Faits divers – Justice

Journée marathon pour le procès de l’accident de l’usine Valdi de Feurs

Par Yves Renaud et Emmanuel Grabey, France Bleu Saint-Étienne Loire lundi 26 septembre 2016 à 20:29

Les proches des familles des victimes ont déployé cette banderole devant le Palais de justice juste avant l'ouverture du procès
Les proches des familles des victimes ont déployé cette banderole devant le Palais de justice juste avant l'ouverture du procès © Radio France - Yves Renaud

Un accident qui avait couté la vie à Jacques Tissot et Damien Jamot, deux des salariés de l'usine voisine Feurs Métal qui étaient intervenus sur le site de Valdi pour tenter de stopper l'explosion qui se préparait

Qui, de Valdi ou de Feurs Métal, est responsable de la mort de deux ouvriers, tués en juin 2011 par l'explosion d'un four sur le site de la fonderie de Feurs ? C'est tout l'enjeu du procès devant le tribunal correctionnel de Saint-Étienne, et dont les débats se sont poursuivis tard hier soir.

Les faits sont complexes : les deux victimes étaient salariées de Feurs Métal, mais l'explosion a eu lieu au sein de l'entreprise Valdi. Toutes deux sont situées sur le même site, et c'est, a priori, Feurs Métal qui était responsable de la sécurité des deux sociétés, mais tout au long de l audience les deux avocats n'ont cessé de se rejeter la faute.

Des dirigeants "jouent les autruches" face au mauvais état de l'usine s'emporte le procureur.

On a passé son temps à mesurer la fuite des tuyaux, et l’épaisseur de rouille qui les fragilisait. Personne ne conteste que c’est bien une fuite d’eau sur un bac rempli de métal en fusion qui est à l’origine de cette énorme explosion, mais les deux responsables des entreprises et leurs avocats n’auront de cesse de minimiser leur rôle dans tout cela. Allant même jusqu’à expliquer que les deux salaries qui sont morts n'avaient sans doute rien à faire là.

l usine juste apres l explosion  - Maxppp
l usine juste apres l explosion © Maxppp - claude essertel / le progrès

Les avocats des parties civiles parlent de négligences partagées, de délabrement des installations et d’un refus systématique d’écouter les inquiétudes du personnel.

Le procureur André Merle accuse les deux entreprises d’avoir fait les autruches pour ne rien voir. Il demande une condamnation forte de 200 000 euros par entreprise parce que l’une des deux est récidiviste. Procureur qui brandit également ce gadget reçu par les salaries après l’accident. Une petite plaquette en deux volets sur laquelle est inscrite "voici le nom de votre responsable de sécurité" elle s’ouvre sur un miroir qui vous renvoie votre propre image. Une illustration selon lui du cynisme affiché par les deux entreprises « Valdi » et « Feurs Métal »..

Le procureur qui a par ailleurs mis en avant les contradictions de ce dossier, comme par exemple l'absence de plans de prévention des risques, pourtant obligatoire dans ce type d'entreprises. Ils auraient, selon les versions, mystérieusement disparu, ou n'auraient jamais existé. Face aux réponses embarrassés des dirigeants, un salarié, représentant du personnel, a affirmé "n'avoir jamais été écouté lorsqu'il soulevait ces problèmes"

manifestations pacifique des salariés et amis des familles de victime - Radio France
manifestations pacifique des salariés et amis des familles de victime © Radio France - yves renaud

Malgré la longueur et la complexité des débats, le comité de soutien aux familles des victimes a répondu présents à l'appel : une délégation a été autorisée à assister à l'audience, alors qu'une cinquantaine de personnes s'étaient rassemblées devant le Palais de justice avant l'ouverture du procès. Philippe, un salarié de l'usine, était parmi eux : "Nous soutenons les familles qui sont dans la douleur depuis cinq ans. Nous voulons que les coupables soient condamnés rapidement, pour que cette attente cesse".

le tribunal correctionnel de saint-Étienne rendra son délibéré le 24 novembre prochain

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