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Procès France Télécom : "Je n'y peux rien", déclare l'ex-PDG Didier Lombard face au tribunal

- Mis à jour le -
Par , France Bleu

A la barre ce mardi, l'ex-patron de France Télécom rejette toute responsabilité après la vague de suicides qui a secoué l'entreprise, entre 2007 et 2010. Il est jugé aux côtés de six autres dirigeants et de l'entreprise pour "harcèlement moral".

L'ex-patron de France Télécom, Didier Lombard, à son arrivée au tribunal correctionnel de Paris, ce mardi 7 mai.
L'ex-patron de France Télécom, Didier Lombard, à son arrivée au tribunal correctionnel de Paris, ce mardi 7 mai. © Maxppp - YOAN VALAT

Lorsque les avocats de la partie civile lui demandent s'il a des regrets, ce mardi, Didier Lombard préfère ne pas répondre. Dix ans après la vague de suicides au sein de la société, l'ancien patron de France Télécom est jugé devant le tribunal correctionnel de Paris depuis le début de la semaine. A ses côtés, six autres dirigeants, et l'entreprise, en tant que personne morale. Tous sont poursuivis pour "harcèlement moral" ou pour "complicité" de ce délit. 

Je n'y suis pour rien" - Didier Lombard, patron de France Télécom entre 2005 et 2010

Dans leur enquête, les juges d'instruction ont retenu le cas de 39 salariés du groupe : 19 se sont suicidés, 12 ont tenté de le faire et huit ont connu un épisode de dépression ou un arrêt de travail. Mais pour Didier Lombard, dont les propos sont rapportés par l'AFP, il ne s'agit pas d'une crise sociale. "Que les transformations imposées à l'entreprise n'aient pas été agréables, c'est comme ça, je n'y peux rien" affirme, face au juge, celui qui a dirigé France Télécom entre 2005 et 2010. "Le problème était de ramener la maison dans un état normal".

Une "crise médiatique" d'après l'ex-PDG

Didier Lombard insiste beaucoup, devant le tribunal, sur le contexte économique de l'époque. L'entreprise était, selon lui, "en péril" en 2005, "à cause de son surendettement, de l'agressivité de la concurrence et des évolutions technologiques extrêmement rapides". Pour l'ex-PDG, âgé de 77 ans, il n'y a donc pas eu de "crise sociale" à France Télécom entre 2007 et 2010. "Il y avait une difficulté : quelques milliers de salariés devaient retrouver un emploi différent. (...) Des choses ont été gonflées artificiellement à un moment", a-t-il ajouté, provoquant un brouhaha du côté des parties civiles.

En 2009, alors que France Télécom avait, selon lui, surmonté ses difficultés économiques, "les phénomènes médiatiques ont détruit le résultat social de la transformation". A l'été 2009, il y a eu "une crise médiatique", affirme t-il. "Nos collaborateurs ont été privés de leur succès. Les journaux disaient que leur entreprise était lamentable, ça a cassé le moral". L'ex-dirigeant considère qu'il y a eu "un effet Werther", selon lequel "si vous parlez des suicides, vous les multipliez". 

"De la tristesse", mais pas de regrets : les parties civiles "écœurées"

Dans une lettre qu'il a lue au tribunal, l'ancien PDG a exprimé aux victimes et à leurs familles sa "sincère et profonde tristesse de ce que cette situation ait pu involontairement contribuer à fragiliser certains d'entre eux au point qu'ils accomplissent un geste irrémédiable". Cela "m'est insupportable". Mais quand la partie civile lui a demandé s'il avait des regrets, il a préféré ne pas répondre.

"J'hallucine. Je suis écœuré", a réagi à la sortie de la salle d'audience Yves Minguy, un ex-salarié qui a traversé une grave dépression. "Donc le sauvetage d'une entreprise passe par des pertes de vies humaines et il n'y peut rien ? C'est sidérant. Il n'a pas changé".

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