Faits divers – Justice DOSSIER : L'affaire Fiona

Procès Fiona - La mort de Fiona, "c’était un accident" selon Cécile Bourgeon

Par Géraldine Marcon, France Bleu Pays d'Auvergne et France Bleu mercredi 11 octobre 2017 à 21:37

La personnalité de Cécile Bourgeon, ses déclarations et ses contradictions ont été passées au crible ce mercredi par la cour d'assises.
La personnalité de Cécile Bourgeon, ses déclarations et ses contradictions ont été passées au crible ce mercredi par la cour d'assises. © AFP - Thierry Zoccolan

Au troisième jour du procès de Cécile Bourgeon et Berkane Makhlouf, les débats se sont concentrés sur la mère de la petite Fiona, Cécile Bourgeon. Peu évoquée jusqu'ici dans ce procès en appel l'hypothèse accidentelle pour expliquer la mort de la petite fille a refait surface.

Ce mercredi, c’est Cécile Bourgeon qui a été au cœur des débats devant la cour d’assises de la Haute-Loire. Son frère, Clément Bourgeon, est le premier à s’exprimer en visioconférence, il décrit leur enfance, un climat familial tendu et parle de leur père, un homme "maniaque, colérique, toujours sur notre dos" dit-il. Le père de Cécile Bourgeon n’est pas présent pour le procès en appel, en première instance l’audience avait été éprouvante pour lui.

Clément Bourgeon parle de sa sœur, "elle avait un fort caractère". Dans le box, elle le fixe sur l’écran et semble l’écouter attentivement. Il passe ensuite à ses rapports avec sa sœur une fois qu’elle s’était installée avec le père de ses filles, Nicolas Chafoulais, puis avec Berkane Makhlouf, "ma sœur a toujours cherché un homme pour combler un manque. Elle n’est pas tombée forcément sur les bons".

« Ils faisaient la petite famille » (Clément Bourgeon le frère de Cécile)

Clément Bourgeon décrit Berkane Makhlouf comme un homme accueillant "en première apparence" mais également manipulateur et autoritaire. Il lui est d’ailleurs arrivée de le surnommer le dictateur, "oui, il gérait la maison", explique le frère de l’accusée. Le président l’interroge en particulier sur un week-end qu’il avait passé avec sa Cécile Bourgeon, ses deux filles et Berkane Maklhouf. Clément Bourgeon évoque une ambiance étrange, "ils faisaient la petite famille", dit-il, et précise; "y a quelque chose qui n’était pas sain dans le couple Bourgeon Makhlouf : Fiona avait perdu son sourire".

Une jeune femme effacée et sous emprise

Pour Clément Bourgeon, sa sœur était sous emprise de Berkane Makhlouf, qu’elle était "effacée" à ses côtés. Ils avaient beaucoup moins de contacts depuis que le couple s’était formé, "elle se coupait de nous". Le frère de l’accusée est très ému quand il parle de sa nièce Fiona, "une petite fille vive et intelligente, qui avait du caractère, de la force". Dans le box l’accusée ne le quitte pas des yeux, il n’est jamais allé la voir en prison et s’en justifie, "j'ai besoin de temps pour réfléchir". Proche des larmes alors que Me Grimaud l’interroge, il lâche "je me fous des jugements, personne n’a vécu ça !".

Les confidences de Cécile Bourgeon à une surveillante pénitentiaire

C’est ensuite une surveillante pénitentiaire de la prison de Riom qui vient à la barre, elle a recueilli des confidences de Cécile Bourgeon lors d’une promenade en novembre 2016 à l’issue de premier procès. La surveillante reprend ses notes et détaille, la mère de Fiona lui a dit que Berkane Makhlouf frappait souvent la petite fille et qu’elle même avait "donné des coups de pieds à Fiona", mais que le décès "c’était un accident". "Après on a paniqué, on avait peur de se faire prendre les enfants" dit-elle pour justifier le fait qu’ils aient enterré le corps.

Pour la surveillante, "elle voulait faire porter le chapeau à Berkane. Makhlouf". Appelée à son tour à la barre, Cécile Bourgeon confirme en partie ces confidences, mais nie avoir parlé de coups portés à sa fille. Les avocats des parties civiles pointent ses contradictions ; parfois elle accuse son ex-compagnon d’avoir frappée Fiona, d’autres fois elle dit qu’il s’agit d’un accident. "Il m’a enfoncé, je l’ai enfoncé, mais le décès de Fiona, que ce soit pour moi et Berkane, on sait très bien que c’était un accident" se défend-elle.

Des consultations internet concernant des disparitions d'enfants

La cour poursuit avec l’expert informatique qui a analysé les ordinateurs et les smartphones des deux accusés. Concernant l’historique de la navigation internet, il note des connexions internet uniquement entre le 3 et le 11 mai 2013, essentiellement sur Facebook avec deux consultations majeures ; celle d’une série d’images montrant les risques de déchirement osseux chez un enfant suite à une torsion du bras et celle d’un avis de recherche de deux enfants disparus à Marseille. Des éléments que l’expert tempère toutefois, ces éléments ne sont pas techniquement significatifs d’une "consultation active" de ces pages.

Un changement d'attitude quelques jours avant les faits

La mère de Cécile Bourgeon, Françoise Verschoote vient à son tour à la barre. Comme son fils, elle raconte l’enfance de sa fille, décrit une enfant colérique, difficile, qu’elle emmènera d’ailleurs chez le pédopsychiatre. La mère évoque ensuite la rencontre de l’accusée avec Nicolas Chafoulais, les grossesses puis la séparation du couple. Quand Françoise Verschoote rencontre Berkane Makhlouf, il lui fait plutôt bonne impression. Pour la mère de l’accusée, c'est fin avril 2013 que sa fille change, quelques semaines avant la disparition de Fiona : "elle ne répondait plus au téléphone, c'était inhabituel." Cécile Bourgeon ne la contacte d'ailleurs pas au moment de la disparition, elle apprendra la nouvelle en se rendant au travail le 13 mai 2013.

"Il y aurait pu y avoir d'autres violences, sur sa deuxième fille" - Françoise Verschoote, la mère de Cécile Bourgeon

Les avocats des parties civiles s’intéressent maintenant au témoignage de Françoise Verschoote au mois de septembre 2013. A ce moment-là, elle récupère chez elle la petite sœur de Fiona, ainsi que le fils de Berkane Malkhlouf et Cécile Bourgeon, alors âgé d’un mois, elle constate alors un hématome sur le corps de la fillette et porte plainte (la plainte a depuis été classée sans suite). Si elle maintient qu’avant ce jour-là, elle n’avait pas imaginé qu’il puisse y avoir des coups, elle constate, "il y aurait pu avoir d’autres violences, sur sa deuxième fille". Elle se souvient d’un jour où Cécile lui avait demandé de garder la petite sœur de Fiona, "c’était peut-être un appel" lâche-t-elle.

"Vous arrêtez avec ma mère (...) ne vous en prenez pas à elle" - Cécile Bourgeon

Cécile Bourgeon se lève pour prendre la parole et prendre la défense de sa mère, elle porte des manches courtes ce mercredi et on peut apercevoir de nombreuses scarifications sur ses avant-bras. "Vous arrêtez avec ma mère, ça fait je ne sais combien d‘heures qu’elle est là, debout, ne vous en prenez pas à elle !" s’exclame-t-elle tout en menaçant de "s’en mêler", le président la fait rasseoir et se calmer, elle est en larmes. Cette audition est une épreuve pour l’accusée, sa mère poursuit, "elle n'a pas su s'interposer et elle s'en veut énormément."

L’hypothèse de l'accident revient sur le tapis

La journée d'audience se termine avec le témoignage du beau-père de Cécile Bourgeon,Luc Verschoote, une audition qui confirme l’impression que la famille de Cécile Bourgeon est bien décidée à charger Berkane Makhlouf dans ce procès en appel. Une journée qui aura aussi fait resurgir la thèse de l'accident pour expliquer le décès de la fillette, le beau-père de Cécile Bourgeon, ancien gendarme, a estimé cette hypothèse crédible. Ce jeudi la cour d’assises doit entendre plusieurs témoins dans l’entourage du couple et commencer d’aborder les faits et la fausse disparition de Fiona le 12 mai 2013..