotion des familles des victimes

Benjamin était en plein essor. On lui a brisé les ailes en plein vol.

C'est Bruno Ramus, le père de l'interne du service de greffe hépatique du CHU de Besançon qui parle, dressant le portrait d'un jeune homme qui a toujours voulu transmette la vie. La sœur du co-pilote ajouté, de son côté : "Fabien a été décroché en pleine ascension professionnelle".

Les familles des victimes partagent également leur incompréhension :

"Incompréhension face à la somme de négligences au sein de la compagnie Flowair dont on est en droit d'attendre la plus grande rigueur" confie le frère du docteur Pierre Olivier Denue. Le médecin de 34 ans effectuait cette nuit d'octobre 2006 son dernier transport d'organe, avant de projeter une carrière dans le privé. "La rigueur d'un cockpit doit être celle d'un bloc opératoire", ajoute l'avocate de la famille du chirurgien.

Les trois prévenus plongent leur regard vers le sol. L'épouse du co-pilote s'emporte : 

L'un des prévenus a parlé de dix ans de galère avec l'instruction, dit-elle. Pour nous, c'est toute une vie qui bascule.

Mardi, un témoignage accablant contre le pilote

Mardi, lors de l’audition de 12 témoins et d’un expert, la parole d’un homme sort du lot. Celle d’un pilote de ligne, ancien pilote de chasse, qui assurait la formation de Barthelemy Maresma aux commandes de l’avion lors du drame. 

Cet homme a expliqué qu’il aurait fallu licencier Barthélemy Maresma, qu’il avait de graves lacunes en tant que pilote et commandant de bord. Pour Bruno Ramus, le père de l'une des victimes, (Benjamin, l'un des deux médecins décédé) et président de l'association des victimes et de l'entourage du crash, c'est un témoignage capitale car il montre que la compagnie qui a affrété le vol funeste n'avait pas été suffisamment prudente lorsqu'elle a embauché le pilote :

C’est un fait important. Nous, partie civile dans ce dossier, nous avons connaissance de cette compagnie qui a testé un pilote pendant six mois et qui ne l’embauche pas en raison de ces lacunes (…). De l’autre, vous avez une compagnie [Flowair, dont le gérant est poursuivi] qui recrute un pilote et qui le qualifie en à peine un mois, toute voile dehors. Donc ça interpelle

Témoignage de Brunos Ramus, père de l'une des victimes du crash

Pour la défense, maître Eric Dez, explique que ce pilote a été confirmé à de nombreuses reprises par l'aviation civile :

Le rapport du Bureau enquête-accident confirme que le pilote Maresma a été vérifié, contrôlé, testé à de nombreuses reprises entre 2000 et 2006 et que ces contrôles par les agents de la DGSA ont toujours été satisfaisants ! (…) Lorsqu’on l’embauche, on n’a aucune connaissance de ses éventuelles déviances

Maître Dez représente la compagnie Flow Air

Le crash de la Vèze, le 18 octobre 2006

Le 18 octobre 2006 peu après minuit, l’avion, un Beechcraft C90 exploité par la compagnie Flowair Aviation, s'écrase en bout de piste sur l’aérodrome de Besançon - La Vèze, après avoir heurté la cime des arbres. Le pilote n’a signalé aucune difficulté et n’a pas émis de message de détresse.

A bord de cet avion, deux médecins, le chef de clinique du CHU de Besançon âgé de 34 ans, et un interne lyonnais de 24 ans qui partent à Amiens pour procéder à un prélèvement d’organe. Aux commandes, le pilote âgé de 48 ans, et un second pilote qui n'a pas l'expérience pour l'assister. Tous sont décédés.