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Faits divers – Justice

Procès France Telecom : "La gravité de la situation s'est révélée avec le suicide de notre camarade à Annecy"

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Par , France Bleu Pays de Savoie, France Bleu

A l'ouverture du procès des suicides à France Télécom, un dossier dramatique remonte à la surface en Haute-Savoie : le 28 septembre 2009, Jean-Paul Rouanet se suicide en se jetant du viaduc d'Alby-sur-Chéran. Dominique Scheidecker, délégué CGT, à l'époque, y voit le début de la prise de conscience.

Jean-Paul Rouanet s'est suicidé en se jetant du viaduc d'Alby-sur-Chéran
Jean-Paul Rouanet s'est suicidé en se jetant du viaduc d'Alby-sur-Chéran © Maxppp -

C'était le le 28 septembre 2009. Ce jour-là, Dominique Scheidecker, délégué CGT et membre du CHSCT est en réunion syndicale à Chambéry quand il apprend que l'un de ses collègues vient de se suicider. Jean-Paul Rouanet, 51 ans, technicien au centre d'appel d'Annecy, marié et père de deux enfants vient de sauter du viaduc d'Alby-sur-Chéran (Haute-Savoie).

"Ça nous a tous marqué", se souvient avec émotion Dominique Scheidecker, délégué CGT, aujourd'hui à la retraite. "Jean-Paul Rouanet avait une vie familiale satisfaisante... des enfants. Se jeter d'en haut d'un pont... c'était terrible". 

"Ça nous a tous marqué" — Dominique Scheidecker, délégué CGT, aujourd'hui à la retraite

Pour le syndicaliste, il ne fait aucun doute que cette dramatique affaire chez France Telecom à Annecy, a permis de lever le voile sur d'autres cas de suicides qui n'étaient pas encore médiatisés. 

Dominique Scheidecker estime qu'il s'agit du 24e suicide à France Telecom. Ce qui a tout changé selon lui, c'est la lettre que son camarade, lui aussi élu CGT, a laissé derrière lui et où France Telecom est nommément citée pour la première fois par un employé. "La voiture était restée sur l'autoroute et dans cette voiture était resté ce mot terrible. Il se supprimait parce que ce n'était plus possible pour lui de continuer à travailler et de subir les pressions quotidiennes dans son travail". La direction générale et Didier Lombard notamment sont d'ailleurs immédiatement venus sur place dès l'annonce du drame.

Jean-Paul Rouanet accusait France Telecom dans une lettre

D'après Dominique Scheidecker, "c'est de là que sont parties les grandes discussions nationales avec les partenaires sociaux (...) On alertait tous les mois dans les instances de représentation du personnel sur la dégradation des conditions de travail, dans l'indifférence générale de la direction".

"C'est terrible. Notre collègue avait décidé d'en finir."

Le procès qui s'est ouvert ce lundi devant le tribunal correctionnel de Paris remue de douloureux souvenirs. "C'était un camarade. Un membre du CHSCT (l'instance qui s'occupe des conditions de travail sanitaires et sociales dans l'entreprise NDLR) qui se supprime, c'est terrible quand même quand on y pense ! (...) Notre collègue avait décidé d'en finir".

Dominique Scheidecker, se souvient : "ça me replonge dans un passé où on a été impliqués et très actifs. Tout d'un coup, on regardait nos collègues avec plus de préoccupation". Le syndicaliste CGT estime qu'à partir de ce moment-là, France Télécom ne pouvait plus faire semblant de ne pas savoir ce qui se passait. 

Un procès fleuve jusqu'au 12 juillet

Le cas de Jean-Paul Rouanet fait partie des 39 dossiers retenus par la justice pour la mise en examen des cadres de France Telecom (35 salariés se sont donnés la mort en 2008 et 2009) qui sont jugés en ce moment à Paris. Le procès dure jusqu'au 12 juillet. 

Un autre dossier annécien fait partie des cas retenus : celui de Claude Bourette, 48 ans, manager d'une équipe à Annecy. Il a subi une lourde dépression après des reclassements imposés par France Télécom. Ces deux familles ne se sont toutefois pas portées parties civile au procès.