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Faits divers – Justice

Procès du jihadisme de Lunel : les idéologues à la barre

mardi 10 avril 2018 à 4:15 Par Salah Hamdaoui, France Bleu Hérault et France Bleu

Cinq hommes sont jugés depuis jeudi devant le tribunal correctionnel de Paris pour association de malfaiteurs en vue de préparer des actes terroristes. C'est le dossier emblématique appelé "la filière jihadiste de Lunel" (Hérault). Ce lundi, ce sont les idéologues qui sont passés à la barre.

Les deux derniers prévenus sont accusés d'avoir incité les autres à partir en Syrie (illustration)
Les deux derniers prévenus sont accusés d'avoir incité les autres à partir en Syrie (illustration) © Maxppp -

Lunel, France

C'est un peu comme si la présidente du tribunal correctionnel de Paris avait gardé le meilleur pour la fin. Au troisième jour du procès, ce sont les deux derniers prévenus, présentés comme les idéologues, qui sont passés à la barre.

Au total ils sont cinq, âgés de 29 à 47, jugés pour association de malfaiteurs en vue de préparer des actes terroristes, jusqu'à mercredi. 

Jawad, l'animateur des assises

Jawad est le premier à être soumis aux questions. Français de 34 ans, bac. pro. décroché en 2004. En 2013 et 2014, sans travail, il anime les assises, qui n'ont rien d'une particularité lunelloise.

Parlant presque à voix basse, il raconte que deux ou trois fois par semaine, une dizaine d'hommes se retrouvaient chez un de ses amis ou au Bahut, le snack de celui qui a été le 1er à partir combattre en Syrie en novembre 2013. Et qui y est mort.

Radicalisation profonde et violente

Pour chacune de ces réunions, il y avait un thème, religieux bien évidemment, "sur le savoir-vivre, le savoir-être, la vie du prophète" prétend Jawad et le débat se terminait toujours par des prières. Des témoins racontent pour leur part qu'il était souvent question de la Syrie.

La présidente fait remarquer que plusieurs des participants à ces assises sont partis faire le jihad et sont morts au combat, "c'est un hasard?"

Le lien entre les assises et les départs en Syrie

Jawad jure que oui et sa ligne de défense est claire. Sans jamais s'énerver, il répète et répète encore qu'il n'a jamais incité qui que ce soit à partir. Il reconnait seulement que lui, s'est radicalisé. Une radicalisation "extrêmement profonde et violente" qu'il met sur le compte de son divorce qui lui a fait "totalement perdre pied". 

Il est "passé d'un islam du juste milieu au salafisme" sans vraiment pouvoir expliquer comment. Ce qui est sûr, c'est que les écoutes téléphoniques prouvent que ses positions étaient sans ambiguïté : il adhère à l'idéologie jihadiste, il en fait l'apologie et tente de convaincre celles et ceux qui ne sont pas d'accord avec lui. Il a même envisagé de se rendre là-bas lui aussi, malgré ça Jawad s'obstine : il n'a jamais incité personne à partir.

L'avocat qui fait "accoucher" son client

La surprise viendra en fait de son avocat qui va le bousculer "il y a eu les contractions, maintenant, il va falloir accoucher, même si c'est douloureux". Me Xavier Nogueras arrivera à lui faire enfin admettre, à la barre, qu'on peut "potentiellement" faire un lien entre le discours qu'il tenait à l'époque et les départs en Syrie.

Hamza, le recruteur?

Vient ensuite le tour de Hamza, Franco-Tunisien de 29 ans, titulaire d'un BTS. Lui non plus n'avait pas de travail au moments des faits qu'on lui reproche. Il apparait aux yeux des enquêteurs comme le personnage central du groupe qui est jugé. 

Ses deux frères sont partis en Syrie pour combattre et tous deux y sont morts. Leur présence là-bas lui a donné une légitimité aux yeux des autres. Il est devenu un interlocuteur privilégié car il était au courant de tout ce qui se passait sur place, il donnait des nouvelles des Lunellois partis faire le jihad et, via les réseaux sociaux, partageait des vidéos et des communiqués de propagande de Daesh.

Lunel, ville la mieux représentée de l'EI

Le ton est posé, les mots soigneusement choisis : "à cette époque, j'étais clairement sympathisant de L’État islamique et j'en tirais un fierté". C'est d'ailleurs ce même sentiment selon lui qui animait l'ambiance de fond à Lunel. Fierté, admiration. Un jour au téléphone avec un ami, Hamza se réjouit, "Lunel est la ville la mieux représentée au sein de L’État islamique".

Pour autant, il nie formellement avoir joué un rôle de recruteur. Un homme bouillonne dans la salle : le père de Raphaël, Lunellois converti, mort en Syrie. Il ne peut s'empêcher d'intervenir à voix haute, ce qui lui vaut un rappel à l'ordre de la présidente.

Émigrer en terre d'islam avant qu'il soit trop tard

L'enquête a montré que Hamza s'est renseigné très tôt sur le budget nécessaire pour partir en Syrie. Qu'il a fourni le numéro de téléphone d'un passeur à un candidat au départ. Qu'il a adressé un message à une vingtaine de destinataires conseillant "à ceux qui veulent faire la hijrah (émigrer en terre d'islam) de se dépêcher avant qu'il soit trop tard". Qu'il a mis en relation des candidats au départ avec des Lunellois déjà sur place.

En fait Hamza ne cherche pas à minimiser les idées qu'il avait à l'époque et a peut-être encore, il cherche à minimiser le rôle qu'il a joué. "Parfois, je faisais l'intermédiaire".

Il a songé lui aussi à partir en Syrie mais finalement, il n'y a jamais mis les pieds.