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Faits divers – Justice

Procès du jihadisme de Lunel : "En Syrie, j'étais pas à ma place"

samedi 7 avril 2018 à 4:31 Par Salah Hamdaoui, France Bleu Hérault et France Bleu

Cinq hommes sont jugés depuis jeudi devant le tribunal correctionnel de Paris pour association de malfaiteurs en vue de préparer des actes terroristes. C'est le dossier emblématique de ce qui a été appelé "la filière jihadiste de Lunel" (Hérault). Ce vendredi, Adil a raconté son séjour en Syrie.

Adil a séjourné en Syrie pendant 5 semaines. Désillusion dit-il
Adil a séjourné en Syrie pendant 5 semaines. Désillusion dit-il © Radio France - Salah Hamdaoui

Lunel, France

"Tout a commencé avec ce que faisait Bachar El Assad contre les civils syriens. J'ai décidé de me rendre là-bas pour les aider".

Adil, franco-marocain, justifie ainsi son départ pour la Syrie. Agé de 39 ans, il est l'un des cinq Lunellois jugés depuis jeudi devant le tribunal correctionnel de Paris pour association de malfaiteurs en vue de préparer des actes terroristes. Il voulait "tenter de pacifier les zones de combat".

Rendez-vous au paradis

- Quelles sont vos compétences? Vous alliez faire quoi? Vous vouliez aider comment? demande la présidente du tribunal en lui rappelant que quelques jours avant son départ, il a dit à son père : "rendez-vous au paradis".

-J'étais un peu inconscient, j'étais un peu perdu, répond Adil, agacé.

-Qui a organisé votre voyage?

- Pas besoin d'organisation, c'est très très simple.

Nourri-logé dans la grande maison d'un général

Adil, qui fréquentait la mosquée de Lunel, est parti avec deux autres jeunes de la commune en novembre 2013, c'est véritablement la 1e vague de départs en Syrie. En fait, il a quitté Lunel, une semaine après Karim, pour ne pas éveiller les soupçons. La présidente s'étonne, faussement naïve : "pourquoi des soupçons puisque vous aviez de bonnes intentions?"

Avec 1.000 euros en poche, il a pris l'avion pour Istanbul, il y est resté 3-4 jours. Ensuite, 19 heures de bus pour atteindre un village où un passeur en 4x4 les a conduit à Azaz, ville syrienne proche de la frontière turque. Ils rejoignent une cellule de Jaysh Mohamed, l'Armée de Mohamed.

"Une fois sur place, ça se passe comment?" demande la présidente. Adil raconte qu'il a d'abord pris un thé avant de prendre de ses quartiers dans une grande maison dont on lui a dit qu'elle appartenait à un des généraux de Bachar El Assad. Il était "nourri-logé".

Se pensant possédé, il a vu un "exorciseur"

"Je n'ai pas prêté allégeance, on me l'a pas demandé", en revanche on lui a pris son passeport. "Ça ne vous a pas semblé bizarre?" questionne la présidente. "Peut-être que ça fait partie de la politique de la maison" suggère Adil. Rires étouffés dans la salle, il se tourne vers le public : "ça vous fait rire ce que je dis? Moi je suis sérieux".

Le lendemain de son arrivée, direction le camp d'entraînement, à quelques kilomètres de là, en compagnie d'une vingtaine de personnes. Mais Adil ne tient qu'une semaine, victime de crises d'angoisse très violentes. Yeux révulsés, souffle coupé, comme s'il était possédé dit-il alors "les gens se posaient des questions sur moi. J'ai vu un exorciseur à plusieurs reprises, ça n'a pas eu l'effet escompté".

Jihad raté 

Déclaré inapte au combat par l'émir, il se voit privé de la Kalachnikov, du gilet et des deux chargeurs remis en fin de "formation" aux autres jihadistes et se retrouve cantonné aux tâches ménagères.

Un mois plus tard, il récupère son passeport et, un beau matin, il décide de rentrer à Lunel et reprend le chemin de la Turquie sans prévenir personne. Son père et sa sœur viendront le chercher à l'aéroport de Marseille.

Adil assure qu'il n'a été témoin d'aucune violence mais dit garder de son séjour en Syrie un souvenir traumatisant. "La désillusion, la pauvreté, la désolation. Tout était en ruines. J'étais pas à ma place".

Il projetait de retourner en Syrie?

Adil a été arrêté, un an après son retour, à Aimargues (Gard). Entretemps, il est resté en contact avec des membres de ce que les enquêteurs appellent "la filière lunelloise". Il a continué de s'informer sur la situation en Syrie et sur l’État islamique. Des écoutes téléphoniques laissent même entendre qu'il projetait de retourner là-bas, ce qu'il conteste formellement.

Depuis qu'il est en détention, Adil est décrit comme "assez effacé" même s'il participe à plusieurs activités. Lui tient à préciser qu'il a "gagné un diplôme" dans un concours d'éloquence sur le cinéma.

Azaz, la ville proche de la frontière turque où s'est rendu Adil - Maxppp
Azaz, la ville proche de la frontière turque où s'est rendu Adil © Maxppp -