Faits divers – Justice

Procès : le meurtrier de Léa à Montpellier ne se souvient toujours de rien

Par Romain Berchet et Salah Hamdaoui, France Bleu Hérault et France Bleu mercredi 25 janvier 2017 à 16:33

Gérald Seureau, dans le box des accusés aux assises à Carcassonne
Gérald Seureau, dans le box des accusés aux assises à Carcassonne © Maxppp - Michael Esdourrubailh

Le procès en appel de Gérald Seureau s'est ouvert ce lundi devant la cour d'assises de l'Aude. Il est accusé du viol et du meurtre de Léa le jour de l'an 2011 à Montpellier. Un crime particulièrement sordide pour lequel il a été condamné à la perpétuité, assortie d'une peine de sûreté de 20 ans.

À l’ouverture du procès, Gérald Seureau avait promis que, cette fois, il ne fuirait pas ses responsabilités. "J’ai pas arrêté de penser à la famille de Léa. J’ai conscience de la souffrance que j’ai infligée, ça me hante, ça me bouffe tous les jours" déclare micro en main celui qui est jugé en appel pour avoir violé et tué la lycéenne de 17 ans, le jour de l’An 2011 à Montpellier.

Du nazisme au bouddhisme

Le changement de Gérald Seureau est d’abord physique. Rien à voir avec l’apparence qu’il avait il y a six ans : cheveux courts, une raie sur le côté et une barbe taillée avec soin. À 30 ans, il a déjà les tempes qui grisonnent.

Ces six dernières années, il les a passées en prison, à l’isolement, "j’ai fait un travail sur moi-même, en profondeur". Gérald Seureau a mûri, il a progressé confirme un expert psychiatre.

Il a commencé des études de droit, admire Gandhi et Mandela, est devenu bouddhiste végétarien. Il a honte du personnage qu’il était avant, le Gérald Seureau qui lisait Mein Kampf, stockait dans son ordinateur des photos de lui en uniforme SS, n’hésitait pas à faire le salut hitlérien en pleine rue avec ses copains.

"Faire le salut hitlérien, ça nous faisait rire"

Sans compter les vidéos pornographiques sadomasochistes, morbides, et son goût pour la musique black metal qui fait l’apologie de la haine et de la violence.

"Un nazillon, c’est le bon mot" résume Gérald Seureau avant d’ajouter que c’était une posture de bad boy qu’il entretenait par provocation et non par idéologie. "Le salut hitlérien, c’était pour faire les imbéciles, ça nous faisait rire" se rappelle Hélène, une ex-compagne. "On était juste des cons, jeunes et stupides" reconnaît Vincent, un ancien membre de la bande, « aujourd’hui je me mettrais bien une tarte dans la gueule.»

L’horreur reste sans explication

Dès le deuxième jour du procès, Gérald Seureau douche les espoirs qu’il avait fait naître en promettant de tout assumer.

Invité à raconter ce qui s’est passé ce jour de l’an 2011, il ne nie rien de ce qui lui est reproché. Oui, il a violé Léa ; oui, il l’a battue à mort, mais il est toujours incapable d’apporter la moindre explication. "Ça fait six ans que j’essaye, mais ça ne veut pas venir. Je n’arrive pas à expliquer l’inexplicable, c’est trop dur."

Ce jour-là, au petit matin, Gérald Seureau et Léa quittent la fête à pied pour aller dans un sous-bois. L’alcool, les amphétamines, "dans notre état, je ne sais même pas comment on est arrivé là" se demande l’accusé qui à l’époque est très marqué par la mort de son père, survenue quatre mois plus tôt. Cette perte a été un point de non-retour selon un témoin.

Pas de souvenirs, seulement des images

Gérald Seureau dit n’avoir que des flashes de ce qui s’est passé ces sous-bois. Il se voit poser une main sur la gorge de Léa, il se voit lui donner un coup de poing mais le reste, il ne s’en souvient pas.

La réalité, c’est celle que délivre le médecin-légiste à la barre. 185 blessures sur le corps de Léa découvert complètement nu. Des traces de plusieurs viols. Le visage littéralement défiguré. La mère de Léa encaisse une nouvelle fois le détail de toutes ces horreurs, sa petite sœur ne le supporte pas et quitte la salle.

"Le procès en appel perd tout son sens"

Pourquoi un tel déchaînement de violence ? Qu’est-ce qui l’a déclenchée ? La question qui taraude tout le monde et qui est au cœur de ce crime sordide lui est posée et reposée un nombre incalculable de fois. Gérald Seureau se dit incapable d’y répondre.

Sans conviction, il évoque "un bad trip, comme on dit sans le jargon". Ou alors une panne sexuelle. Ou alors un mot qui serait à l’origine de tout cela. L’accusation lui soumet une hypothèse : il a massacré Léa parce qu’il venait de la violer et qu’il voulait la faire taire.

Gérald Sereau admet que c’est une hypothèse « malheureusement possible ». Ni plus, ni moins que toutes les autres. L’avocate générale le prévient : « ce procès en appel n’a de sens que si on avance sinon, c’est juste une épreuve gratuite imposée aux proches de Léa. »