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Dossier : Meurtre d'Adrien Perez

Procès du meurtre d'Adrien Perez : à la barre, la vie fracassée des victimes

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Par , , France Bleu Isère, France Bleu

Pour ce troisième jour d'audience, trois amis d'Adrien Perez, tous trois roués de coups le soir de la mort du jeune homme, en juillet 2018, témoignent à la barre, devant les assises de l'Isère : trois victimes, pour trois récits identiques. Ceux de personnes brisées, dont la vie a été écrasée.

Quelques semaines après sa mort, les amis d'Adrien Perez avaient organisé une marche blanche en hommage au jeune homme. Elle avait réuni des milliers de personnes à Grenoble.
Quelques semaines après sa mort, les amis d'Adrien Perez avaient organisé une marche blanche en hommage au jeune homme. Elle avait réuni des milliers de personnes à Grenoble. © Radio France - Xavier Demagny

Troisième jour d'audience devant les Assises de l'Isère et il est temps d'entendre les victimes. Après deux jours consacrés aux trois accusés, suspectés d'avoir tué ou participé au meurtre d'Adrien Perez, le 29 juillet 2018, sur le parking d'une boîte de nuit de Meylan, près de Grenoble.

L'audience reprend avec l'audition de la première partie civile, Joséphine, 30 ans, auto-entrepreneuse. Elle a été blessée dans la rixe mortelle. Elle raconte cette soirée qui s'est terminée avec la mort d'Adrien Perez. Dix amis d'Adrien s'étaient retrouvés au Phoenix pour fêter son anniversaire. "On a passé une bonne soirée, il n'y a eu aucun problème avec personne dans la boîte de nuit. On avait pas mal bu. Mais on se tenait" dit-elle.

Joséphine, frappée au visage, veut "que les accusés sachent qu'ils ont tué quelqu'un de bien"

Au petit matin, le groupe allait quitter la boîte de nuit. Dans le sas, Charlotte, une amie d'Adrien, discute avec Yanis. Thibault et Joséphine lui demandent alors si elle compte rentrer avec eux. Yanis regarde Thibault, un échange assez vif s'engage. Joséphine repousse Yanis en le serrant par le cou. Les videurs interviennent. Le groupe des amis d'Adrien sort sur le parking, raconte encore Joséphine. Elle voit alors arriver Yanis El Habib qui frappe Thibault. Joséphine ne pense qu'à protéger son conjoint, Thibault, et se lance dans la bagarre, car il a pris un coup à tête. "Un bruit horrible. Comme s'il tapait dans un ballon. J'avais peur qu'il ne se relève pas. Pourquoi il s'est acharné comme ça ?" demande-t-elle à la barre. Joséphine continue, elle dit qu'elle voit Adrien tomber sur Thibault. Mathieu Porte est aussi à terre. Elle dit qu'elle a été surprise que des garçons si minces puissent mettre à terre d'autres plus grands. Yanis El Habib la frappe au visage. "J'ai été surprise, d'abord, car je suis une femme et ensuite parce que je voulais juste défendre mon ami. Il avait l'air content de nous avoir mis une raclée". 

L'avocat général cherche à savoir si Yanis El Habib avait un couteau. Joséphine n'en a pas vu, elle a vu ses poings la frapper. L'avocat de Yanis insiste là-dessus.

Joséphine évoque son ami de lycée. "Adrien était tellement gentil. On adorait tester des nouveaux restos ensemble. Il était de très bon conseil. J'aurais aimé qu'il voie comment j'ai bien évolué dans mon travail. C'est pas normal de finir comme ça !". La présidente demande à Joséphine ce qu'elle attend du procès. "Je veux que l'on sache qu'on n'est pas responsable. Je veux la justice pour Adrien, pour qu'il ne soit pas mort pour rien". L'avocat général demande à Joséphine O. si elle a envie de dire quelque chose aux accusés. "Je n'avais pas réfléchi à cela. Mais je veux qu'ils sachent qu'ils ont tué quelqu'un de bien! Il ne leur avait rien fait, rien ne justifie cela."

Thibaut J., 28 ans, "passe son temps à regretter depuis le drame"

C'est au tour de Thibaut J. son compagnon, de s'avancer à la barre. Vingt-huit ans, agent d'entretien, il a dû arrêter son ancien métier d'ambulancier -qu'il adorait- depuis la mort de son meilleur ami, il ne supportait plus la pression. Il commence en disant qu'il se sent responsable depuis le 29 juillet 2018. "Si je n'avais pas répondu à Yanis, dans le sas de la boîte, notre groupe n'aurait pas été agressé. Il me fixait avec un regard noir. ll m'a dit : t'as un problème ? J'aurais dû partir". Thibault J. pense que Yanis El Habib a réagi violemment car il a atteint sa fierté. Comprendre qu'en lui tenant tête, devant Charlotte, une jeune femme qu'il était en train de draguer, Yanis El Habib s'est senti humilié.

Pour Thibault, seul Yanis El Habib l'a frappé. Thibault J. joue au rugby. "Je n'avais jamais reçu un coup de poing comme celui que m'a mis Yanis. Il sait se battre. Je n'ai pas le souvenir du coup de pied à la tête. J'étais déjà groggy et à terre". Quand il reprend un peu ses esprits, lui, l'ambulancier, redoute d'examiner son ami Adrien, qui s'est effondré sur lui. "Il n'avait plus de pouls. Je ne voulais pas croire qu'il était mort, j'ai appelé sa mère, Patricia". 

Mathieu, miraculé, mais "mort vivant depuis"

La cour entend, après une brève suspension, Mathieu P., témoin et victime du 29 juillet 2018. Frappé au thorax, il en a réchappé miraculeusement. Il parle très vite, dit que ce procès ravive la douleur mais qu'aussi ses souvenirs se mélangent.

La présidente lui demande ce qu'il avait consommé ce soir-là. "De l'alcool et de la cocaïne. J'en ai proposé à Adrien, avant d'aller en boîte. C'était une connerie, pas une habitude" dit Mathieu P.

"Je me souviens d'avoir levé le pouce, quand j'étais dans le camion des pompiers et quand Thibault m'a dit : ça va aller, frère. Après plus rien. Je suis passé tout près de la mort" dit Mathieu P. qui explique que ses blessures sont similaires à celles d'Adrien, au visage, près de l'œil, au bras, à la poitrine. "Je me souviens que celui qui me frappe a les cheveux longs. C'est ce que j'ai dit en me réveillant. Je confirme que mon seul agresseur, oui, c'est Yanis" poursuit Mathieu en regardant l'accusé dans le box, répondant à une question de l'avocat général, "mais je n'ai pas vu de couteau."

"Je me demande toujours pourquoi c'est Adrien qui est mort et pas moi" dit Mathieu. Il est resté trois jours au CHU, mais après il a fallu qu'il aille voir Adrien aux PFI. "Personne ne voulait me dire qu'il était mort. Je suis un mort-vivant" murmure-t-il. Il a dû arrêter son métier de maçon, à cause des séquelles de son agression, il a toujours une cicatrice au bras. Comme Thibault, il travaille à présent avec le père d'Adrien. "Trois ans après, j'en suis nulle part. Je n'attends rien du procès" conclut-il.

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