Faits divers – Justice

Procès Fiona - Les débats tournent court, les avocats de la défense quittent le palais de justice

Par Géraldine Marcon, France Bleu Pays d'Auvergne et France Bleu vendredi 13 octobre 2017 à 19:11

Mohamed Khanifar, Renaud et Gilles-Jean Portejoie ont quitté le palais de justice ce vendredi.
Mohamed Khanifar, Renaud et Gilles-Jean Portejoie ont quitté le palais de justice ce vendredi. © Maxppp - Rémi Dugne

Les débats ont tourné court ce vendredi devant la cour d'assises du Puy-en-Velay dans le procès en appel de l'affaire Fiona. En début d'après-midi, les avocats de la défense ont quitté la salle s'estimant "personnellement mis en cause" par les parties civiles. L'audience est suspendue jusqu'à lundi.

On attendait une "surprise" annoncée par le président de la cour d’assises depuis le début de la semaine et ce sont finalement les avocats de la défense qui ont jeté le trouble ce vendredi lors de cette audience du procès en appel de l’affaire "Fiona". Me Khanifar, le conseil de Berkane Makhlouf, et les avocats de Cécile Bourgeon, Gilles-Jean et Renaud Portejoie, ont quitté la salle de la cour d’assises avec fracas lors de la reprise des débats ce vendredi après le déjeuner. Ils ont reproché à Me Marie Grimaud, qui représente l’association Innocence en danger, une "agression" lors de l’audition d’un des témoins dans la matinée.

Un témoin qui avait été assisté par Me Khanifar crispe les échanges

C’est pendant le témoignage d’un des proches de l’entourage toxicomane du couple Bourgeon-Makhlouf que la situation s’est envenimée entre les avocats. Me Grimaud déclare qu’elle a "des difficultés" avec ce témoin et souligne qu’il avait été conseillé par Me Khanifar lors de sa garde à vue au moment des faits, sous-entendant que ce dernier aurait pu orienter ses déclarations. Le défenseur de Berkane Makhlouf s’insurge. Il explique que c’est à la demande des policiers qu’il a assisté ce témoin - à l’époque c’est encore la thèse de la disparition qui était privilégiée par les enquêteurs. Des paroles vives sont échangées, le président suspend l’audience pour le déjeuner.

Les avocats de la défense quittent le palais de justice

Au retour de la pause Me Renaud Portejoie prend la parole devant la cour d’assises, il s’exprime au nom des avocats de la défense, qui réclament des excuses. Selon eux ils ont été "mis en cause personnellement", et ne s’estiment plus en mesure de défendre leurs clients. Après avoir contacté le bâtonnier du barreau du Puy-en-Velay, Mohamed Khanifar, Gilles-Jean et Renaud Portejoie quittent le tribunal, laissant entendre qu’ils ne reviendront qu’après le retrait de Me Grimaud de ce procès. L’avocate de l’association Innocence en danger tente de s’excuser auprès de ses confrères : "nous sommes tous là pour Fiona (...). Si mes propos ont été perçus comme une atteinte à votre probité (...) c'est que j'ai dû mal m'exprimer". Le président de la cour d’assises est également sorti du palais de justice pour les retenir, sans succès.

Le mal est fait, on est au point de non retour" — Me Gilles-Jean portejoie, avocat de Cécile Bourgeon

Si le coup d’éclat des avocats de la défense a surpris ce vendredi devant la cour d’assises du Puy-en-Velay, on s’attendait à des rebondissements depuis le début des débats ce lundi. En effet, Gilles-Jean et Renaud Portejoie, les conseils de Cécile Bourgeon, n’ont jamais caché leur volonté de tout mettre en œuvre pour que leur cliente comparaisse libre lors de ce procès en appel. La mère de la petite Fiona a été condamnée à cinq ans de prison en première instance, elle est donc libérable depuis plusieurs mois mais la chambre de l’instruction a rejeté toutes ses demandes de mise en liberté jusqu’ici. Joint au téléphone, Me Gilles-Jean Portejoie, un des avocats de Cécile Bourgeon, estime que "le mal est fait, on est au point de non retour". Il se défend d'avoir cherché à perturber intentionnellement le procès : "on n'a pas cherché l'incident, on ne peut pas venir plaider devant ces jurés", avant de réclamer un nouveau procès "devant une autre juridiction".

L'audience reprendra lundi matin, avec ou sans les avocats de la défense

Après une heure d’attente, la cour revient dans la salle d’audience, le président suspend les débats et annonce qu’ils reprendront lundi matin à 9h. Il précise également qu’il a commis d’office Me Portejoie et Me Khanifar pour la reprise et qu’ils ont ‘"obligation de s'y plier". Au cas où ils ne seraient pas présents, les parties présentes seront invitées à s’exprimer et dire si elles veulent, ou pas, poursuivre ce procès en appel. Réponse ce lundi matin à 9h devant la cour d'assises du Puy-en-Velay.